L’agence russe Izvestia révèle les liens entre l’un des terroristes de Boston et la fondation Jamestown, proche de la CIA

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boston_uprL’attentat de Boston du 15 avril 2013 : une bombe explose dans le public massé pour voir les vainqueurs franchir la ligne d’arrivée du marathon de la capitale du Massaschussets.

Le 24 avril courant, l’agence de presse russe IZVESTIA a révélé un scoop, qui n’a malheureusement pas été repris par les grands médias français : à savoir que le Russe d’origine tchétchène Tamerlan Tsarnaïev, l’un au moins des deux terroristes suspectés d’avoir commis le récent attentat à l’arrivée du marathon de Boston, a suivi un séminaire organisé dans le Caucase par la Fondation Jamestown.

Or cette Fondation américaine est connue dans le monde du renseignement comme constituant l’un des paravents des actions de déstabilisation de la Russie conduites par la CIA américaine, notamment contre la Russie dans le Caucase.

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Les frères Djokhar et Tamerlan Tsarnaïev filmés par les caméras de surveillance peu de temps avant l’explosion.

Rappelons que Tamerlan Tsarnaïev a été abattu par la police américaine deux jours après l’attentat de Boston, tandis que son frère Djokhar, grièvement blessé, est sous surveillance policière dans un hôpital de Boston. Rappelons que l’un et l’autre vivaient aux États-Unis.

Je présente ci-dessous l’article publié par l’agence IZVESTIA, avec un essai de traduction que j’espère meilleur que celui qui commence à circuler sur Internet.

Je l’ai ponctué de notes et d’illustrations pour permettre au lecteur de saisir l’ampleur des interventions américaines de déstabilisation dans le Nord-Caucase.

Après la divulgation de cette information capitale, le mystère reste entier :

  • Les frères Tsarnaïev étaient-ils des agents doubles qui se seraient retournés contre les services de renseignements américains ? Quel est alors le commanditaire et quel objectif poursuit-il ? Lors de son interrogatoire sur son lit d’hôpital, Djokhar Tsarnaïev aurait indiqué avoir agi en représailles aux guerres menées par les États-Unis en Irak et en Afghanistan et avoué avoir envisagé un attentat à New York.
  • Ou bien l’attentat de Boston aurait-il été commandité par les services américains eux-mêmes, comme la rumeur s’en est aussitôt propagée sur Internet ? Et si oui dans quel but ?

François ASSELINEAU

 

TSARNAÏEV_uprIZVESTIA 24 avril 2013
[http://izvestia.ru/news/549252 ]

TAMERLAN TSARNAÏEV RECRUTÉ PAR UNE FONDATION GÉORGIENNE

Un des organisateurs de l’attaque terroriste de Boston, Tamerlan Tsarnaïev, a étudié au sein d’un séminaire conduit en conjonction avec les services spéciaux américains de Géorgie.

Des documents en provenance du service de contre-espionnage du ministère de l’intérieur de Géorgie ont été mis à la disposition de l’agence Izvestia.

Ils confirment que l’organisation géorgienne « Fonds pour le Caucase », qui opère avec l’ONG américain « Fondation Jamestown » [1] (au comité directeur de laquelle a figuré un temps l’un des théoriciens de la politique étrangère américaine, Zbigniew Brzezinski [2] ), est impliquée dans le recrutement de résidents du Nord-Caucase afin de travailler pour les intérêts des Etats-Unis et de la Géorgie.

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[1] La Fondation Jamestown a été fondée en 1984 par Arkady Shevchenko, le fonctionnaire soviétique de plus haut rang à avoir jamais fait défection quand il a quitté son poste de Sous-Secrétaire général des Nations Unies en 1978. Son objet à l’époque était de soutenir les dissidents soviétiques.
Le directeur de la CIA William J. Casey soutint la création de cette Fondation Jamestown, en affichant son accord avec les plaintes de ceux qui estimaient que la communauté du renseignement américain n’aidait pas suffisamment financièrement les transfuges soviétiques.

Selon son site Web, la mission actuelle de la Fondation Jamestown  est « d’informer et de sensibiliser les décideurs, et la communauté politique plus largement, sur les événements et les tendances des sociétés qui sont stratégiquement ou tactiquement importantes pour les États-Unis. Ses principaux centres d’études actuels sont la Chine, l’Eurasie, la Russie, le Caucase, le djihadisme et le terrorisme mondial. [elle publie notamment un hebdomadaire intitulé « le Caucase du Nord hebdomadaire », (anciennement « Tchétchénie hebdomadaire »).

La plupart des observateurs estiment que la Fondation Jamestown est un think-tank néoconservateur ayant des liens étroits avec la CIA et le gouvernement des États-Unis. 

En 2007, Moscou a officiellement accusé la Fondation Jamestown de mener systématiquement une propagande anti-russe, incitant à la violence et au terrorisme. Selon une déclaration du ministère des Affaires étrangères de la Russie : « Les organisateurs ont encore et encore recours à la propagation délibérée de la calomnie sur la situation en Tchétchénie et dans d’autres républiques du Caucase du Nord russe. Ils utilisent les services de sympathisants des terroristes et des pseudo-experts conférenciers ont reçu carte blanche pour répandre la propagande extrémiste, en incitant à la discorde ethnique et inter-religieuse ».

Pour de plus amples informations :
Notice wikipedia en anglais : http://en.wikipedia.org/wiki/The_Jamestown_Foundation
Article déjà ancien (2005) sur le réseau Voltaire : http://www.voltairenet.org/article16635.html

Brzezinski_upr[2] Zbigniew Brzezinski est notamment l’auteur du livre « The Grand Chessboard », traduit en français sous le titre « Le Grand Échiquier »

Brzezinski_upr_asselineau Brzezinski_upr_asselineau_upr
Les liens entre les services américains et les islamistes sont un secret de Polichinelle. Ici, ces clichés peu connus montrent Zbigniew Brzezinski  avec son protégé Oussama Ben Laden, dans un camp djihadiste aux confins de la Russie.

Pour de plus amples informations sur Zbigniew Brzezinski :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Zbigniew_Brzezi%C5%84ski

D’après les rapports du colonel Grégory Chanturia, chef de la Direction du contre-espionnage du ministère de l’intérieur, à son ministre Irakli Garibashvili, le « Fonds pour le Caucase », en coopération avec la « Fondation Jamestown », a organisé des séminaires durant l’été 2012 pour la jeunesse du Caucase, incluant des jeunes Russes.

L’un des participants était Tamerlan Tsarnaïev, qui était alors en Russie de Janvier à Juillet 2012.

Le « Fonds pour le Caucase », écrit Chanturia, a été créé le 7 Novembre 2008, juste après le conflit entre la Géorgie et l’Ossétie afin de « contrôler les processus se déroulant dans la région du nord-Caucase ».

En conséquence, le service de contre-espionnage du ministère de l’intérieur a mené des opérations de renseignements appelées “DTV”, dont le but principal était de recruter de jeunes gens et des intellectuels du nord-Caucase afin de développer l’instabilité et l’extrémisme dans les régions du sud de la Russie.

Dans son rapport, Grégory Chanturia écrit : « Une somme mensuelle de 33 millions de lari (660 000 roubles) [environ 16 000 € par mois] a été allouée pour financer l’opération. Depuis l’établissement de l’organisation avant le 1er Janvier 2013, la somme allouée est de plus de 4 milliards de GEL (81 millions de roubles). [environ 2 millions €]»

Les documents se réfèrent au travail du « Fonds pour le Caucase » dans les trois zones frontalières de l’Azerbaïdjan et du Dagestan : Belokhani, Zakataly et Kakhi.

Brzezinski_georgieCarte des différentes républiques du Nord-Caucase, dans la Fédération de Russie

georgie georgie_uprLes activités de déstabilisation conduites par les Etats-Unis sous couvert du « Fonds pour le Caucase » se font dans les trois zones frontalières de l’Azerbaïdjan et du Dagestan : Belokhani, Zakataly et Kakhi.

De plus, le colonel du contre-espionnage de Tbilissi rapporte que les forces de sécurité de la Tchétchénie, grâce au « Fonds pour le Caucase » géorgien et à la « Fondation Jamestown », se présentent sous un jour avenant aux populations géorgiennes. Des Géorgiens sont invités à de multiples évènements dans la République de Tchétchénie sous des prétextes innocents. Dans ces séminaires, les Russes [ du Daguestan ] recrutent et préparent des actes de terrorisme.

Le directeur adjoint de l’ONG « Agence pour les initiatives socio-politiques » Tatiev Iles, qui supervise le district fédéral du Nord-Caucase, a dit que les activités de ce « Fonds pour le Caucase » soulève bien trop de questions.

« Comment la Géorgie, qui ne survit que d’emprunts, obtient-elle cet argent pour ces fonds ? » demande l’expert. « Je n’exclue pas que cet argent soit affilié au Département d’État américain pour ses opérations dans le Nord-Caucase. »

Le directeur de New York de l’Institut pour la Démocratie et la Coopération [3], Andranik Migranyan, estime que les activités du « Fonds pour le Caucase », telles que décrites dans les documents qui nous ont été transmis, sont en effet cohérentes  avec la politique des autorités géorgiennes. « Le gouvernement [géorgien] Saakashvili suit une ligne anti-russe », dit l’analyste.

institu_of_democracy[3] L’Institut de la Démocratie et de la Coopération est un « think tank » d’origine russe (groupe de réflexion) ayant des bureaux à Moscou, Paris et New York. Il a été fondée en 2008 par un avocat russe, Anatoly Kucherena, et est financé par des ONG russes et des entreprises privées. Son objet est de contrer les opérations de désinformation menées par les « think tanks » atlantistes : il présente les positions russes sur les Droits de l’Homme et la démocratie dans le monde et il dénonce le « double standard » opéré par l’Occident dans ce domaine.

Pour de plus amples informations sur  l’IDC :
http://en.wikipedia.org/wiki/Institute_of_Democracy_and_Cooperation

Le directeur général du Conseil de Stratégie National, Valery Hamsters, fait valoir qu’exagérer la force des ennemis extérieurs en Géorgie peut-être bénéfique à la gestion des républiques du nord-Caucase.

« Je pense que le facteur géorgien est exagéré », dit cet expert. « Personnellement, je n’ai aucun doute sur le fait que la Géorgie ne gère que l’introduction de ses espions et le recrutement de citoyens russes. »

Un membre du comité de sécurité, Anatoly, a même promis de se connecter à l’enquête sur le « Fonds pour le Caucase ».

« Les documents auxquels vous référez disent la vérité », a-t-il dit. « Nous ne voyons aucun bon geste de la part de la Géorgie ou des États-Unis, leur but étant de s’ingérer et de contrôler l’État russe. »

La « Fondation Jamestown » a démontré à maintes reprises son intérêt pour la Géorgie et pour les affaires de la Russie dans le Nord-Caucase. En 2007, la Fondation a tenu un séminaire intitulé: « Le futur de l’Ingouchie », séminaire auquel participèrent des anciens combattants [ du chef tchétchène ] Aslan Maskhadov [4].

Maskhadov_upr[4] Aslan Maskhadov, né le 21 septembre 1951 et mort le 8 mars 2005, fut le chef du mouvement séparatiste tchétchène et le troisième président (indépendantiste) de la république tchétchène d’Itchkérie. Il acquit une grande renommée dans la première guerre de Tchétchénie, qui permit l’indépendance de facto (mais non reconnue) de la Tchétchénie. Elu président en janvier 1997, il mène la guérilla tchétchène d’août 1999 jusqu’à sa mort à Tolstoï-Yourt en mars 2005.

Maskhadov_upr_asselineauPrincipal commanditaire de nombreux actes terroristes en Russie, la tête d’Aslan Maskhadov fut mise à prix par le gouvernement de Moscou pour 10 millions de dollars. Il fut finalement abattu par un commando spécial des services secrets russes FSB.


Pour de plus amples informations sur Maskhadov :
N
otice wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Aslan_Maskhadov

Points de vue publiés après son élimination dans le journal Le Monde : http://www.lemonde.fr/europe/article/2005/03/08/tchetchenie-aslan-maskhadov-a-ete-tue-par-les-forces-russes_400862_3214.html
et sur Ria Novosti : http://fr.rian.ru/analysis/20050310/39934162.html

bhl_uprÀ noter que l’un des principaux soutiens occidentaux à Aslan Maskhadov ne fut autre que Bernard-Henri Lévy [ici en photo à Misrata, dans la Libye qu’il a largement contribué à dévaster].
Le pseudo « philosophe » exhorta les pays occidentaux à reconnaître le terroriste tchétchène qui voulait transformer la république laïque de Tchétchénie en république islamique. Fidèle porte-parole des intérêts géostratégiques américains et atlantistes, et bien entendu ardent européiste, « BHL » est un pousse-au-crime dont l’objectif est de faire apparaître partout des régimes islamistes afin d’attiser le « Choc des civilisations » qui nous mène tout droit à la guerre.

[ cf. http://fr.rian.ru/discussion/20110401/189042090.html ]

En mars 2010, la « Fondation Jamestown » a demandé au Comité International Olympique de ne pas tenir les prochains JO d’hiver à Sotchi, en invoquant les évènements tragiques de la guerre du Caucase au XIXe siècle.

En 2011, un comité de politologues réuni par ce Fonds a prédit que la Géorgie allait acquérir un rôle politique dominant dans le Caucase au cours des années à venir et qu’elle serait un sérieux compétiteur pour la Russie en tant que leader régional.

Le ministère russe des affaires étrangères a répondu à maintes reprises à la politique de cette « Fondation Jamestown » s’est formellement plaint dans une note officielle remise à [l’ambassadeur des] États-Unis à Moscou.

Izvestia TV
http://izvestia.ru/news/549252

Traduit du russe à partir des traductions (pas toujours compréhensibles) fournies par Résistance 71 et Google Traduction.