1. La propagande

Download PDF
Lecture : 5 min

Mensonge : « De Gaulle était pour l’Europe »

En quoi consiste cette propagande ?

Cette propagande vise à faire croire aux Français, d’une part que Charles de Gaulle aurait été un ardent partisan et promoteur de la construction européenne, d’autre part que les évolutions de celles-ci depuis sa mort se sont inscrites dans la droite ligne de sa pensée politique et stratégique.

Prenant appui sur quelques citations éparses du général, toujours savamment tronquées et sorties de leur contexte conjoncturel (par exemple le slogan de « l’Europe de l’Atlantique à l’Oural » prononcé à Varsovie en 1967), cette manipulation joue sur le registre de l’affectif et de la mémoire.

Son objectif est d’embrouiller les esprits et de faire taire l’opposition des Français qui se veulent fidèles à l’héritage politique et moral du gaullisme, et plus largement de tous les Français amoureux de la France. Car si l’on se laisse convaincre, en son for intérieur, que même Charles de Gaulle était « pour l’Europe », comment pourrait-on raisonnablement être contre ? L’effet d’intimidation, reconnaissons-le, est puissant.

Quel est le public spécialement visé ?

En affirmant que Charles de Gaulle était pour la construction européenne, les responsables de l’UMP ciblent plus particulièrement les anciens militants du RPR pour les faire douter d’eux-mêmes et de leurs convictions.

L’objectif poursuivi par les médias qui font écho à cette réécriture de l’histoire est plus vaste : il vise d’abord les Français nés avant 1960, qui ont, plus que d’autres, la nostalgie de ce que fut la France de Charles de Gaulle puisqu’ils en ont des souvenirs personnels. Il vise aussi à donner aux moins de 50 ans une idée fausse – car bien trop dérangeante de nos jours – de ce que furent la pensée et l’action de De Gaulle.

Exemples-types de cette propagande

Patrick Ollier 1. La propagande

« De Gaulle aurait voté Oui à la Constitution européenne ».

Déclaration de Patrick Ollier, député (UMP) des Hauts-de-Seine,
mercredi 6 avril 2005, en présentant à la presse
une liste de 140 signatures de parlementaires qui s’engageaient
« pour un oui gaulliste à la Constitution européenne »


Jacques Chirac à Colombey les Deux Eglises 1. La propagande

« Le Général de Gaulle a fait de l’Europe l’arme de la paix et la réponse au développement sans précédent de l’économie mondiale.
Avec le chancelier Konrad Adenauer, en tournant définitivement la page des guerres fratricides, il a inversé le cours de l’histoire et jeté les bases de la construction européenne.
Ensemble, le Chancelier et lui-même ont fait de l’Europe de l’agriculture, des grands projets, de l’innovation, le fer de lance de cette construction.
À l’heure où nous travaillons à une relance de l’idée européenne, dans un monde marqué par l’émergence de nouveaux géants, cette vision nous montre la voie. Car l’avenir de la France est dans une Europe ambitieuse et indépendante, une Europe qui assure à tous ses habitants la paix, la démocratie et le progrès auxquels, à juste titre, ils aspirent. »

Discours de Jacques Chirac, Président de la République,
pour la pose de la première pierre du Mémorial Charles de Gaulle,
Colombey-les-Deux-Eglises, jeudi 9 novembre 2006


Discours de Nicolas Sarkozy Historial CDG 1. La propagande

« On dit qu’il est anti-européen parce qu’il croit à l’idée de nation. Et pourtant c’est lui qui fait l’amitié franco-allemande. Que serait l’Europe aujourd’hui sans l’amitié franco-allemande ? Rien.
On dit que de Gaulle est anti-européen et pourtant c’est lui qui met en œuvre le marché commun ».

Discours de Nicolas Sarkozy, Président de la République,
pour l’inauguration de l’Historial Charles de Gaulle
Hôtel National des Invalides, Paris, vendredi 22 février 2008

Pourquoi est-ce un mensonge ?

Affirmer que Charles de Gaulle était un partisan de la construction européenne est un acte de réécriture de l’Histoire qui n’a pas vraiment fait l’objet de la mise au point qui convient. La pression de la propagande est sans doute trop intimidante pour certains. Le risque, réel, de voir briser sa petite carrière parce que l’on ose dire la vérité invite peut-être d’autres à une réserve prudente.

Pourtant, pour qui veut bien se donner la peine d’entrer dans la profondeur de la pensée gaullienne, aucun doute n’est permis : assurer que de Gaulle était pour l’Europe, ou pire encore qu’il aurait approuvé les évolutions de la construction européenne survenues depuis qu’il quitta le pouvoir il y a 30 ans, constitue une escroquerie intellectuelle et morale de première grandeur vis-à-vis de l’Homme du 18 juin et du fondateur de la Ve République. Examinons précisément et sereinement pourquoi.