40e anniversaire de la révolution des œillets au Portugal : les auteurs de la Révolution sont interdits de commémoration

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Il y a quarante ans, le 25 avril 1974, une partie des militaires portugais réalisait un coup d’État en l’espace de 24 heures. Emmenée par de jeunes officiers, l’armée décidait de mettre un terme aux guerres coloniales et de rétablir la démocratie au Portugal, en mettant fin à quarante-deux ans de dictature « salazariste ».

Le nom de « Révolution des œillets » tient au fait, paraît-il, qu’une femme eut l’idée de mettre un œillet rouge au canon d’un fusil d’assaut et que bientôt tous les soldats imitèrent ce geste. Peut-être cette version officielle est-elle en partie romancée ? J’ai personnellement du mal à croire que les autorités américaines, très présentes au Portugal et notamment sur la base militaire des Açores, aient été complètement prises au dépourvu par cette révolution.

Quoi qu’il en soit, cette symbolique des œillets à bien coïncidé avec l’esprit de ce coup d’État militaire d’un genre particulier : il visait à rétablir la paix, notamment en accordant l’indépendance aux colonies portugaises en Afrique, mais aussi à rétablir la démocratie au Portugal et à accorder des avancées sociales sans précédent au peuple portugais.

Au moment où le Portugal fête le quarantième anniversaire de cette « Révolution des œillets », le panorama politique a cependant bien changé. Aussi incroyable que cela puisse paraître, les capitaines qui ont libéré le Portugal de la dictature sont interdits de parole et ont du reste refusé de participer aux commémorations de leur propre révolution !

La raison en est qu’ils considèrent le gouvernement actuel du Portugal, et l’UE via la troïka, comme identiques au gouvernement dictatorial de Salazar.

Il y a quelques semaines, la présidente de l’Assemblée nationale, Assunção Esteves, a appelé Vasco Lourenço, l’un des principaux architectes de la Révolution, président de l’association du « 25-Avril » – qui regroupe 5000 adhérents – et désormais colonel retraité. Elle a insisté pour qu’il participe à la cérémonie de 2014.

 

1609789_10152417268192612_4529137072676444950_nVasco Lourenço, interrogé par les médias en avril 1974, quelques heures après le coup d’État.

Figure emblématique et autorité morale au Portugal, Vasco Lourenço lui a courtoisement répondu qu’il viendrait, mais à condition de pouvoir prendre la parole devant les députés. Ce que la présidente de l’Assemblée, membre du Parti social démocrate (centre droit), a refusé, connaissant par avance ce que le responsable de la Révolution allait dire à la tribune…

Du coup, Vasco Lourenço a indiqué sans ambages à la presse qu’il ne participerait pas aux manifestations de 2014 et il a indiqué pourquoi :

« En 2012 et 2013, nous n’y sommes pas allés non plus, car nous pensons que le pouvoir actuel se comporte comme l’ancien régime, en héritier des vaincus du 25 avril : il attaque toutes les conquêtes de la Révolution, de la République sociale. Nous ne voulons pas être un alibi qu’on montre une fois par an. Le 25 Avril, ce doit être une valeur qu’on défend tous les jours ».

 

10314492_10152417268367612_6514753785054548056_nEn 2014, Vasco Lourenço, désormais à la retraite, reste fidèle aux idéaux pour lesquels il s’est battu il y a 40 ans.


CONCLUSION : COMME LA FRANCE, LE PORTUGAL A BESOIN D’UNE NOUVELLE RÉVOLUTION : SORTIR DE L’UE ET DE L’EURO

Au moment où il célèbre le 40e anniversaire de la « Révolution des œillets », l’actuel gouvernement portugais, complètement pieds et poings liés par les politiques anti-sociales de l’Union européenne, met à l’écart les auteurs mêmes de cette révolution.

C’est tout un symbole : on ne saurait mieux prouver que la prétendue « construction européenne » est une construction tyrannique, de nature de plus en plus fascisante, qui n’a plus pour seuls objectifs que de démanteler les acquis sociaux des peuples d’Europe, de ruiner leur niveau de vie, et de piller leur patrimoine national au profit d’une infime oligarchie.  

Tout comme la France, le Portugal a besoin d’une nouvelle Révolution : celle qui fera sortir le peuple portugais de l’Union européenne et de l’euro, afin de recouvrer sa liberté et ses conquêtes sociales.

François Asselineau

 

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Une fresque murale à la gloire de la « Révolution des œillets ». Cette colombe porteuse d’un œillet rouge ne fait-elle pas penser à la colombe de l’UPR, porteuse d’un rameau d’olivier ?…

 

Sources de cet article  :

http://www.ladepeche.fr/article/2014/04/22/1867412-portugal-l-anniversaire-gache-de-la-revolution-des-oeillets.html

http://www.rts.ch/info/monde/5799504-les-40-ans-de-la-revolution-des-oeillets-celebres-au-portugal.html

CHRONOLOGIE DES ÉVÉNEMENTS DE LA RÉVOLUTION DU 25 AVRIL 2014

(Source : Wikipédia) 

24 AVRIL 1974

Le journal República attire l’attention de ses lecteurs sur l’émission Limite de cette nuit.

  • 22:55

La chanson ”E depois do Adeus” (et après les adieux) de Paulo de Carvalho, est diffusée par le journaliste João Paulo Diniz à la radio (Emissores Associados de Lisboa). C’est le signal choisi par le MFA pour indiquer à tous le début des opérations.

25 AVRIL 1974

  • 00:20

Le signal définitif est lancé par la diffusion des premières strophes de la chanson « Grândola, Vila Morena » de José Afonso, par Rádio Renascença dans l’émission Limite. (on peut écouter cette chanson ici : ). Ce signal confirme que les opérations sont en marche de manière irréversible dans tout le pays. Les troupes se dirigent vers leurs objectifs. Par la suite, deux poèmes de Carlos Albino (journaliste au República) sont lus à la radio.

  • 00:30

Le MFA occupe l’École Pratique de l’Administration Militaire.

  • 01:00

Prise de l’École Pratique de Cavalerie de Santarém, alors que les troupes d’Estremoz, Figueira da Foz, Lamego, Lisbonne, Mafra, Tomar, Vendas Novas, Viseu, et d’autres points du pays se mettent en route.

  • 03:00

Les révoltés commencent à occuper, de manière synchronisée, les points de la capitale considérés comme vitaux pour le succès de l’opération : l’aéroport de Lisbonne, les locaux de Rádio Clube Português (RCP), de l’Emissora Nacional (l’émetteur national), de la RTP et de Rádio Marconi. Tout cela se fait sans résistance significative.

Dans le nord, le CICA 1 commandé par le lieutenant-colonel Carlos Azeredo s’empare du quartier général de la région militaire de Porto. Il est soutenu par les troupes venues de Lamego. Les Forces du BC9 de Viana do Castelo prennent l’aéroport de Porto.

  • 03:30

Les troupes de l’École Pratique de Cavalerie quittent la caserne de Santarem avec Salgueiro Maia à leur tête. Pendant ce temps des militaires du MFA commencent le siège du quartier général de la région militaire de Lisbonne. Le gouvernement est alerté.

  • 04:00

Étant donné le manque d’information sur la prise de contrôle de l’aéroport de Lisbonne, la transmission du premier communiqué du MFA par la RCP est retardée.

  • 04:15

Le régime réagit ; le ministre de la Défense ordonne aux forces installées à Braga d’avancer sur Porto, avec pour but de reprendre le QG, mais celles-ci ont déjà adhéré au MFA et ignorent les ordres.

  • 04:20

Les forces de l’École Pratique d’Infanterie de Mafra contrôlent l’aéroport de Lisbonne qui est fermé. Le trafic aérien est détourné vers Madrid et Las Palmas.

  • 04:26

Lecture du premier communiqué du MFA par le journaliste Joaquim Furtado au micro de la RCP :

« Ici le poste de commandement du Mouvement des Forces Armées. Les forces armées portugaises demandent à tous les habitants de Lisbonne de rentrer chez eux et d’y rester avec le maximum de calme. Nous espérons sincèrement que la gravité des heures que nous vivons ne sera pas tristement marquée par un accident. C’est pourquoi nous en appelons au bon sens des commandements des forces militarisées, afin d’éviter la moindre confrontation avec les Forces Armées. Une telle confrontation, outre le fait qu’elle soit inutile, ne pourra que conduire à de sérieux préjudices individuels qui endeuilleraient et créeraient des divisions entre les Portugais, ce qu’il faut éviter à tout prix. Nonobstant la préoccupation qui est la nôtre de ne faire couler le sang d’aucun Portugais, nous en appelons à l’esprit civique et professionnel du corps médical, espérant qu’il se dirigera vers les hôpitaux afin d’apporter son éventuelle collaboration, que nous souhaitons, sincèrement, inutile. »

Après la lecture de ce communiqué, l’hymne portugais est joué sur les ondes, suivi de marches militaires, parmi lesquelles la marche A Life on the Ocean Waves de Henry Russell (1812-1900), qui sera adoptée comme hymne par le MFA.

À 4 h 20 l’aéroport militaire de Figo Maduro (Aérodrome de Transit nº 1), accolé à l’aéroport de Lisbonne, est occupé par un homme seul, le capitaine pilote-aviateur Costa Martins. Une fois contrôlé l’AT1, grâce à un coup de bluff consistant à faire croire que la Compagnie de l’École Pratique de l’Infanterie l’encerclait, le capitaine Costa Martins11 s’adresse à la tour de contrôle de l’aéroport de Lisbonne avec le même bluff. Il ordonne d’arrêter tout le trafic aérien civil au-dessus du Portugal.

  • 04:45

Lecture du second communiqué du MFA à l’antenne du RCP :

« À tous les éléments des forces militarisées et policières, le commandement des forces armées conseille la plus grande prudence afin d’éviter toute confrontation dangereuse. Il n’y aucune intention de faire couler le sang inutilement mais c’est ce qui arrivera en cas de provocation avérée. Nous vous appelons à rentrer immédiatement dans vos casernes en attendant les ordres qui vous seront donnés par le MFA. Les commandements qui tenteront par un quelconque moyen de mener leurs subordonnés à la lutte contre les forces armées seront sévèrement punis. »

  • 05:00

La PIDE/DGS contacte Marcelo Caetano et lui demande d’aller se protéger au QG de la GNR.

  • 05:15

Lecture du troisième communiqué du MFA :

« Afin que la gravité des moments que nous vivons ne soit tristement marquée par un incident, nous en appelons au bon sens des commandements des forces militarisées qui doivent éviter les confrontations avec les Forces Armées. Une telle confrontation, inutile au demeurant, ne pourra qu’entraîner de sérieux préjudices qui endeuilleraient et créeraient des divisions chez les Portugais, ce qu’il faut éviter à tout prix. Nonobstant la préoccupation qui est la nôtre de ne faire couler le sang d’aucun Portugais, nous en appelons à l’esprit civique et professionnel du corps médical, espérant qu’il se dirigera vers les hôpitaux afin d’apporter son éventuelle collaboration, que nous souhaitons, sincèrement, inutile. À tous les éléments des forces militarisées et policières, le commandement du Mouvement des Forces Armées conseille la plus grande prudence, afin que soit évitée toute altercation dangereuse. Il n’y a aucune intention de faire couler inutilement le sang, mais c’est ce qui arrivera dans le cas de provocations avérées. C’est pourquoi nous vous demandons de retourner immédiatement à vos casernes et d’attendre les ordres qui seront données par le MFA. Les commandements qui tenteraient par un moyen quelconque de pousser leurs subordonnés au combat contre les Forces Armées seraient sévèrement punis. Nous informons la population qu’afin d’éviter le moindre incident, qui serait forcément involontaire, elle doit rentrer chez elle et garder son calme. À tous les éléments des forces militarisées, nommément les forces de la GNR et de la PSP, ainsi que les forces de la Direction Générale de Sécurité12 et de la Légion Portugaise qui ont été abusées par leur recruteurs, nous rappelons leur devoir civique qui consiste à maintenir l’ordre public, ce qui, dans la situation actuelle, ne pourra être effectif qu’en évitant la moindre opposition avec les Forces Armées. Une telle réaction n’apporterait aucun avantage, et entraînerait un indésirable bain de sang qui ne contribuerait en rien à l’unité de tous les Portugais. Confiants dans le bon sens et le civisme de tous les Portugais, et afin d’éviter toute confrontation armée, nous demandons néanmoins aux médecins et au personnel infirmier de se présenter dans les hôpitaux pour une collaboration que nous souhaitons être inutile. »

  • 05:30

Salgueiro Maia entre dans Lisbonne et croise des forces de police sans qu’il y ait de réaction. Ses troupes s’installent sur le Terreiro do Paço où se trouvent le ministère de l’Armée, le conseil municipal, la banque du Portugal ainsi que les bureaux de la PSP (police). Salgueiro annonce à un journaliste qu’ils sont là pour renverser le régime.

  • 06:45

Quatrième communiqué du MFA :

« Ici le poste de commandement du Mouvement des Forces Armées. À l’attention des éléments des forces militarisées et policières. Dès lors que les forces armées ont décidé de prendre en charge la situation actuelle, toute opposition des forces militarisées et policières envers les unités militaires qui occupent Lisbonne sera considérée comme un délit grave. Le non-respect de cet avertissement pourra entraîner un inutile bain de sang, dont la responsabilité leur serait entièrement attribuée. Elles devront, par conséquent, rester dans leurs casernes jusqu’à nouvel ordre du Mouvement des Forces Armées. Les commandements des forces militarisées et policières seront sévèrement punis dans le cas où ils inciteraient leurs subordonnés à la lutte armée. »

  • 07:30

Cinquième communiqué du MFA :

« Ici le poste de commandement du Mouvement des Forces Armées. Comme il a été annoncé précédemment, les forces armées ont lancé, depuis ce matin, une série d’actions visant à libérer le pays de ce régime qui le dirige depuis longtemps. Dans leurs communiqués, les forces armées ont appelé à la non intervention des forces policières afin d’éviter tout bain de sang. Nous en tenant toujours au même désir, nous n’hésiterons pas à répondre, de manière ferme et implacable, à la moindre opposition manifeste. Conscients d’être l’interprète du véritable sentiment de la Nation, le MFA poursuivra son action libératrice et demande à la population de garder son calme et de rentrer chez elle. Vive le Portugal.  »

  • 08:45

Sixième communiqué du MFA, cette fois au micro de l’émetteur national :

« Les forces armées ont lancé une série d’actions visant à libérer le pays de ce régime qui le dirige depuis longtemps. Dans leurs communiqués, les forces armées ont appelé à la non intervention des forces policières afin d’éviter tout bain de sang. Nous en tenant toujours au même désir, nous n’hésiterons pas à répondre, de manière ferme et implacable, à la moindre opposition manifeste. Conscient d’être l’interprète du véritable sentiment de la Nation, le MFA poursuivra son action libératrice et demande à la population de garder son calme et de rentrer chez elle. Vive le Portugal. »

 

1975147_10152417267902612_4390455595061720878_nUne du journal Republica le 25 avril 1974, « non soumise à la censure », annonce que l’armée a pris le pouvoir.

 

  • 16:00

Les forces du CIOE contrôlent les installations de la RTP et de la RCP à Porto.

  • 16:30

L’ultimatum lancé au Président du Conseil Marcelo Caetano arrive à son terme. Celui-ci fait savoir qu’il est prêt à se rendre à la condition que ce soit à un officier supérieur.

  • 17:45

Le militaire Antonio de Spínola arrive sur place et reçoit la reddition de Marcelo Caetano.

  • 19:30

Marcelo Caetano est emmené dans un véhicule blindé vers le poste de commandement de Pontinha.

  • 20:00

La PIDE/DGS tire sur la foule et fait quatre morts. Elle finit par se rendre après l’intervention de Spínola. Début de la première réunion entre la JSN et le MFA.

 

26 AVRIL 1974

  • 01:30

Présentation des membres de la JSN à la télévision.

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