L’historienne Annie Lacroix-Riz juge «dérisoire» l’appel des «vingt intellectuels eurocritiques» pour un «nouveau traité européen»

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L’historienne Annie Lacroix-Riz explique pourquoi elle juge «dérisoire» l’appel des «vingt intellectuels eurocritiques» pour un «nouveau traité européen» paru dans le Figaro.

Dans l’atmosphère hystérique qui a suivi l’annonce de la victoire du Brexit au référendum du 23 juin 2016, le journal Le Figaro a ouvert ses colonnes à un « appel » lancé par « vingt intellectuels eurocritiques » en faveur d’un « nouveau traité européen » :

Parmi les « vingt intellectuels » ayant cette idée – ô combien originale et nouvelle ! – de proposer une « autre Europe » figurent notamment Jean-Pierre Chevènement, Paul Jorion, Michel Onfray et Jacques Sapir.

Étourderie habituelle chez tous ceux qui proposent aux Français de bâtir une « autre Europe » depuis 59 ans, les « vingt intellectuels » en question n’ont pas jugé nécessaire de préciser à leurs lecteurs l’existence d’un petit détail. À savoir que l’article 48 du traité sur l’Union européenne (TUE) impose que toute modification – fût-ce d’une virgule – à l’un des traités européens ne peut entrer en vigueur que si elle est signée, puis ratifiée, à l’unanimité des États-membres.

Pour une Europe à 27 États, cela fait donc 27 signatures de 27 gouvernements, puis 27 ratifications de 27 parlements ou référendums nationaux…. Soit 54 accords unanimes.

Ayant omis cette broutille, nos 20 auteurs ont également oublié de vérifier si leur « appel » – on ne peut plus franco-français – était acceptable par les 27 autres États, dont les 27 économies, les 27 tissus industriels, les 27 agricultures, les 27 secteurs de services, les 27 traditions politiques, les 27 réglementations sanitaires et sociales, les 27 histoires, les 27 cultures et les 27 intérêts géopolitiques sont tous différents les uns des autres et tous différents des nôtres.

Je ne suis pas le seul à avoir été surpris par ce curieux « appel pour un nouveau traité européen », signé de personnes que l’on imaginait plus averties des questions européennes. L’historienne communiste Annie Lacroix-Riz a publié en effet un article très intéressant pour réfuter, sous l’angle historique, les affirmations contenues dans ce texte. Avec son franc-parler habituel, étayé par une impressionnante culture historique, elle y affirme notamment que « la vision économique de long terme de l’Union européenne rend dérisoire l’espoir de renégocier les traités européens. »

Je recommande la lecture de cette analyse disponible sur plusieurs sources, notamment : ici ou encore ici.

François Asselineau
4 juillet 2016

POST SCRIPTUM

Je rappelle qu’Annie Lacroix-Riz, ancienne élève de l’école normale supérieure (Sèvres), agrégée d’histoire, docteur-ès-Lettres, est professeur émérite d’Histoire contemporaine à l’université Paris VII-Denis Diderot.

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Engagée politiquement au PCF puis de nos jours au PRCF, Annie Lacroix-Riz est l’auteur de plusieurs ouvrages qui ont fait date sur l’histoire de la seconde guerre mondiale et de la construction européenne (à commencer par son livre « Le choix de la défaite »).

Intellectuelle engagée mais d’esprit très ouvert, Annie Lacroix-Riz avait accepté mon invitation à venir débattre lors de l’université d’automne de l’UPR d’octobre 2013 à La Ferme de Meslay (près de Tours). Elle avait participé brillamment à la table ronde sur « les origines de la construction européenne », en compagnie du professeur de physique théorique belge Jean Bricmont et du philosophe et essayiste britannique John Laughland.

Table ronde avec Annie Lacroix-Riz lors de l’Université d’automne de l’UPR en 2013 :

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