Record historique de 46.7% d’abstention, blancs et nuls au 2ème tour des législatives 2012

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BILAN DU 2ème TOUR DES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES DU 17 JUIN 2012

Maintenant que les flons-flons de la triste fête électorale se sont tus et que ses lumières se sont éteintes, nous pouvons contempler à tête reposée le seul véritable enseignement du second tour des élections législatives du 17 juin 2012.

Le principal enseignement ne tient pas dans la majorité absolue donnée au PS. On notera cependant que le parti de François Hollande détient désormais toutes les apparences du pouvoir, avec l’Élysée, l’Assemblée nationale, le Sénat et une majorité de régions.

FIN DE PARTIE POUR FRANÇOIS BAYROU ET LE MODEM

Le principal enseignement du scrutin ne réside pas non plus dans l’échec cinglant du MODEM.

La descente aux enfers de François Bayrou et du MODEM

La descente aux enfers de François Bayrou et du MODEM

Il n’est cependant pas dénué de signification de constater que ce parti, héritier direct du MRP de Robert Schuman, est en voie de disparition. Son chef François Bayrou a tout perdu : il a été lui-même battu dans une circonscription où il était élu sans discontinuité depuis un quart de siècle et le MODEM n’a plus que deux députés.

François Bayrou paye ainsi la rançon de son discours politique, totalement incohérent et hypocrite.

Fustigeant chez autrui ses propres turpitudes, le chef du MODEM a passé son temps à dénoncer les mensonges, les omissions et la langue de bois des autres responsables politiques. Fort bien. Mais, au même moment, il mentait et tenait lui-même une langue de bois avec un aplomb extraordinaire puisqu’il a tout bonnement passé sous silence l’ensemble des problèmes cruciaux posés par la question européenne et le drame de l’euro !

Espérons qu’un grand nombre d’électeurs du MODEM, déboussolés par une stratégie aussi illisible, finiront par nous rejoindre. C’est ce qu’ont déjà fait un certain nombre d’entre eux, séduits par l’UPR car notre mouvement politique, situé résolument en-dehors du clivage droite-gauche, propose aux Français une nouvelle approche, honnête, sincère, et parfaitement fiable de la politique.

L’ÉCHEC DES « FRONTS »

Le principal résultat du scrutin du 17 juin 2012 ne tient pas non plus dans le énième échec du FN et du FG, quoi que ces échecs soient révélateurs de l’impasse des partis de pseudo-opposition, qui refusent de sortir de l’UE et de l’euro.

Le Front de gauche a ainsi confirmé sa très mauvaise performance du 1er tour. Dans la poignée de circonscriptions où il était encore présent au second tour, il n’obtient au total que 249 525 suffrages sur toute la France, soit seulement 0,58 % de la totalité des inscrits. Ce qui lui procure quand même 10 députés, nombre extrêmement décevant.

C’est   la rançon d’un parti qui prend trop ouvertement ses électeurs pour des   imbéciles, en  jouant la « dent du râteau » en faveur de François   Hollande.

En éludant systématiquement le débat de fond sur la construction européenne, en considérant l’euro et l’Union européenne comme des choix qu’il est interdit de remettre en cause, M. Mélenchon prend délibérément un très grand soin à détourner les électeurs de gauche qui lui font confiance de la véritable solution à leurs problèmes. D’une façon un peu différente de celle du FN, le FG   agit ainsi pour le plus grand  profit du système qu’il prétend combattre.

Jean-Luc Mélenchon, effaré par ses mauvais résultats ?

Jean-Luc Mélenchon, effaré par ses mauvais résultats ?

 

Le Front National, qui avait prophétisé avant le 1er tour qu’il pourrait se maintenir dans « plusieurs centaines »  d’élections  triangulaires contre l’UMP et le PS n’avait en définitive pu se  maintenir que dans 28.  Pour prendre la mesure de ce phénomène d’éviction, il suffit de remarquer que, le 17 juin 2012, il y a eu plus d’électeurs qui sont allés voter blanc ou nul (928 411 électeurs) que d’électeurs qui sont allés voter pour les 28 candidats restants du FN (842 684 électeurs).

Au bout du compte, le FN ne parvient à avoir que deux  députés :

  • – l’avocat Gilbert Collard (dont nul n’ignore dans la profession que ses compétences médiatiques sont supérieures à ses compétences juridiques…),
  • – et la petite-fille de Jean-Marie Le Pen, Marion Maréchal-Le Pen, qui devient à 22 ans la benjamine de l’Assemblée Nationale. L’honneur de la SARL Le Pen & C° est donc sauf, même si Tantine Marine est battue à Hénin-Beaumont, tout comme Tonton Aliot, battu dans les Pyrénées Orientales.
Le Front national, une affaire de famille

Le Front national, une affaire de famille

Dans ces conditions, les déclarations tonitruantes de Mme Le Pen affirmant que ce second tour constituait un « énorme succès », qui « préfigure une recomposition de la droite autour d’elle », a constitué l’un des moments cocasses de la soirée, du moins pour les téléspectateurs ayant de la mémoire.

Ces derniers se sont en effet rappelés que le père Le Pen nous avait déjà fait le coup de« l’énorme-succès-qui-préfigure-une-recomposition-de-la-droite-autour-du-FN », à peu près mot pour mot voici un quart de siècle, lors du résultat des élections législatives de 1986 (où le FN avait obtenu 35 députés du fait du scrutin proportionnel).

Jean-Marie Le Pen nous l’avait ressorti au second tour des élections législatives de 1988. Puis rebelote au second tour des élections législatives de 1993. Puis derechef au second tour des élections législatives de 1997. Et une resucée au second tour des élections législatives de 2002. Puis il nous avait encore remis le couvert au second tour des élections législatives de 2007.

Sa fille reprend donc benoîtement la même rhétorique trentenaire.

L’EFFET SCANDALEUSEMENT DÉFORMANT DU SYSTÈME ÉLECTORAL

Il faut être juste : quelle que soit la façon d’aborder la question, il n’est pas normal, d’un point de vue démocratique, que le FN, qui a recueilli 13,6 % des voix au 1er tour, n’obtienne au bout du compte que 2 députés, tandis que l’UMP, qui a recueilli exactement le double de voix du FN au 1er tour (27,1 %), obtient quant à lui 97 fois plus de députés (194 députés au total).

De même, il n’est pas normal que les 1.418.000 Français qui ont voté pour EELV au 1er tour soient représentés par 17 députés au total, tandis que les 3.528.000 Français qui ont voté pour le FN au 1er tour ne soient représentés que par 2 députés au total. Chaque député vert ne représente donc que 83.411 Français alors que chaque député FN en représente 1.764.000.

On notera aussi que :

  • le PS obtient 280 députés pour 9.420.000 voix, ce qui fait que chaque député PS ne représente que 33.643 électeurs,
  • alors que l’UMP n’obtient que 194 députés pour 8 741.000 voix, ce qui fait que chaque député UMP représente 45.054 électeurs.

Tous ces chiffres permettent de faire ressortir l’injustice bien connue du système électoral actuel, dit « scrutin uninominal majoritaire à deux tours ». Ce type de scrutin a certes le très grand mérite de dégager des majorités électorales massives et stables. Mais il présente l’inconvénient de fournir des résultats outrés, qui donnent à des millions d’électeurs un profond sentiment d’injustice.

A contrario, le système proportionnel intégral n’est pas satisfaisant non  plus car il pousse à l’émiettement complet de la représentation  nationale et ouvre la porte aux combinaisons politicardes les plus  nauséabondes, comme on le vit notamment sous la IVe République.

Pour ce qui me concerne, j’estime qu’il faut absolument changer de système électoral actuel pour introduire un élément de proportionnalité dans les résultats. 

L’objectif raisonnable serait d’avoir un système panaché entre le scrutin majoritaire uninominal à deux tours et le scrutin de liste proportionnel intégral, afin de permettre à la fois de dégager une majorité pour gouverner, tout en ayant une représentation moins injuste de l’opinion des électeurs français. 

LE VRAI RÉSULTAT : LES FRANÇAIS SONT ENTRÉS EN DISSIDENCE CONTRE TOUS LES PARTIS, SANS EXCEPTION, DE LA SCÈNE MÉDIATIQUE

Le véritable résultat du second tour des élections législatives du 17 juin 2012 doit être recherché ailleurs que dans tout ce qui précède  : il réside dans le score de l’abstention, qui s’est élevé aux chiffres records de 44,59 % des inscrits, et même à 46,73 % des inscrits si l’on y ajoute les électeurs qui sont allés voter blanc ou nul. 

Comme à l’issue du 1er tour, ce qu’il est essentiel de bien voir, c’est que ces scores sont sans précédent dans toute l’histoire de la Ve République,  et probablement dans toute l’histoire de la République tout court.

Comme  on le voit sur ce graphique (exclusif UPR), et notamment grâce à la  courbe de la moyenne mobile sur les deux dernières élections, le taux  d’abstention au 2ème tour des élections législatives a connu, comme celui du 1er tout (cf. mon article précédent)  deux phases  sous la Ve République :

  • L’abstention a décru de 1958 jusqu’à 1981 :

Cela  témoigne du fait que Charles de Gaulle avait rendu à l’État son  autorité et donc leur sens aux élections : le débat politique  intéressait de plus en plus les Français, qui avaient le sentiment qu’il  pouvait exister une réelle alternance.

  • L’abstention ne cesse de croître depuis 1981 :

Cela  témoigne de l’effet inverse : la désillusion de la gauche au pouvoir,  puis la perte continuelle de souveraineté organisée par les traités de  Maastricht (1992), Amsterdam (1997), Nice (2000), Lisbonne (2008) ont  fait leur œuvre : les Français se détournent de plus en plus de la politique, qui les écœure.

Au total le véritable résultat du second tour des élections législatives est le suivant, par ordre décroissant d’importance, et en pourcentage du total des 43 234 000 inscrits. Attention : ces données concernent bien le second tour, où de nombreux candidats du 1er tour avaient été éliminés, en particulier ceux du FN ; c’est ce qui explique que le FN, qui avait rassemblé 3 528 373 suffrages au 1er tour n’en a plus rassemblé que 842 684, car il n’était plus présent que dans 28 « triangulaires » ; des disparités du même ordre concernent les nombres de voix obtenues par le FG ou EELV par exemple) :

  • 1- « Parti » des abstentionnistes : 19 276 406 électeurs = 44,59 % des inscrits
  • 2 Parti socialiste : 9 420 426 électeurs = 21,79 % des inscrits
  • 3- UMP  : 8 740 625 électeurs = 20,22 % des inscrits
  • 4- « Parti » des votes Blancs et nuls : 928 411 électeurs = 2,15 % des inscrits
  • 5- Front National : 842 684 électeurs = 1,95 % des inscrits
  • 6-  EELV : 828 916 électeurs = 1,92 % des inscrits
  • 7- Divers gauche : 709 409 électeurs = 1,64 % des inscrits
  • 8- Nouveau centre : 568 288 électeurs = 1,31 % des inscrits
  • 9- Parti Radical de Gauche (PRG) : 538 324 électeurs = 1,25 % des inscrits
  • 10- Divers droite : 418 135 électeurs = 0,97 % des inscrits
  • 11- Parti Radical Valoisien (PRV) : 311 211 électeurs = 0,72 % des inscrits
  • 12- Front de Gauche (FG) : 249 525 électeurs = 0,58 % des inscrits
  • 13- Alliance centriste (ALLI) : 123 352 électeurs = 0,29 % des inscrits

Au total, on notera ce résultat stupéfiant : au second tour des élections législatives du 17 juin 2012, le nombre des abstentionnistes et des électeurs ayant voté blanc ou nul s’est élevé à 20.204.817 électeurs, c’est-à-dire un nombre supérieur au nombre d’électeurs ayant voté pour tous les candidats restant en lice du PS, de l’UMP, du FN et du FG (20.082.176 électeurs).

En résumé, les Français mécontents de TOUS les partis politiques médiatisés constituent donc le premier parti de France. Il sont entrés en dissidence face à une démocratie pour rire, qui n’a plus de « démocratique » que le nom.

C’est à eux, notamment, que s’adressent les analyses et les propositions de l’UPR. 

François ASSELINEAU