Hausse du chômage: le nouveau gouvernement a trouvé la solution

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L’INSEE vient de révéler que le taux de chômage OFFICIEL en France a grimpé fortement au 1er trimestre 2012, en hausse de +0,3 point par rapport au 4ème trimestre 2011. Il s’est établi officiellement à 10% de la population (et à 9,6% en excluant « les DOM », comme le précise bizarrement la dépêche AP, qui préfère mettre en avant le taux de 9,6%).

La même dépêche précise que la France « métropolitaine » comptait 2,7 millions de chômeurs fin mars 2012 au sens du Bureau International du Travail, ce qui représente donc quelque 2,81 millions de chômeurs avec l’outre-mer. Mais, citant l’INSEE, la dépêche précise aussi que, « plus généralement, 3,5 millions de personnes ne travaillent pas mais souhaitent travailler », soit 3,65 millions avec l’outre-mer.

En d’autres termes, le taux de chômage réel est, au moins, de 13% de la population en âge de travailler.

Le changement bidon proposé par le ministre du Travail…

Face à ces informations qui soulignent la rapidité de la dégradation de la situation économique et sociale, le ministre du Travail, Michel Sapin, a reconnu qu’il y avait « urgence ».
Certes.

Mais que propose-t-il donc comme solution ?

– Propose-t-il d’abroger l’article 63 du Traité sur le fonctionnement de l’union européenne (TFUE), qui interdit toute restriction aux échanges de capitaux, et qui interdit donc par la même occasion toute restriction aux délocalisations industrielles ?
– Réponse : Non.

– Propose-t-il de redonner à la Banque de France son pouvoir régalien de financement de l’État et des collectivités publiques, afin de desserrer l’étau de la dette publique, ce qui impose de dénoncer juridiquement l’article 123 du TFUE ?
– Réponse : Non.

– Propose-t-il de faire sortir la France de l’euro, qui est en train de nous entraîner dans le désastre et qui nous impose des restrictions budgétaires tous azimuts, notamment par les biais des articles 121 du TFUE qui nous impose les « Grandes Orientations de Politique économique » et 282 qui fixe les prérogatives de la BCE ?
– Réponse : Non.

– Propose-t-il de mettre un terme à la destruction des services publics en dénonçant l’article 106 du TFUE ?
– Réponse : Non.

Alors quoi ?
Que propose donc M. Sapin ?
Eh bien M. Sapin propose les « contrats de génération » et les « contrats d’avenir » ! Et il ose affirmer, comme si c’était une innovation sans précédent, que « ce sera de la concertation, qui nous permettra de déboucher rapidement ».

Mais de qui se moque-t-il ?

Croit-il que les Français ont déjà oublié :
– le « contrat première embauche » (CPE) ? (M. de Villepin avait fait descendre 2 millions de manifestants dans les rues à ce sujet)
– le « contrat d’avenir » (CAV) ? (« contrat d’avenir » qui appartient… au passé, et que M. Sapin a donc l’idée géniale de recréer..)
– le « contrat d’accompagnement dans l’emploi » (CAE) ?
– le « contrat emploi solidarité » (CES) ?
– le « contrat emploi consolidé » (CEC) ?
– le « contrat insertion revenu minimum d’activité » (CI-RMA) ?
– le « contrat initiative emploi » (CIE) ?
– etc., etc.

M. Sapin croit-il vraiment que nos concitoyens n’en ont pas assez de cette litanie de cache-misères, pompeusement baptisés « contrats », et dont chaque nouveau gouvernement change le nom, puisque c’est à peu près le seul pouvoir qui lui reste ?

… mais une déclaration très politicarde

Les événements se chargent ainsi de prouver que, pas plus que son collègue Montebourg, ministre du « redressement productif » [sic], M. Sapin, ministre du travail, n’a la moindre idée de ce qu’il pourrait bien faire pour faire baisser le chômage.

C’est logique puisque les ministres n’ont plus aucune manette.

Demander à l’actuel ministre du travail de redonner du travail aux Français ou à l’actuel ministre de l’industrie de renforcer l’industrie française, c’est exactement comme si l’on demandait à un chauffeur de taxi de nous conduire à un endroit précis, situé à plusieurs dizaines de kilomètres, mais que le taxi en question n’ait ni volant, ni pédales d’accélération et de frein, ni embrayage, ni moteur, ni essence.

Plutôt que de dénoncer cette mascarade et d’avouer la vérité aux Français – ce qui est la seule attitude digne -, M. Sapin, comme M. Montebourg, préfère manger dans la gamelle et se donner le sentiment d’être important parce qu’il circule dans des voitures à gyrophare.

Et pour cette maigre récompense narcissique, M. Sapin est prêt à toutes les contorsions politicardes.

C’est d’ailleurs ce qu’il a fait : commentant les chiffres du chômage, désastreux quoi qu’enjolivés, il a également affirmé que « personne ne va dire aux Français ‘la hausse s’arrête parce que le président de la République à l’Élysée à changé’ ». Compte tenu de la récente élection de François Hollande, on ne peut qu’être d’accord, et d’autant plus que les données de l’INSEE concernent la période janvier-mars 2012.

Puis M. Sapin a poursuivi de façon aussi politicarde que minable : « Il ne suffit pas d’avoir un président de la République différent, il faut aussi une majorité »,en faisant référence aux législatives, qui se tiennent les 10 et 17 juin. Et il a souligné que la « droite » faisait « campagne contre » les contrats de génération et les contrats d’avenir »…

Décidément, la classe politique française sombre dans une médiocrité qui n’a plus de nom.

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