UNE « FAKE NEWS » POUR DISCRÉDITER POUTINE ET LA RUSSIE ? Selon l’ancien Ambassadeur britannique en Ouzbékistan, le « novitchok » serait « une arnaque » comme les « armes de destruction massives » irakiennes.

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Craig Murray, un proche collaborateur de Wikileaks, est historien et activiste des droits de l’homme. Il a été ambassadeur du Royaume-Uni en Ouzbékistan.

Alors qu’Emmanuel Macron, balayant la position prudente du Quai d’Orsay adoptée pendant quelques jours, a décidé follement d’apporter le soutien de la France sans le moindre début de preuve à la version britannique de la tentative d’empoisonnement alléguée de l’agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia, le lanceur d’alerte britannique Craig Murray, ancien ambassadeur du Royaume-Uni en Ouzbékistan, vient de publier une analyse stupéfiante et très sourcée.

 

Selon cette analyse, l’existence même des agents chimiques de type « novitchoks » est mise en doute par les meilleurs experts de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) et il est scientifiquement impossible que le gouvernement britannique ait pu avoir la preuve que l’agent chimique, qui aurait été utilisé contre l’agent double russe, soit de fabrication russe.

 

 

L’histoire du novitchok est une anarque comme les « Armes de destruction massives » irakiennes.

14 mars, 2018, par Craig Murray

[ Source : blog de Craig Murray ]

 

Aussi récemment qu’au cours de l’année 2016, le Dr Robin Black, chef du Laboratoire de détection de l’unique usine d’armes chimiques du Royaume-Uni à Porton Down, un ancien collègue du Dr David Kelly, a publié dans un journal scientifique extrêmement prestigieux un article expliquant qu’il n’y avait que de faibles preuves de l’existence des novitchoks et que leur composition demeurait inconnue.

Ces dernières années, il y a eu beaucoup de spéculations sur le fait qu’une quatrième génération d’agents neurotoxiques, baptisés « novitchoks » (« nouveau venu » en russe), aurait été développée en Russie à partir des années 1970 dans le cadre du programme « Foliant », dans le but de trouver des agents toxiques qui déjoueraient toutes mesures de protection. Les informations sur ces composés ont été rares dans le domaine public, et proviennent principalement d’un chimiste militaire russe dissident, Vil Mirzayanov. Aucune confirmation indépendante des structures ou des propriétés de ces composés n’a été publiée.

[Source : Dr Robin Black, 2016, article « Développement, utilisation historique et propriétés des agents de guerre chimique », Société royale de chimie.]

Pourtant, le gouvernement britannique prétend aujourd’hui être capable d’identifier instantanément une substance que son seul centre de recherche sur les armes biologiques n’a jamais vue auparavant et de l’existence de laquelle il n’était pas même sûr. Pire, il prétend pouvoir non seulement l’identifier, mais en identifier l’origine. Compte tenu de la publication du Dr Black, il est clair que cette affirmation ne peut pas être vraie.

Les experts internationaux en armes chimiques du monde partagent l’opinion du Dr Robin Black. L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) est un organisme des Nations unies basé à La Haye. Voici ce que l’on trouve dans le rapport de 2013 de son Conseil consultatif scientifique (CCS), qui comprenait des représentants des gouvernements américain, français, allemand et russe et dans lequel le Dr Robin Black était le représentant britannique :

[Le CCS] a souligné que la définition des produits chimiques toxiques dans la Convention couvrirait tous les produits chimiques candidats potentiels qui pourraient être utilisés comme armes chimiques. En ce qui concerne les nouveaux produits chimiques toxiques non énumérés dans l’annexe sur les produits chimiques mais qui peuvent néanmoins constituer un risque pour la Convention, le CCS fait référence aux « novitchoks ». Le nom « novitchok » est utilisé dans une publication d’un ancien scientifique soviétique qui a signalé avoir étudié une nouvelle classe d’agents neurotoxiques pouvant être utilisés comme armes chimiques binaires. Le CCS déclare qu’il ne dispose pas d’informations suffisantes pour commenter l’existence ou les propriétés de « novitchoks ».

[Source : OIAC : rapport du Conseil consultatif scientifique sur l’évolution de la science et de la technologie pour la troisième Conférence d’examen – 27 mars 2013.]

De fait, l’OIAC était si sceptique quant à la viabilité des « novitchoks » qu’elle a décidé – avec l’accord des États-Unis et du Royaume-Uni – de ne pas les ajouter, non plus que leurs prétendus précurseurs, à sa liste des produits interdits. Pour résumer, la communauté scientifique admet que Mirzayanov ait travaillé sur des « novitchoks » mais doute qu’il y  ait réussi.

Étant donné que, selon l’OIAC,  les preuves de l’existence de « novitchoks » sont douteuses, si le Royaume-Uni en a un échantillon, il est extrêmement important que le Royaume-Uni présente cet échantillon à l’OIAC. En effet, le Royaume-Uni a l’obligation de présenter cet échantillon à l’OIAC. La Russie – mais cela n’a pas été rapporté par les médias grand public – a envoyé une demande légale à l’OIAC de présentation d’un échantillon du matériel trouvé à Salisbury de la part du Royaume-Uni, pour une analyse internationale.

Pourtant, la Grande-Bretagne refuse de le soumettre à l’OIAC.

Pourquoi ?

Une deuxième partie de l’accusation de Mme May est que les « novitchoks » ne pourraient être produits que dans certaines installations militaires. Mais ceci est également manifestement faux. S’ils existent, les « novitchoks » ont été conçus pour pouvoir être fabriqués dans n’importe quelle installation chimique commerciale – c’en était même l’une des caractéristiques majeures. Le seul véritable indice de l’existence des novitchoks était le témoignage de l’ex-scientifique soviétique Mizayanov, qui les a développés. Et ce qui suit est ce qu’en avait écrit Mirzayanov lui-même :

« Il faut garder à l’esprit que les composants chimiques ou les précurseurs du A-232 ou de sa version binaire novichok-5 sont des organophosphates ordinaires qui peuvent être produits par une compagnie commerciale de chimie, comme celles qui produisent des engrais et des pesticides. »

[Source : Vil S. Mirzayanov, « Démantèlement du complexe d’armes chimiques soviétique/russe : la vision d’un initié » cité dans Amy E. Smithson, Dr. Vil S. Mirzayanov, Gen Roland Lajoie et Michael Krepon, Désarmement chimique en Russie : problèmes et perspectives, Rapport Stimson No. 17, octobre 1995, page 21.]

Il est scientifiquement impossible que [le laboratoire de détection chimique britannique] de Porton Down ait pu détecter des novitchoks russes s’il n’avait jamais possédé auparavant un échantillon russe pour les comparer. lls peuvent analyser un échantillon comme conforme à une formule de Mirzayanov, mais comme celui-ci l’a rendue publique il y a vingt ans, ce n’est pas une preuve de l’origine russe. Si l’équipe de scientifiques de Porton Down peut le synthétiser, beaucoup d’autres laboratoires peuvent le faire aussi, et pas seulement les Russes.

Et pour finir, Mirzayanov est un nom ouzbèke et le programme novitchok, pour autant qu’il ait existé, était basé dans l’Union Soviétique mais loin de la Russie moderne, à Nukus en Ouzbékistan. J’ai personnellement visité le site des armes chimiques de Nukus. Il a été démantelé et assaini, tous ses stocks ont été détruits et son équipement a été enlevé par le gouvernement des États-Unis, dans mes souvenirs lors de mes derniers jours en tant qu’ambassadeur là-bas. En fait, il n’y a jamais eu la moindre preuve de « novitchok » en Russie elle-même.

 

Pour résumer :

1) [Le laboratoire britannique] de Porton Down a reconnu dans ses publications qu’il n’avait jamais vu de « novitchoks » russes. Le gouvernement britannique n’a absolument aucune information sur les « empreintes digitales » telles que les impuretés qui peuvent attribuer cette substance en toute sécurité à la Russie.

2) Jusqu’à présent, ni Porton Down ni les experts mondiaux de l’Organisation pour la prévention des armes chimiques (OIAC) n’étaient convaincus de l’existence même des « novitchoks ».

3) Le Royaume-Uni refuse de fournir un échantillon à l’OIAC.

4) Les « novitchoks » ont été spécifiquement conçus pour pouvoir être fabriqués à partir d’ingrédients communs dans n’importe quel laboratoire scientifique. Les Américains ont démantelé et étudié l’installation qui les avait censément développés. Il est complètement faux de dire que seuls les Russes peuvent en produire, pour autant que quiconque le puisse.

5) Le programme « novitchok » était basé en Ouzbékistan et non en Russie. Ce qu’il en reste a été légué aux Américains durant leur alliance avec [le président] Karimov, et non aux Russes.

Avec tous mes remerciements à des sources qui ne peuvent pas être nommées pour le moment.

Traduction : François Asselineau

 

 

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