L’UPR conseille à Emmanuel Macron de demander une réunion en urgence du Conseil de Sécurité de l’ONU sur l’escalade des provocations turques en Méditerranée orientale.

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Comme je l’avais indiqué dans ma vidéo enregistrée le 15 juillet dernier (qui a été mise en ligne le 27 juillet et a dépassé les 158 000 vues en ce 11 août ), les tensions ne cessent de s’aggraver en Méditerranée orientale du fait des provocations irréfutables des autorités turques.

La France, soucieuse de défendre le droit international et de protéger la Grèce et Chypre contre l’expansionnisme de la Turquie, se retrouve bien seule, lâchée par la quasi-totalité de ses partenaires de l’UE et de l’OTAN.

J’ai également souligné (dans ma vidéo mise en ligne le 7 août et qui atteint les 30 000 vues en ce 11 août ) que le président turc semble prendre un malin plaisir, depuis plusieurs semaines, à jeter de l’huile sur le feu dans ses relations avec le monde occidental.

Une nouvelle et dangereuse provocation d’Erdogan.

Au cours des dernières heures, le président Erdogan a franchi un nouveau pas dans l’escalade des provocations : il a donné ordre au navire turc Oruç Reis de se rendre dans une zone située entre les îles de Crète [sud de la Grèce] et de Chypre, à la hauteur de de la ville [turque] d’Antalya, dans le cadre d’une nouvelle campagne de prospection d’hydrocarbures.

En clair, ce bâtiment va naviguer et faire de la prospection dans les eaux territoriale grecques et chypriotes – et reconnues comme telles par l’ONU – sans la moindre autorisation des gouvernements d’Athènes et de Nicosie. Donc en violation du droit international et de la souveraineté de la Grèce et de Chypre, tous deux membres de l’Union européenne.

Ankara excipe d’un accord signé en novembre dernier avec le gouvernement d’union nationale libyen relatif à ses frontières maritimes, mais cet accord n’a aucune valeur en droit international.

Pour en rajouter encore dans la provocation, les autorités turques ont crânement rendu public un dispositif militaire impressionnant pour assurer la protection de leur bateau de recherches. Le ministère turc de la Défense a publié des photographies sur lesquelles ont voit l’Oruç Reis escorté par 4 avisos A69 [que la France avait livrés à la marine turque entre 2000 et 2002] et une frégate Meko. Il est possible qu’un sous-marin complète ce dispositif [le site Opex360 croit en deviner sur l’une des prises de vue aériennes].

En réplique, la Grèce a accusé la Turquie de « menacer la paix » en Méditerranée orientale et a assuré qu’elle défendra « sa souveraineté et ses droits souverains. ». Elle a également saisi Charles Michel, président du Conseil européen, et Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’Otan, mais l’un et l’autre se sont contentés de réponses lénifiantes (pour les raisons que j’ai déjà exposées dans ma vidéo du 15 juillet citée précédemment).

Ce 11 août, Athènes a demandé la tenue en urgence d’un sommet de l’Union européenne, tandis que le ministre turc des affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a jeté encore un peu plus d’huile sur le feu en affirmant que la Turquie étendrait ses opérations de prospection « près des frontières occidentales de son plateau continental. »

Le ministère chypriote de la Défense a quant à lui expliqué que les actions conduites par le navire Oruç Reis constituent une « violation du droit international et des procédures de sécurité maritime » ainsi qu’une « infraction criminelle en vertu des lois de la République de Chypre ». Il a exigé en conséquence le retrait immédiat du bateau de recherche Oruç Reis, ainsi que celui du Barbaros Hayredin, un autre navire de prospection envoyé par Ankara dans la zone économique exclusive chypriote.

La France risque de se retrouver seule prise dans l’engrenage militaire.

Dans cette affaire, la Grèce et la République de Chypre comptent sur le soutien de la France puisqu’un accord de défense avec Nicosie vient d’entrer en vigueur et qu’un accord de partenariat stratégique est en cours de finalisation entre Paris et Athènes.

C’est dans ce cadre d’une dangereuse montée des tensions que la presse chypriote vient d’indiquer que deux avions Rafale français, provenant probablement de la base aérienne française projetée en Jordanie, ont été repérés à l’aéroport Andreas Papandreou, près de la ville de Paphos, située dans le sud-ouest de l’île. Les deux appareils sont accompagnés par un avion ravitailleur C-135FR.

La France monte ainsi au créneau et prend des décisions qui pourraient déboucher à terme, soit sur une retraite piteuse qui renforcerait encore Erdogan, soit sur un véritable conflit armé avec la Turquie.

L’affaire est d’autant plus sérieuse que la France semble toujours aussi seule au sein de l’UE et de l’OTAN pour protéger Chypre et la Grèce. Washington et Berlin veulent ménager Ankara, Rome et La Valette veulent ménager Tripoli, Londres semble silencieuse (alors que le Royaume-Uni est l’ancienne puissance coloniale de Chypre et qu’il y possède toujours des installations militaires importantes bénéficiant de l’extraterritorialité).

En définitive, dans le club des grandes puissances, c’est sans doute Moscou que Paris pourrait appeler en renfort avec le plus de chances de succès, la Russie étant traditionnellement la protectrice des pays chrétiens orthodoxes de Méditerranée orientale contre l’empire ottoman et ses prétendus successeurs.

CONCLUSION : L’UPR conseille à Emmanuel Macron de demander une réunion en urgence du Conseil de sécurité de l’ONU.

En sa qualité de membre permanent du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations-Unies, Paris devrait demander la réunion en urgence de ce Conseil, et cela dans un double but :

1)- forcer Washington, Londres et plus encore Berlin à prendre une position claire devant l’ONU.

Je rappelle à ce propos qu’Emmanuel Macron a signé un traité franco-allemand à Aix-la-Chapelle le 22 janvier 2019, dont j’ai dénoncé minutieusement le caractère scandaleux dans une vidéo mise en ligne le 18 janvier 2019 et ayant recueilli 215 000 vues à ce jour).

Puisque ce traité a posé le principe d’un quasi-partage de notre siège au Conseil de sécurité avec l’Allemagne (des diplomates allemands siègent dans notre délégation !), c’est bien le moment de mettre l’Allemagne au pied du mur et de voir si elle est d’accord avec la France et avec deux autres États membres de l’UE (Grèce et Chypre) pour condamner et prendre des sanctions contre la Turquie !

2)- tenter de ramener les autorités turques à la raison et au respect du droit international, afin d’entamer une désescalade.

✅ Cette initiative diplomatique présenterait enfin un 3e avantage : elle permettrait à Emmanuel Macron de demander à Vladimir Poutine de joindre la voix de la Russie à celle de la France pour obtenir cette réunion en urgence du Conseil de sécurité.

Ce qui engagerait un réchauffement diplomatique bienvenu entre Paris et Moscou.


François Asselineau
11 août 2020 – 20h00
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Source principale : http://www.opex360.com/2020/08/11/tensions-en-mediterranee-orientale-des-rafale-francais-envoyes-a-chypre/
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