Pourquoi l’UPR ne présente-t-elle personne aux élections législatives ?

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Cette question nous est posée de temps en temps par certains de nos adhérents, légitimement impatients d’en découdre avec le système euro-atlantiste, et qui n’ont pas été en mesure de lire ou d’entendre les explications que j’ai déjà données depuis plusieurs semaines.

Voici l’explication circonstanciée.

1) L’UPR ne présente AUCUN candidat aux élections législatives.
Nos adhérents et sympathisants doivent être vigilants : il y a une petite poignée de candidats en France qui se réclament de « l’URP ». Ce n’est pas nous.

Il s’agit d’un minuscule groupuscule de droite dure, qui s’est créé après l’UPR et qui a pris un sigle et une dénomination visant délibérément à entretenir la confusion avec les nôtres.

Nous n’avons rien à voir, ni de près ni de loin avec ce groupuscule.

2) Nous avons déjà dit plusieurs fois pourquoi nous ne présentons pas de candidats. J’en répète les raisons.

Un candidat doit payer AU MINIMUM :
– ses professions de foi (100.000 professions de foi en quadrichromie s’il y a 100.000 électeurs)
– ses bulletins de vote (100.000 bulletins de vote)
– ses affiches électorales (disons 1000 pour apposer sur les panneaux électoraux des bureaux de vote et pour faire une petite campagne d’affichage)
– si possible au moins un tract (tiré disons à 20.000 exemplaires)
– ses frais de déplacement à travers la circonscription
– l’organisation d’au moins 3 ou 4 réunions
– les frais de commissariat aux comptes pour valider ensuite tous les comptes auprès de la CNCCFP (obligation légale)

Au total, pour une circonscription moyenne de 100.000 électeurs, cela représente un coût MINIMUM de 20 à 30.000 euros. (En réalité, il faudrait dépenser au moins le double pour assurer une campagne très visible).

3) On peut certes être candidat « pour rire ».
Il suffit de ne produire ni tract ni profession de foi ni même bulletin de vote, de ne pas circuler dans la circonscription, de n’organiser aucune réunion.

Quel en est le résultat ?
a)- un candidat qui recueille 10 à 30 voix…
b) et une image durablement acquise de parti fantaisiste.

Est-ce là ce que nous voulons ?
La réponse est non.

4) Si l’on veut être candidat un tant soit peu sérieux, il faut donc dépenser au moins 20 à 30.000 euros, et souvent beaucoup, beaucoup plus.

Qui paye ?
Le candidat.

Est-il remboursé ?
Oui, sous une double condition :

a)- que ses comptes soient validés par la CNCCFP (ce qui suppose donc le recours à des commissaires aux comptes qui se font payer pour le travail de certification nécessaire),

b)- qu’il ait atteint 5,000 % des suffrages. Avec 4,999 %, le candidat n’est pas remboursé.

Est-ce une barre facile à atteindre ?
Pas du tout.
Il suffit de regarder les élections antérieures : à part les grands partis, il est très rare que le candidat d’un parti inconnu du grand public, ou qu’un candidat individuel, atteigne et dépasse les 1 ou 2%, a fortiori les 5%.

En 2007, par exemple, DLR de M. Dupont-Aignan avait présenté une soixantaine de candidats à travers la France. À part M. Dupont-Aignan lui-même, qui avait été réélu parce qu’il était le député UMP sortant et que l’UMP n’avait présenté personne contre lui, TOUS les autres candidats DLR avaient fait moins de 3%. La grande majorité d’entre eux avaient même obtenu moins de 1%. DLR était pourtant relativement bien médiatisé déjà à cette époque.

5) Comment font les autres partis ?

5.1.- Les grands partis financent les campagnes des candidats auxquels ils accordent l’investiture. Cela ne leur pose pas de problème, d’une part parce qu’ils croulent sous l’argent public, d’autre part parce qu’ils dépassent toujours 5,00% des suffrages.

5.2.- Les moyens partis sont parfois en difficulté : en 2007, le FN a par exemple vu un grand nombre de ses candidats ne pas obtenir les 5,00 % des voix fatidiques. C’est une des raisons pour lesquelles le FN a dû vendre son siège social : M. Le Pen s’était engagé à défrayer ces candidats malheureux pour leur éviter la ruine personnelle.

5.3.- Les petits partis sont dans une situation bien plus difficile encore. Car non seulement ils sont dans l’incapacité de rembourser leurs candidats qui n’atteignent pas 5%, mais la plupart de leurs candidats, sinon tous, n’atteignent justement pas les 5,00%.

6) Dans ce cas des petits partis, il n’y a donc que deux solutions :

6.1.- soit le petit parti se fait financer discrètement par un plus gros.
C’est ainsi que, d’après nos informations, le POI de M. Schivardi a passé un accord avec le FG en début d’année, accord qui prévoyait :
-> d’une part que le POI ne présentait pas de candidat à la présidentielle pour ne pas gêner Mélenchon ; ce qui a été le cas.
-> d’autre part, et en « échange de bons procédés », que le FG laissait plusieurs dizaines de circonscriptions législatives à un candidat du POI ; ou bien (mais c’est à confirmer) finançait discrètement les candidatures du POI en cas de non obtention des 5,00%.

6.2.- soit le petit parti veut garder son indépendance et ne pas se faire « acheter » par un gros parti (européiste).
Dans ce cas, les candidats qui n’obtiennent pas les 5,00% n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. Ils peuvent perdre 20 à 30.000 euros par personne, voire davantage, dans toute cette opération.

7) Un facteur aggravant s’ajoute à cette situation, déjà dirimante : c’est l’adoption du quinquennat et la concomitance dans le temps des législatives, dans la foulée de la présidentielle.

Depuis 2002, cette nouvelle chronologie des consultations électorales a eu pour effet de quasiment supprimer purement et simplement la campagne électorale pour les législatives.

Les médias organisent d’ailleurs savamment cette oblitération.
Nous avions pu le remarquer en 2002, a fortiori en 2007.
Mais cette année, et conformément à mes anticipations, nous assistons à des records de « non-campagne ».
Les médias en rajoutent d’ailleurs, en laissant s’instiller dans les esprits l’idée que seul compte le « vote utile » pour ou contre Hollande. Donc voter PS ou UMP.

Tout cela est voulu et prémédité.

Dans une telle situation d’absence de tout débat dans les médias et de prétendu « vote utile », il faut surtout rester lucide : un mouvement comme l’UPR, qui reste inconnu du très grand public malgré sa progression remarquable sur Internet, n’aurait tout simplement pas les moyens de « percer ». Et cela d’autant plus que je n’ai pas pu être candidat à l’élection présidentielle.

Le score de nos candidats aurait donc été extrêmement faible, tout comme seront extrêmement faibles les candidats qui n’ont pas l’investiture des partis médiatisés.

8) Jointe à l’absence de débat et au réflexe de prétendu « vote utile », la prolifération des candidatures renforce en outre le risque précédent.

Selon le tout dernier « baromètre BVA » publié le 1er juin 2012 (et qui me semble assez crédible) :
– 33% des sondés voteraient pour le PS ou le Parti Radical de Gauche (PRG),
– l’UMP recueillerait 32 % des suffrages (contre 32,5 % dans la précédente enquête),
– le Front national aurait 16 %,
– le Front de gauche aurait 9 %,
– le MoDem aurait 4,5 %,
– EELV aurait 4 %,
– DLR aurait 0,5 %,
– le NPA aurait 0,5 %,
– LO aurait 0,5 %.
– et tous les autres sont en dehors du degré de perception des sondages
[source : http://www.melty.fr/elections-legislatives-2012-sondage-il-n-actu109911.html]

Ce sondage montre que les 6 partis PS-UMP-FN-FG-EELV-MODEM rafleraient 98,5% des voix.

Même en supposant que les scores du PS ou de l’UMP soient un petit peu moins élevés, on voit que, dans la situation actuelle qui découle de l’élection présidentielle il y a un mois, les 6 partis précités sont quasiment assurés de rafler au moins 96 à 97% des suffrages.

Cette estimation est d’ailleurs conforme aux scores cumulés au 1er tour des 6 candidats correspondant à ces 6 partis (François Hollande 28,63% + Nicolas Sarkozy 27,18 % + Marine Le Pen 17,90 % + Jean-Luc Mélenchon 11,10 % + François Bayrou 9,13 % + Eva Joly 2,31%) : ils ont obtenu, à eux six, 96,25% des suffrages.

Qu’est-ce que cela signifie ?

a) que, dans l’écrasante majorité des circonscriptions (et sauf des situations locales très particulières), les candidats non investis par les 6 partis PS-UMP-FN-FG-EELV-MODEM devront grosso modo se partager entre 1,5 et 4 points.

b) que, s’il y a 10 candidatures, les 4 candidats non investis par les 6 partis PS-UMP-FN-FG-EELV-MODEM feront donc en moyenne entre 0,4 et 1% des suffrages.

c) que, s’il y a 15 candidatures, les 9 candidats non investis par les 6 partis PS-UMP-FN-FG-EELV-MODEM feront donc en moyenne entre 0,17 et 0,44% des suffrages.

c) que, s’il y a 20 candidatures (cas fréquent à Paris par exemple), les 14 candidats non investis par les 6 partis PS-UMP-FN-FG-EELV-MODEM feront donc en moyenne entre 0,11 et 0,29% des suffrages…

Etc.

CONCLUSION

C’est parce que nous avons le sens des responsabilités que nous avons décidé de ne pas présenter de candidats cette fois-ci :

-> notre message n’aurait été répercuté par aucun média.

-> le réflexe de « vote utile post élection présidentielle » et l’absence de campagne législative rendent illusoire toute possibilité qu’un mouvement politique, en dehors des 6 partis PS-UMP-FN-FG-MODEM-EELV, puisse percer à cette occasion.

-> cela rend aussi à peu près illusoire la possibilité même qu’un parti politique, situé en dehors des 6 partis, puisse obtenir que 50 de ses candidats atteignent et dépassent les 1% ouvrant droit, non pas au remboursement de leurs frais de campagne, mais au financement public du parti dont ils relèvent. C’est probablement ce qu’espèrent le POI soutenu par le FG et DLR, nous verrons s’ils y parviennent.

-> l’UPR est trop petite encore pour espérer atteindre ces résultats dans un semblable contexte. Demander à des dizaines de nos adhérents et militants de se présenter à leurs frais, c’eût donc été les envoyer délibérément au casse-pipe assuré. Ce n’est pas conforme à l’éthique que je me fais de notre mouvement.

Pour conclure, je rappelle que nous nous sommes fixé un objectif électoral différent : tout faire pour que notre mouvement se développe, encore et encore, afin d’être en mesure de nous présenter de façon solide, au niveau national, aux élections européennes de 2014. De nombreux éléments de réflexion nous y poussent :
a)- c’est notre sujet de prédilection : les électeurs ne seront pas surpris qu’on leur parle des questions européennes lors des européennes.

b)- il n’y a pas de « parrainages ».

c)- on peut relativement limiter les frais, du fait de la possibilité de faire une seule profession de foi au niveau national, pour nous adresser aux 46 millions d’électeurs ; cela nécessite quand même de disposer de fonds que nous sommes encore loin d’avoir : nous allons intensifier la collecte de fonds à cette fin au cours des 2 ans qui viennent,

d)- nous pourrons démasquer les « alter-européistes » et tous les faux opposants à la construction européenne (en rafraîchissant au besoin la mémoire des électeurs, en rediffusant les professions de foi que les « opposants » en question avaient diffusé lors des européennes 2009 et de la présidentielle 2012 par exemple),

e)- ce sont des élections à la proportionnelle intégrale et il est donc possible d’envisager d’avoir un député avec seulement 7 ou 8% des suffrages.

f)- enfin, nous avons 2 ans pleins pour nous y préparer.

François ASSELINEAU
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Post scriptum : cela va sans dire mais encore mieux en le disant.

De même que j’ai suggéré à nos adhérents et sympathisants de s’abstenir lors des deux tours de la présidentielle, je leur suggère d’en faire autant pour les deux tours de ces législatives fantômes.

Bien entendu, chacun fera en son âme et conscience.

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