LE MILITANT DE LA « FRANCE INSOUMISE » N’EST-IL PAS UN SYMPATHISANT « UPR » QUI S’IGNORE ? — par Yavar Siyahkalroudi

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Poussé par la curiosité politique – et aussi par la conception que je me fais du devoir de militant UPR -, je me suis rendu samedi 3 février 2018 à un « séminaire de travail », ouvert au public, organisé à Montreuil par les « Socialistes insoumis » sur le thème : « Peut-on changer les traités européens ? ». Les organisateurs pourront me retrouver : j’ai dûment rempli mon nom et mon numéro de téléphone sur la liste d’émargements, mais je n’ai fait état, ni de mon appartenance ni de mes responsabilités à l’UPR.

Structure créée par Liêm Hoang Ngoc, ancien député européen et économiste naguère membre du PS, devenu « frondeur » et passé par la « Nouvelle Gauche Socialiste » (NGS), les « socialistes insoumis » affirment vouloir s’adresser « à tous les déçus du Parti Socialiste ».

Ça fait assurément du monde.

Le public lors de la matinée était studieux et clairsemé : une quarantaine de personnes, parmi lequel je reconnus… deux autres adhérents de l’UPR qui avaient eu la même idée que moi. Les autres participants étaient à l’évidence des adhérents ou des sympathisants de Jean-Luc Mélenchon et de la France insoumise, la structure des « socialistes insoumis » n’étant en réalité qu’une sorte de faux-nez, ou de jardin d’acclimatation, du parti créé par Mélenchon.

Né en France de parents iraniens fin mai 1981, huit jours après la prise de fonctions de François Mitterrand à l’Élysée, je suis moi-même de sensibilité de gauche républicaine. À vingt ans, j’ai adhéré au Mouvement des citoyens de Jean-Pierre Chevènement. Je m’en suis éloigné, au fur et à mesure qu’il se rapprochait des socialistes maastrichtiens. J’ai quitté complètement le MRC lorsque j’ai découvert l’UPR en 2014, ce nouveau parti en lequel je me suis enfin retrouvé pleinement et sans réserve.

Mais j’ai toujours conservé un œil sur ce qui se passe dans la mouvance social-républicaine. Et j’avoue que j’ai toujours eu du mal à comprendre comment tant de gens de bonne volonté et de bonne foi peuvent sembler ne pas voir les errances convictionnelles de Mélenchon.

 

Mélenchon peut fêter ses vingt-cinq ans de contorsions idéologiques sur l’UE et l’euro

Car enfin !

En 1992, Jean-Luc Mélenchon appelle à voter « oui » au traité de Maastricht, qu’il considère comme « un compromis de gauche ». Celui qui allait se proclamer, un quart de siècle après, comme étant « l’insoumis français » en chef serait-il naturellement disposé à la compromission ?

Depuis 1992 et jusqu’en 2017, il se démarque progressivement, puis frontalement, de la position du Parti Socialiste sur des sujets essentiels concernant la construction européenne. Mais il le fait toujours sur un mode chèvre-chou, dans une espèce de brouillard où l’on finit par ne plus rien comprendre.

Rappelons quelques-uns de ces méandres :

  • En mars 1996, lors de la convention du PS, Mélenchon dépose un amendement intitulé « Tourner la page de Maastricht ». Il ne précise pas ce que signifie exactement, en termes juridiques, le fait de « tourner la page » d’un traité international signé et ratifié par la France ! Mais il renouvelle sa confiance en l’instauration de la monnaie commune européenne…

 

  • Les 22 et 23 avril 1998, il vote contre le projet de loi d’intégration de la Banque de France au système européen de banques centrales (SEBC) et contre la résolution sur le passage à l’euro. Mais il refuse de se prononcer contre le principe de cette monnaie européenne.

 

  • En 2005, il appelle à voter Non au référendum du 29 mai sur le projet de Constitution européenne. Mais il prend bien soin de préciser que ce rejet n’est pas celui du principe même de la construction européenne, qui demeure hautement désirable selon lui.

 

  • Le 13 avril 2011, les journalistes du « chat de l’Internaute » demandent à Jean-Luc Mélenchon s’il envisage, dans la perspective de l’élection présidentielle de 2012,  « de revenir au franc comme le Front  national » (sic !). Et celui qui est « l’invité du jour » de répondre alors par l’une de ses habituelles formules alambiquées qui veulent tout dire et rien dire : « Non, pas du tout […] Il ne faut pas supprimer l’euro, mais supprimer le garrot ».  

 

  • Le 26 juin 2011, Jean-Luc Mélenchon déclare sur Europe 1 que « Prôner la sortie de l’euro relève du maréchalisme » donc… d’un état d’esprit digne de la collaboration pétainiste !

 

  • Le 23 août 2015, nouveau virage apparent de Mélenchon qui affirme cette fois-ci au Journal du Dimanche (JDD) : « Clairement, s’il faut choisir entre l’indépendance de la France et l’euro, je choisis l’indépendance. S’il faut choisir entre l’euro et la souveraineté nationale, je choisis la souveraineté nationale. »

 

  • En avril 2017, il sollicite les suffrages des Français à l’élection présidentielle, en présentant son projet comme très abouti et en prenant la pose de l’homme d’État, très sûr de lui-même. Mais, le 18 avril, lors d’un meeting à Dijon « relayé par hologramme » à Nancy, Grenoble, Montpellier, Clermont-Ferrand, Nantes et à La Réunion, il précise bien qu’il est hors de question pour lui d’envisager de faire sortir la France de l’Union européenne et de l’euro, en précisant « Il faut être sérieux ! »

 

De 1992 à 2017, le dirigeant de l’actuelle « France Insoumise » m’apparaît ainsi comme se livrant depuis vingt-cinq ans à des exercices de contorsions dignes des plus grands spectacles de cirque, et cela sur le sujet, primordial entre tous, de l’appartenance de la France à l’Union européenne et à l’euro.

 

Quelle est la vraisemblance de la politique de Matamore ?

C’est dire si la clarté du thème du séminaire des « Socialistes insoumis » de samedi dernier – « Peut-on changer les traités européens ? » – avait attiré mon attention.

Ce thème me laissait espérer qu’instruits par la défaite de leur candidat en avril dernier, et par les décisions prises par Macron depuis lors, les militants de la France Insoumise allaient enfin aborder le vif du sujet et mettre un terme au flou artistique entretenu par Mélenchon depuis un quart de siècle.

Alors même que la « France Insoumise » avait soutenu, l’an dernier, un candidat qui martelait aux Français que renégocier les traités européens était parfaitement possible, quitte à taper du poing sur la table, et à faire comprendre à Mme Merkel par ce coup de sang qu’elle devait se mettre au pas et s’intéresser aux intérêts de la France, les camarades se posent au moins, aujourd’hui, la question de la vraisemblance et de la faisabilité d’une telle politique de matamore.

C’est déjà une bonne chose en soi.

Le Capitan Matamore : « Ce Capitan plein de boutades / Estalant en rodomontades / Sa grand valeur aux assistants / A tant d’artifice et de grace / Qu’il nous fait en la moindre farce / Rire et trembler en mesme temps. » – Gravure de Rousselet – Auteur : Huret, Grégoire (1606-1670). Dessinateur du modèle – Editeur : Mariette avec privilège – [Recueil. Collection Michel Hennin. Estampes relatives à l’Histoire de France. Tome 32, Pièces 2770-2852, période : 1638-1640] – Bibliothèque nationale de France

Des militants de FI sont les premiers à ne rien comprendre des « plan A » et «  plan B »

La matinée du séminaire fut ouverte par le créateur des « socialistes insoumis », Liêm Hoang Ngoc. Elle fut consacrée à des interventions, organisées à l’avance, de militants actifs de la « France Insoumise ».

J’étais tout ouïe. Je n’ai pas été déçu !

Les enseignements à tirer de ces échanges sont en effet édifiants. Car il est apparu clairement que personne – et pas même les organisateurs – ne connaissaient le contenu précis des fameux « plan A » et « plan B » de Mélenchon. Honnêtement, cela frisait même le ridicule.

Ainsi, Stéphane, qui organisait l’émargement de la matinée, expliqua-t-il à ses camarades qu’il serait opportun de faire comprendre pédagogiquement leurs plans A et B aux citoyens, après que le mouvement les ait lui-même compris !

Avant cela, une dame, se présentant comme ayant été pendant une vingtaine d’années dans l’opposition à Nicolas Sarkozy à la Mairie de Neuilly-sur-Seine, avait affirmé que, si le plan A et le plan B, ainsi que le discours qui les accompagnait, étaient très bien « cadrés » ( ? ), il fallait admettre que le citoyen lambda, lui, n’y comprenait rien. Puis, saisie d’un élan de franchise, elle ajouta qu’il était essentiel que le programme de la « France Insoumise » soit très clair. À défaut de quoi, lança-t-elle, il y aurait un risque que les Insoumis, une fois parvenus au pouvoir, fassent à leur tour la même politique que celle subie depuis déjà des décennies…

Une militante, prénommée Anne, prit alors la parole pour souligner l’utilité qu’il y avait, selon elle, à  constituer des listes supranationales aux élections européennes : avec les socialistes européens, la droite européenne, les écologistes européens… L’assistance porta une oreille distraite à cette intervention qui nous éloignait du sujet même du séminaire, c’est-à-dire de la possibilité concrète de renégocier les traités en vigueur.

Une militante installée au fond de la salle à droite intervint ensuite pour lancer cette injonction désarmante : « Il faut que nous soyons très au point sur notre politique européenne car le seul sujet des élections européennes de 2019, sera l’Europe » ! Tous les participants opinèrent de la tête devant ce précieux conseil !

 

Le sourire gêné de Liêm Hoang Ngoc

Mais le plus beau restait à venir, lorsque, vers la fin de la matinée, un militant se hasarda enfin à demander carrément à Liêm Hoang Ngoc quels étaient les contenus précis du « plan A » et du « plan B ».

Le fondateur des « Socialistes insoumis » répondit alors par un sourire gêné, aussi muet qu’énigmatique.  Un sourire qui semblait dire qu’il s’agissait d’un bien « vaste sujet », ou d’un sujet sur lequel il conviendrait de commencer à réfléchir… C’était pourtant le cœur même du séminaire qu’il organisait ce jour-là !

Liêm Hoang Ngoc, ancien député européen et économiste naguère membre du PS, devenu « frondeur » et passé par la « Nouvelle Gauche Socialiste » (NGS), a présidé le « séminaire de travail » du samedi 3 février 2018, ouvert au public, organisé à Montreuil par les « Socialistes insoumis » sur le thème : « Peut-on changer les traités européens ? ».

 

Je n’en croyais pas mes yeux.

Comment cet ancien responsable de la NGS, aujourd’hui rabatteur de FI, peut-il décemment montrer, par un simple sourire, qu’il ne sait pas quoi répondre à un militant qui lui demande de clarifier le contenu exact du « plan A » et du « plan B » ? Et cela alors qu’il a soutenu, voici un an, un candidat qui nous affirmait avec toutes ses équipes de communicants, que tous leurs plans étaient fin prêts !

Le malaise qui flotta dans l’assistance fut tellement palpable que le militant qui s’occupait de la continuité des interventions s’empressa de signifier à l’assemblée qu’on allait passer à une autre question…

 

Certains militants de FI s’informent enfin sérieusement avec les conférences de François Asselineau

Deux militantes de FI se décidèrent alors à évoquer les « GOPÉ » – c’est-à-dire les « grandes orientations des politiques économiques » – fixées annuellement par la Commission européenne à chaque État membre. Elles expliquèrent à leurs camarades que ces GOPÉ annuelles fixaient à l’avance les mesures à appliquer par le président de la République et le gouvernement français, et cela quel que soit le programme électoral sur lequel les dirigeants français avaient pu se présenter devant les électeurs.

Même si ces deux intervenantes successives ne jugèrent pas utiles de mentionner le nom de l’UPR ni de son président-fondateur, je commençai à boire du petit lait. Car il se trouve que le seul responsable politique français à avoir parlé des GOPÉ, avant, comme pendant, et comme après l’élection présidentielle, c’est François Asselineau. Et cela depuis 10 ans.

Une petite anecdote à ce propos : mes fonctions au sein du bureau national de l’UPR m’amenant à m’entretenir quotidiennement avec le président du mouvement, je lui ai demandé, voici quelque temps, à quelle époque et dans quel ouvrage il avait découvert ce terme de « GOPÉ ». À ma grande surprise, François Asselineau m’a expliqué que c’est en fait lui qui avait inventé cet acronyme !

Ce n’est certes pas lui qui a inventé ni la procédure – qui est fixée par l’article 121 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne – ni le titre du « rapport sur les grandes orientations des politiques économiques ».  Mais c’est bien le président de l’UPR qui, ayant découvert l’existence et l’importance décisive de ce document semi-confidentiel lorsqu’il travaillait dans les allées du pouvoir dans les années 90, décida d’en informer les Français dès le Congrès fondateur de l’UPR le 25 mars 2007, puis dans ses premières conférences publiques à la suite. Et c’est lui qui décida de les appeler les « GOPÉ », pour faire court et pour permettre à son public de le mémoriser.

Il suffit d’ailleurs de parcourir les moteurs de recherche sur Internet pour découvrir que, si le terme de « GOPÉ » fait désormais florès et se retrouve depuis un an ou deux sur un certain nombre d’autres sites – y compris sur Wikipedia – c’est toujours le site upr.fr qui arrive très largement en tête lorsque l’on procède à une recherche sur ce mot-clé.

Ainsi donc, et sans peut-être s’en rendre bien compte elles-mêmes, les militantes de FI intervenant dans ce séminaire pour exposer à leurs camarades ce qu’étaient les « GOPÉ » ont témoigné à quel point les analyses de François Asselineau et de l’UPR ont désormais le vent en poupe et commencent à structurer les débats politiques sérieux.

C’est une nouvelle illustration de la célèbre formule de Victor Hugo : « Rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue ».

 

Les langues se délient au déjeuner

Je saisis l’occasion du déjeuner qui suivit les travaux de la matinée pour parler directement à plusieurs des militants de FI. Fait notable : je découvris que le nom de François Asselineau était très bien accueilli à chaque fois que je le prononçais, et ses analyses encore mieux.

Une militante insoumise d’Amiens, qui avait fait le déplacement avec un ami, éprouva même le besoin, par trois fois, de baisser significativement la voix à l’arrivée d’un des organisateurs du séminaire alors que nous avions une discussion où elle avouait être d’accord avec les analyses de l’UPR, qu’elle suivait assidûment…

Que des militants de FI se sentent contraints de parler favorablement, mais à voix basse, de l’UPR dans un rassemblement de leur propre mouvement, voici un détail qui n’en est pas un ! Un détail qui témoigne de la maturation rapide et profonde d’une partie des Français les plus politisés.

 

Conclusion : Et si Mélenchon acceptait de débattre avec Asselineau ?

À chaque lendemain de leurs défaites respectives, « Les Républicains », la « France Insoumise », le « Front National », etc., assurent aux Français, avec la complicité des médias, qu’ils ont enfin décidé de se « refonder ».

Nos compatriotes sont sommés de croire que ces partis à bout d’imagination et de renouvellement, à bout de souffle idéologique et analytique, bardés d’œillères européistes, vont soudain devenir la véritable force de rassemblement et de propositions que les Français attendraient.

Sauf que les médias ne nous rappellent pas que, la veille encore de l’élection, ces mêmes partis sollicitaient nos suffrages en assurant déjà avoir procédé à ce travail de « refondation » et en se déclarant parfaitement au point dans leur projet pour la France !

L’Union Populaire Républicaine, quant à elle, n’a pas besoin de « refondation ». Car ses fondations sont on ne peut plus solides et se révèlent parfaitement adaptées à l’épreuve du temps.

L’UPR dispose d’un programme précis, cohérent, dont les objectifs centraux (la triple sortie de l’UE, de l’euro et de l’OTAN) restent inchangés depuis onze ans. Et chaque mois qui passe en démontre un peu plus, la justesse, la nécessité et l’urgence.

L’enseignement principal que je tire du séminaire des « socialistes insoumis » auquel j’ai participé, c’est que les militants de FI lorgnent de plus en plus vers les analyses et le programme de l’UPR, sans oser le reconnaître, et sans oser encore franchir le pas de nous rejoindre.

Ce constat est également vrai des militants de nombreux autres partis politiques, à gauche comme à droite, tant il est vrai que l’UPR est le seul mouvement de libération nationale qui réunit effectivement les Français, au-delà de tout ce qui les divise, sur le fondement même de ce qui les rassemble : la liberté, la démocratie et l’indépendance de la France.

Je m’adresse ici à tous les militants de FI, comme à ceux de tant d’autres partis politiques français, en leur demandant de bien réfléchir et en espérant qu’ils seront prêts à nous rejoindre en 2019, ou en 2022.

J’aimerais aussi que M. Mélenchon utilise son droit de réponse à cet article. Ou bien, s’il estime que je suis trop jeune et que je n’ai pas les galons nécessaires pour qu’il daigne me répondre, je lui demande d’accepter un débat public et contradictoire avec M. Asselineau sur le seul sujet qui vaille : allons-nous collectivement laisser détruire la France ?

Alors, cap’ ou pas cap’ camarade?

 

Yavar Siyahkalroudi
Chargé de mission auprès du président de l’UPR
Membre du Bureau national
5 février 2018

Cet article a été relu et précisé par François Asselineau.

 

 

 

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François Asselineau, Président de l’Union populaire républicaine. La France doit sortir de l’Union européenne, de l’euro et de l’Otan.

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