Un très mauvais Point pour l’éthique du journalisme.

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Je me suis amusé à comparer deux articles du même journal, Le Point, qui traitent d’un même sujet : la destitution du président de la République française par l’article 68 de la Constitution de la Ve République.

Le premier lors du lancement de la procédure de destitution de François Hollande le 7 novembre 2016 :

Secret défense : Pierre Lellouche veut faire destituer François Hollande

 


Article sobre qui évoque les faits, le journaliste ne donne pas son avis.

Contexte :
François Hollande a révélé des secrets défenses par mégarde à la presse.
73 députés des Républicains lancent la procédure de destitution.

Opinion :
François Hollande est indiqué à l’époque avec 14 % d’opinions favorables dans les sondages.

Manifestation durant le mois précédant le 7 novembre :

Les policiers ont manifesté durant le mois d’octobre à la suite de l’agression au cocktail molotov d’un de leurs collègues à Viry-Châtillon.
16 octobre : Manif pour tous (moins suivie que les manifestations d’envergure en 2014).

 

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Le second, plus récemment, à la suite de la demande de François Asselineau d’écrire aux parlementaires pour lancer la procédure de destitution du président Macron par l’article 68 de la Constitution :

Les Gilets jaunes sont-ils complotistes ?

Cet article, noie au milieu de différentes « fakenews » (selon l’avis des protagonistes) ce passage qui traite bien du sujet évoqué :

Pour appuyer son propos, le journal a consulté Rudy Reichstadt qu’il crédite des termes qualitatifs suivants : « politologue » et « spécialiste du complotisme en France ».

(Pour plus d’information sur Rudy Reichstadt, vous pouvez consulter sa fiche Wikipedia. Il est diplômé de l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence et est rédacteur en chef du blog « Conspiracy Watch »)

Le protagoniste donne son avis et qualifie la procédure de destitution du président de la République de « proposition fantaisiste qui en dit long sur le respect que certains témoignent à nos institutions » et estime « qu’une telle procédure puisse constituer aujourd’hui une quelconque solution à la crise politique est absurde ».

 

Contexte :

Emmanuel Macron fait face à une crise majeure.

Les faits qui lui sont reprochés sont 10 violations de la Constitution dont l’article 5 lui impose pourtant d’être le garant :

  1. la paupérisation et la précarisation de pans entiers de la société française
  2. le bradage d’intérêts stratégiques et de services publics
  3. le dénigrement incessant des Français
  4. le musellement en sa faveur des médias audiovisuels du service public et la tentative sans précédent d’imposer une supposée vérité par la loi, en particulier par le vote d’une loi contre les prétendues « fakenews »
  5. le travail de sape contre l’unité nationale
  6. la destruction programmée de milliers de communes françaises
  7. une action visant à éroder constamment notre indépendance nationale et à dissoudre la France dans une Europe fédérale sous domination allemande
  8. la violation des droits du parlement et du droit international
  9. La mise en avant permanente d’une rhétorique guerrière visant à promouvoir un nationalisme continental européen
  10. le mépris constant avec lequel M. Macron traite la langue française et les pays de la Francophonie

Tous ces manquements sont très largement étayés dans ce dossier de 16 pages.

Opinion :
Emmanuel Macron est à 18 % d’opinions favorables.
(Plus de 50 % des français sont très défavorables à sa politique).

Manifestations durant le mois précédant le 05/12/2018 :

– 3 actes des Gilets jaunes
– manifestation des avocats
– manifestation des infirmières
– manifestation des ambulanciers
Préavis de grève d’un syndicat de police, des pompiers et des agriculteurs

La comparaison de ces deux traitements de l’information par un même journal suscite quelques questions :

 

Pourquoi cette différence de traitement entre les deux initiateurs des appels au déclenchement de cette procédure ?

Pourquoi quand l’initiative vient de Pierre Lellouche n’y a-t-il pas de problème, alors que lorsque c’est François Asselineau, le mépris et la prise de position sont au rendez-vous ?

D’un côté nous avons un avocat élu député et de l’autre un candidat à la présidentielle et chef d’un parti politique (ancien haut fonctionnaire de Bercy).

La différence entre les deux justifie-t-elle réellement cette différence de traitement ?

Je rappelle que dans ce passage François Asselineau est étiqueté de « figure de la complosphère » avec pour seul argument : « la collusion secrète franco-allemande concernant la cession du siège à l’ONU » (ce point sera traité plus tard dans cet article).



Pourquoi la procédure est-elle normale dans le premier cas et fantaisiste dans l’autre ?

Pour rappel, la première procédure n’est pas allée à son terme car elle a été lancée 6 mois avant la fin du mandat de François Hollande, lequel n’était pas candidat à sa succession ; la gravité de la faute ne justifiait vraisemblablement pas son départ anticipé via une destitution..

Pour ce qui est d’Emmanuel Macron, le contexte et les manquements évoqués sont factuellement pires que ceux ayant motivé le lancement de la procédure de destitution contre Hollande.

Il est inconcevable de qualifier celle-ci de « fantaisiste », « absurde », c’est même totalement irresponsable, car il s’agit de la seule solution pacifique et républicaine qui ne dépende pas du président de la République et qui peut répondre à la revendication première des graves manifestations en cours : « Que Macron dégage ».

Cela revient à dire à des centaines de milliers de manifestants que la solution pacifique ne fonctionnera pas ! C’est une faute très grave.

D’ailleurs Gérard Larcher, le président du Sénat lui-même, n’a pas du tout trouvé cela absurde ou fantaisiste ; il reconnaît même que des actions d’Emmanuel Macron violent notamment l’article 5 de la Constitution qui donne au chef de l’État le devoir d’être garant de l’intégrité du territoire !



Il mentionne également la violation de l’article 2 de la Constitution (le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple) :

Voici le lien vers la réponse complète de Gérard Larcher : https://www.upr.fr/wp-content/uploads/2018/12/Sénateur-Gérard-Larcher.pdf

 

Ce genre d’article est-il honnête ?

Si je développe la méthode, celle-ci consiste à faire venir un expert qui abonde dans un seul sens, et bien souvent dans celui des intérêts du journal. Il n’est d’ailleurs pas nécessaire que l’expert en soit véritablement un, car de toute façon, il sera crédité positivement.

Dans cet exemple, même si Rudy Reichstadt a créé un blog pour dénoncer des « conspirationnistes », cela ne fait pas de lui une personne qui détient la vérité absolue et qui ne sert pas des intérêts.

Tout comme Le Point à également ses intérêts : il est la possession de François Pinault, 7e fortune de France. Il semblerait curieux que les journalistes qui y font carrière abondent dans le sens inverse des intérêts de leur patron, en influençant sur le retour de l’ISF par exemple.

Le savoir peut permettre de comprendre pourquoi Le Point a intérêt à discréditer les Gilets Jaunes comme il s’y exerce en tentant de les étiqueter à tout prix pour les stigmatiser. Et là tout y passe : ultra droite, ultra gauche et maintenant complotisme. Comme s’ils avaient une maladie mentale qui leur fait voir des complots partout.

Ces procédés peuvent rappeler ceux de la propagande de la seconde guerre mondiale :

(Propagande contre le général de Gaulle)

 

Soit dit en passant, il est vrai que les personnes qui voient des complots partout sont désagréables, mais l’on peut en dire autant de ceux qui voient des complotistes partout.

Enfin partout … Justement, pas partout, c’est là où on peut aussi se poser des questions sur l’objectivité. Je n’ai pas vu d’accusation de complotisme sur les Tweet d’En Marche de la part de Conspiracy watch :

Car pour ce cas de « Complotisme » manifeste, un simple retweet de l’article de Libération aura fait l’affaire. On notera que pour Conspiracy Watch, il ne s’agit pas ici de « Complotisme », de « Fantaisie » ou encore de quelque chose d’« absurde», non, ici il s’agit simplement de « rumeur », déjà excusée par ailleurs.

Il me semble, sans trop m’avancer, que l’on a à faire à d’un deux poids deux mesures manifeste.

Cela dit, concernant le complot venant des États-Unis, les Russes ont l’air d’abonder dans le même sens que « TeamMacron » en dénonçant aussi un complot américain :
https://www.huffingtonpost.fr/2018/12/04/pour-les-medias-russes-trump-serait-derriere-les-gilets-jaunes_a_23608434/

 

Mais visiblement, les Américains, eux, semblent penser plutôt à un complot russe :
https://www.thetimes.co.uk/article/russian-accounts-fuel-protesters-outrage-online-xx2f2g8th

Les comptes russes alimentent l’indignation française en ligne

Je suis contraint d’observer que Conspiracy Watch, ou Le Point, ne se sont pas empressés de révéler la vérité sur ces diverses accusations de complots, malgré leurs expertises. Et qu’à contrario, la moindre occasion semble bonne pour entretenir, avec virulence, l’image de « complotiste »  donnée par la presse à François Asselineau lors de la présidentielle de 2017.

Je constate également qu’ils ne s’embêtent pas trop avec la déontologie du journaliste, représentée par la charte de Munich, dès le premier article :

 

Chacun pourra se faire son propre avis sur l’honnêteté d’un tel article.
En ce qui me concerne, je considère qu’il salit l’image de la profession de journaliste dont l’éthique devrait pousser en toute circonstance à faire preuve d’objectivité et d’honnêteté.
Je rappelle surtout que le journal Le Point reçoit des subventions publiques ! Ce qui n’est pas le cas de l’UPR, je vous offre cet article bénévolement.

 

L’article 68 est-il une fake news ?

Sous-entendre que l’article 68 est une fake news alors que c’est un élément de notre Constitution, dont l’exercice a de plus été déjà tenté, est une fake news !

Il devient de plus en plus insupportable de recevoir des leçons de morale de personnes qui font pire que ce qu’elles dénoncent.

C’est  pire car cela porte grandement atteinte à l’esprit critique, pourtant indispensable à la compréhension des choses. Cela a même pour effet de culpabiliser l’action de l’expérience de pensée !

Si jamais on tente une réflexion qui s’avère être une prédiction qui paraît erronée aux yeux de ces protagonistes, il est tout de suite question d’être mis sous une étiquette et décrédibilisé.

Je rappelle qu’Einstein, en 1904, a publié 4 articles qui ont révolutionné le monde de la science, ses travaux étaient justement le fruit de son esprit critique où il a, par exemple, refusé d’accepter la notion d’éther qui permettait aux photons, jusqu’alors estimés être des ondes, de se propager.

Imaginez qu’à l’époque, Le Point ait invité un expert, sorti d’un chapeau pour expliquer que l’éther était la vérité absolue et que tordre l’espace-temps dans tous les sens était une fantaisie ?

Pourtant, les travaux d’Einstein auront permis de poser les fondements de la mécanique quantique, qui permettent aujourd’hui à nos transistors et donc aux ordinateurs de fonctionner.

Ici, il n’est pas question de comparer des personnes comme Asselineau à Einstein; il est question de dénoncer ce sabotage de la pensée et de l’esprit critique.

Quant au fait que la procédure de destitution du président Macron ne serait pas une solution pour la sortie de crise et qu’elle est absurde vu la situation, j’aimerais vraiment connaître ce qu’il manque pour que les critères soient atteints ?

Des dizaines de morts ? Que 60% des Français soient très insatisfaits de Macron parce que 50 % +1 ne suffisent pas dans un état démocratique ?

 

François Asselineau est-il complotiste ?

Le seul argument évoqué justifiant le propos est la prise de position politique de François Asselineau sur la possession du siège de l’ONU.

En effet, François Asselineau estime que la cession du siège serait une haute trahison et détruirait le statut de grande puissance de la France, durement acquis par de Gaulle.

Il est important de préciser que le sujet est très grave ; il ne s’agit là pas d’un traité duquel nous pourrions sortir. Si nous cédons notre siège, cela aura un caractère définitif. Surtout qu’il n’y aura rien en échange. Il est donc important de combattre cette possibilité sans attendre ! Car si l’on attend qu’elle soit arrivée pour être sûr, il sera tout simplement trop tard.

Beaucoup d’éléments justifient la suspicion de François Asselineau :

La proximité Macron / Merkel pendant l’armistice du 11 novembre,
La volonté de faire une armée commune avec l’Allemagne dans le cadre de l’UE,
La volonté de faire une académie du renseignement européenne et une police des frontières européennes avec l’Allemagne dans le cadre de l’UE,
La volonté de passer la souveraineté française à l’UE (campagne européenne)

Donc si M. Reichstadt pense que la Charte des Nations Unies suffit à elle seule à nous protéger (alors que lui-même ne respecte pas forcément la charte de Munich), je tiens à rappeler que Macron n’a pas hésité :
à violer le droit international pour frapper en Syrie,
à violer la Constitution sur le référendum alsacien
– à faire fi du droit pénal dans l’affaire Benalla.

Vouloir combattre les “complotistes”, pourquoi pas, mais à contrario il serait bon de ne pas tomber dans de l’excès de naïveté.

D’ailleurs, d’autres personnes bien plus diplômées et expérimentées que notre cher M. Reichstadt, non seulement pensent comme François Asselineau, mais vont même à appeler à la mobilisation. Et eux n’ont pas eu droit à un article à charge sur leur côté complotiste ; encore un bel exemple d’objectivité et d’impartialité :

Tweet où vous pourrez observer un court extrait vidéo d’Edouard Husson qui appelle à la mobilisation pour que le siège à l’ONU ne soit surtout pas cédé.

 

Conclusion :

Les méthodes utilisées par Le Point sont à dénoncer car elles salissent la profession de journaliste.

L’article 68 n’est ni une fake news, ni une fantaisie, ni absurde.

J’espère que ce billet aidera certains à ne pas tomber dans le piège de la désinformation et de la manipulation pratiquées par Le Point et j’invite tous ceux qui n’acceptent pas ces pratiques scandaleuses à écrire à la rédaction de ce magazine pour lui dire, poliment mais fermement, ses 4 vérités.

Il semble manifeste que cet article tient un propos « fantaisiste et qui en dit long sur le respect que certains témoignent à l’opposition et au pluralisme ».

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Fabien SEMAT, simple ingénieur en informatique, sans prétention.

 

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