Affluence record à Téhéran et défaite des USA/UE au sommet des non-alignés

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la défaite diplomatique cinglante de Washington et du camp euro-atlantiste se confirme avec la présence supplémentaire de Vladimir Poutine, Evo Morales, Rafael Correa, Hugo Chavez et des secrétaires généraux de l’ONU, de la Ligue arabe, de l’OCI et de l’OUA.

Voici quelques jours, j’ai déjà eu l’occasion d’attirer l’attention de mes lecteurs sur le succès diplomatique très important de l’Iran qui semblait s’annoncer avec la forte participation attendue au prochain Sommet des Non-Alignés.

Alors que ce 16ème Sommet des Non-Alignés vient de s’ouvrir (pour l’instant au niveau des délégations), ce succès se confirme de façon encore plus importante que prévue.

L’amphithéâtre pour les sessions plénières du 16ème Sommet des Non-Alignés à Téhéran

 

110 ÉTATS REPRÉSENTÉS, DONT 50 AU PLUS HAUT NIVEAU POLITIQUE

En effet, dès le 1er jour, des délégations représentant 110 des 120 États membres du Mouvement des Non-Alignés sont déjà arrivées à Téhéran.

En outre, selon les toutes dernières annonces présentées par le ministère iranien des affaires étrangères, 50 des 110 États seront représentés au plus haut niveau :

  • – 29 États seront représentés par leur chef d’État en personne

[ 27 Présidents, 1 Sultan (Oman) et 1 Émir (Qatar) ]

  • – 9 États seront représentés par leur Vice-Président de la République
  • – 7 États seront représentés par le Premier ministre, chef du gouvernement C’est d’ailleurs souvent le véritable chef de l’exécutif, comme c’est le cas du Premier ministre indien Manmohan Singh.
  • – 5 États seront représentés par un envoyé spécial

Tous les autres États sont représentés au niveau de leur ambassadeur à Téhéran et/ou par des délégations de hauts-fonctionnaires mandatés par leurs gouvernements.

 

DE NOMBREUSES SURPRISES DE DERNIÈRE MINUTE

Plusieurs surprises de dernière minute contribuent à faire de ce XVIe Sommet des Non-Alignés un très grand succès diplomatique pour Téhéran, et une défaite cinglante pour les États-Unis, le Canada, l’Union européenne et Israël, qui avaient exercé les plus fortes pressions possibles pour tenter d’isoler l’Iran.

Ces surprises sont la venue à Téhéran, les 30 et 31 août :

a)- du Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-Moon Le camp euro-atlantiste avait pourtant tout fait pour le dissuader de s’y rendre, car sa présence, même si elle est présentée comme critique, comporte un effet de symbole considérable.

b)- des Président et Secrétaires généraux de trois autres grosses organisations internationales, qui sont moins connues que l’ONU mais qui n’en jouent pas moins un rôle important dans la diplomatie mondiale :

  • – la Ligue Arabe, pourtant très divisée sur le cas de la Syrie et majoritairement hostile au régime de Damas,
  • – l’Organisation de la Conférence Islamique ( OCI ),
  • – et l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA).

c)- du président russe Vladimir Poutine. C’était d’autant moins prévisible que la Russie ne fait pas partie du Mouvement des Non-Alignés et qu’elle l’est donc cette année à titre de nation invitée.

d)- des présidents latino-américains Hugo Chavez ( Venezuela ), Evo Morales ( Bolivie ), Rafael Correa ( Équateur ) et de Michel Temer, vice-président du Brésil

Ce n’est pas vraiment une surprise, compte tenu de la ligne politique des trois premiers dirigeants, mais leur présence n’allait quand même pas de soit et n’avait pas été annoncée préalablement par le ministère iranien des affaires étrangères.La surprise est plus importante venant du gouvernement de Brasilia, qui se fait représenter par le vice-président de la République en personne alors que le Brésil n’est pas membre du Mouvement des Non-Alignés mais seulement « observateur ».

e)- du Vice-Premier ministre d’Arabie saoudite et de l’Émir d’Umm al-Quwain, envoyé spécial du gouvernement des Émirats Arabes Unis : Ce sont des surprises totales ( qui n’avaient pas été annoncées auparavant ), compte tenu de l’alignement de ces régimes sur les États-Unis et de leur hostilité latente à l’égard de l’Iran.

Je relève que, le Premier ministre irakien, le Sultan d’Oman et l’Émir du Qatar faisant aussi le déplacement, de même que les Ministres des affaires étrangères du Koweït et du Bahreïn, cela signifie que tous les pays riverains du Golfe Persique font donc le déplacement de Téhéran. L’Iran est ainsi le seul pays au monde à pouvoir actuellement rassembler des dirigeants de cette zone ô combien stratégique pour l’économie et la paix du monde.

f)- par ailleurs, il faut relever que le représentant du Hamas à Gaza, M. Ismaïl Haniyeh, n’a finalement pas été invité, mais cela fait suite à un imbroglio qui montre les dissensions extrêmes des Palestiniens. Cette absence permettra la présence du président de l’Autorité Nationale Palestinienne, M. Mahmoud Abbas, qui avait menacé de ne pas venir dans le cas contraire.

g)- enfin, je note que l’Australie a accepté de figurer à côté de la Russie comme « nation invitée ».   Le gouvernement de Canberra ne se fait, certes, représenter qu’au niveau de son ambassadeur à l’ONU, mais le geste est pour le moins inattendu de la part d’un État occidental traditionnellement inféodé à Washington.

LES PERSONNALITÉS POLITIQUES VENUES DU MONDE ENTIER

  • Afghanistan : Hamid Karzai – Président de la République
  • Afrique du sud : Maite Nkoana-Mashabane – Ministre des affaires étrangères
  • Arabie Saoudite : Abdulaziz bin Abdullah Al Saud – Vice-Premier ministre
  • Azerbaïdjan : Elmar Mammadyarov – Ministre des affaires étrangères
  • Bahreïn : Khalid bin Ahmed Al Khalifa – Ministre des affaires étrangères
  • Bangladesh : Sheikha Hasina – Premier ministre
  • Bénin : Yayi Boni – Président de la République
  • Bhoutan : Ugyen Tshering – Ministre des affaires étrangères
  • Birmanie : Wunna Maung Lwin – Ministre des affaires étrangères
  • Bolivie : Evo Morales – Président de la République
  • Cambodge : Hun Sen – Premier ministre
  • Cuba : Raul Castro – Président du Conseil d’État
  • Corée du Nord : Kim Yong-nam – Président du Présidium de l’Assemblée populaire suprême
  • Égypte : Mohamed Morsi – Président de la République
  • Émirats Arabes Unis : Saud bin Rashid Al Mu’alla – Envoyé spécial, Émir de l’Émirat de Umm al-Quwain
  • Équateur : Rafael Correa – Président de la République
  • Gabon : Ali Bongo Ondimba – Président de la République
  • Jordanie : Fayez al-Tarawneh – Premier ministre
  • Inde : Manmohan Singh – Premier ministre
  • Iran : Mahmoud Ahmadinejad – Président de la République
  • Irak : Nouri al-Maliki – Premier ministre
  • Indonésie : Boediono – Vice-Président de la République
  • Koweït : Muhammad Sabah Al-Salem Al-Sabah – Ministre des affaires étrangères
  • Liban : Michel Suleiman – Président de la République
  • Lesotho : Mohlabi Tsekoa – Ministre des affaires étrangères
  • Libye : Ashour Bin Khayal – Ministre des affaires étrangères
  • Malaisie : Anifah Aman – Ministre des affaires étrangères
  • Mauritanie : Mohamed Ould Abdel Aziz – Président de la République
  • Maroc : Abdelillah Benkirane – Premier ministre
  • Namibie : Marco Hausiku – Ministre des affaires étrangères
  • Népal : Baburam Bhattarai – Premier ministre
  • Pakistan : Asif Ali Zardari – Président de la République
  • Philippines  : Jejomar Binay[34]     Vice President
  • Oman : Qaboos bin Said al Said – Sultan
  • Qatar : Hamad bin Khalifa Al Thani – Emir
  • Sénégal : Macky Sall – Président de la République
  • Serbie : Tomislav Nikolić – Président de la République
  • Sri Lanka : Mahinda Rajapaksa – Président de la République
  • Soudan : Omar al-Bashir – Président de la République
  • Swaziland : Lutfo Dlamini – Ministre des affaires étrangères
  • Syrie : Faisal Mekdad – Vice-Ministre des affaires étrangères
  • Tanzanie : Mohamed Gharib Bilal – Vice-Président de la République
  • Territoires palestiniens : Mahmoud Abbas – Président de l’Autorité Nationale Palestinienne
  • Thaïlande : Surapong Tovichakchaikul – Ministre des affaires étrangères
  • Tunisie : Rafik Abdessalem – Ministre des affaires étrangères
  • Turkménistan : Gurbanguly Berdimuhamedow – Président de la République
  • Venezuela : Hugo Chavez – Président de la République
  • Vietnam : Nguyen Tan Dung – Premier ministre
  • Zimbabwe : Robert Mugabe – Président de la République

Observateurs

  • Arménie : Serzh Sargsyan – Président de la République
  • Brésil : Michel Temer – Vice-Président de la République
  • Tadjikistan : Emomali Rahmonov – Président de la République

Nations spécialement invitées

  • Australie : Gary Quinlan – Ambassadeur d’Australie à l’ONU
  • Russie : Vladimir Poutine – Président de la République

Organisations représentées

  • Organisation de l’Unité Africaine (OUA) : Yayi Boni  – Président
  • Ligue Arabe : Nabil el-Araby – Secrétaire général
  • Organisation de la Coopération Islamique (OCI) : Ekmeleddin İhsanoğlu – Secrétaire général
  • Organisation des Nations Unies (ONU) : Ban Ki-moon, Secrétaire général

Dans son discours d’ouverture, le ministre iranien des affaires étrangères rappelle et soutient la demande des non-alignes de l’interdiction mondiale des  armes nucléaires

26 août 2012 : M. Ali Akbar Salehi, Ministre iranien des affaires étrangères, prononce le discours inaugural du 16ème Sommet des Non-Alignés à Téhéran

Enfin, il convient de noter que M. Ali Akbar Salehi, ministre iranien des affaires étrangères, a fait très fort, dès son discours inaugural du 16ème Sommet des Non-Alignés, en appelant l’ensemble des pays réunis :

  • à prendre position contre les sanctions occidentales à l’encontre de l’Iran. Il a affirmé au passage que de nombreux États-membres des Non-Alignés soutenaient le programme nucléaire iranien.
  • à renouveler leur appel pour une interdiction mondiale de toutes les armes nucléaires dans 13 ans, donc en 2025. Il a eu beau jeu de  rappeler que cet  objectif avait déjà été adopté par un précédent Sommet des Non-Alignés et a ainsi lancé :  « Nous croyons que le calendrier de retrait définitif des armes nucléaires d’ici 2025, qui a déjà été proposé par les Non-Alignés, ne sera effectivement réalisé que si nous en exerçons le suivi minutieux. » 

Le ministre iranien a une nouvelle fois assuré que son pays ne cherche pas à se doter d’armes nucléaires, en dépit des affirmations des États-Unis et de leurs alliés qui soupçonnent que l’enrichissement d’uranium de Téhéran pourrait éventuellement conduire à cela.

Commentant les déclarations du gouvernement israélien, qui a  dit qu’il examinerait les options militaires si les pressions diplomatiques et économiques ne parviennent pas à freiner les ambitions nucléaires de l’Iran, il a rétorqué qu’Israël avait pour sa part refusé de ratifier le Traité de Non Prolifération nucléaire (TNP) de l’ONU et qu’il refusait de discuter de la gamme complète de ses capacités militaires, alors que tout le monde soupçonne cet État avoir un arsenal nucléaire.

Pour tenter de répondre à l’accusation de terrorisme qui pèse régulièrement sur l’Iran, les organisateurs du Sommet ont jugé bon de présenter, à l’extérieur du lieu de la réunion, trois voitures détruites par des attentas à l’explosif. Selon le gouvernement iranien, ces explosions ont été organisées par des agents britanniques et américains et ont visé à assassiner des membres participant au programme nucléaire. Au moins cinq membres de la communauté scientifique iranienne, y compris des experts nucléaires, ont ainsi été tués depuis le début de 2010, dans le cadre d’une guerre présumée secrète avec ses ennemis principaux.

 

Enfin, le ministre Ministre iranien des affaires étrangères a déploré la « chute»  du poids individuel des États membres de l’ONU, qui s’est exercée au bénéfice de la « montée en puissance du Conseil de Sécurité de l’ONU », dirigé par les Cinq membres permanents : États-Unis, Grande-Bretagne, France, Russie et Chine.

Il a donc réclamé la « création d’un Conseil de Sécurité plus démocratique, qui devrait être considérée comme une partie importante de la réforme de l’ONU ».

Quelques-uns des principaux responsables politiques mondiaux présents au 16e Sommet des Non-Alignés à Téhéran. De gauche à droite et de haut en bas :

  •  Evo Morales – Président de la République de Bolivie 
  • Manmohan Singh – Premier ministre de l’Union Indienne 
  • Hugo Chavez – Président de la République du Venezuela 
  • Maité Nkoana-Mashabane – Ministre des affaires étrangères d’Afrique du sud 
  • Vladimir Poutine – Président de la Fédération de Russie 
  • Sheikha Hasina – Premier ministre du Bangla Desh 
  • Ali Bongo Ondimba – Président de la République du Gabon 
  • Michel Temer – Vice-Président de la République fédérative du Brésil 
  • Qaboos bin Said al Said – Sultan d’Oman 
  • Nguyen Tan Dung – Premier ministre du Vietnam

Conclusion : la France aurait dû faire au minimum comme l’Australie !

Comme je l’indiquais déjà dans mon premier article, – et les événements renforcent encore mon analyse – cette capacité massive de rassemblement du Mouvement des Non-Alignés, avec la présence de la Russie en prime, fait ressortir par contraste ce qu’est l’OTAN / UE : un bunker agressif, qui ose se qualifier de « communauté internationale » alors qu’il ne représente même pas 20% des êtres humains vivant sur terre.

Comme je l’ai déjà dit, si la France renouait avec la grandeur de son histoire, ce n’est certes pas dans ce bunker occidental de l’OTAN / UE qu’elle devrait se placer. C’est son adhésion au Mouvement des Non-Alignés qu’elle devrait envisager. Pour contribuer à faire du IIIe millénaire un avenir de paix entre toutes les nations, tous les peuples et toutes les religions du monde.

Quelques-uns de mes lecteurs avaient pu s’étonner de cette suggestion.

Elle est certes iconoclaste dans la France actuelle, où toute pensée non conforme à la logorrhée euro-atlantiste des médias est aussitôt disqualifiée, par un réflexe pavlovien de soumission à la propagande et à l’intimidation.

Or je note que l’Australie sera présente comme « nation invitée ». Voilà de quoi rasséréner ceux qui tiquaient devant ma proposition  !   

Je rappelle que cette proposition, tout comme le présent article ou le précédent, n’ont évidemment pas pour objet de faire l’apologie de tel ou tel régime. Pas plus du régime iranien que des régimes indien, costaricain (dont le chef d’Etat est Prix Nobel de la Paix), péruvien, libanais, vénézuélien, sud-africain et j’en passe, qui sont tous membres des Non-Alignés.

Mon analyse et ma proposition se situent sur un autre plan, qui est celui des relations internationales et de ce que devrait être le rôle de tout pays soucieux d’assurer l’équilibre et la paix du monde.Je rappelle donc 3 points importants :

  • 1)- Le Mouvement des Non-Alignés regroupe, comme je l’ai dit, 120 États sur les 193 des Nations-Unies, et une vingtaine d’autres observateurs.  On notera au passage que certains « Non Alignés » sont désormais très alignés sur les États-Unis : Arabie Saoudite, Bahreïn et Qatar notamment.
  • 2)- Il se trouve que la France et tous les pays membres de l’OTAN reconnaissent diplomatiquement tous ces États, qu’ils siègent à leurs côtés à l’ONU, sans pour autant, bien entendu, s’aligner sur tel ou tel. Participer aux Non-Alignés ne pourrait donc pas signifier « s’aligner sur les Non-Alignés »…
  • 3)- Du reste, il n’y a vraiment à peu près aucun point commun en matière économique, sociale, démocratique, religieuse, diplomatique, militaire, entre Cuba et Singapour, l’Iran et le Qatar, l’Île Maurice et la Corée du nord, le Pérou et le Sri Lanka, l’Inde et le Turkménistan, etc

Leur seul point commun, au fond, c’est de vouloir faire respecter les principes du droit international public et notamment le refus de tout empire et le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un État souverain.

C’est bien parce que notre pays doit partager ce point commun fondamental que la France, une fois qu’elle sera sortie de l’OTAN et de l’Union européenne, aura vocation à rejoindre le Mouvement des Non-Alignés.   Il n’y aurait pas de plus belle victoire diplomatique, conforme au génie du peuple de 1789, que de rassembler, à Paris cette fois-ci, un futur Sommet des Non-Alignés.