17 octobre 2016 : L’un des pères fondateurs de l’euro, l’Allemand Otmar Issing, déclare que l’euro est un « château de cartes » destiné à s’effondrer.

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L’économiste allemand Otmar Issing  a été membre du Directoire de la BCE et responsable de l’analyse économique lors de la fondation de l’institution de Francfort. Il fut souvent considéré à l’époque comme son véritable chef, exerçant le vrai pouvoir – d’essence allemande – à l’ombre du président en titre, le Néerlandais Wim Duisenberg.

Le mandat d’Issing a pris fin en 2006. À la suite de quoi il a continué sa carrière comme conseiller d’une banque américaine d’un certain renom : la Goldman Sachs…

Le journal Central Banking vient de publier un entretien d’Otmar Issing ce 13 octobre 2016. Le texte de cet entretien (qui n’est pas d’accès libre) est assez long et plein d’anecdotes sans grande portée politique. Mais il contient aussi une description détaillée de l’histoire monétaire de la BCE, couvrant beaucoup des sujets qui ont été importants du point de vue de l’institution.

On y trouve surtout une remarque intéressante, ou de prophétie plutôt, selon laquelle l’euro est un « château de cartes » destiné à s’effondrer. C’est une prédiction pour le moins remarquable, venant de l’homme qui a de facto piloté ledit euro à ses débuts.

 

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Plus généralement, Issing accuse les politiciens en vue des principaux pays de la zone euro faire miroiter une union politique européenne qui n’est au mieux, selon lui, qu’une « vision » à long terme.

Je pense, en me fondant sur mes souvenirs de début de carrière, qu’il édulcore ici sa pensée. Je suis persuadé que le fond de sa croyance est que cela n’arrivera jamais.

Dans cet entretien, Issing indique que cette hypothèse fallacieuse d’une union politique sur le point de se faire créerait des attentes irréalistes quant à la formation prochaine d’une union budgétaire. Et ces attentes irréalistes créeraient à leur tour des incitations au laxisme budgétaire chez les dirigeants de certains pays de la zone euro.

L’argument est conforme à la rhétorique standardisée des banques centrales et tout spécialement de la BCE ; il n’est donc pas en soi très surprenant. Mais il est plus surprenant qu’Issing, mine de rien, en profite pour renvoyer l’union politique aux calendes grecques.

Sans doute l’a-t-il toujours pensé. Mais je ne crois pas qu’il l’ait jamais dit de manière aussi claire.

L’impression que cela me fait, c’est que cet économiste allemand de renommée mondiale, qui fut l’un des pères fondateurs de l’euro, a jugé qu’il était temps de se démarquer d’un projet dont nul expert authentique ne doute plus désormais que les jours sont comptés.

Vincent BROUSSEAU
17 octobre 2016