Christine Lagarde et le FMI montent au créneau pour dissuader les britanniques de voter en faveur du Brexit

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Comme l’on pouvait s’y attendre, Christine Lagarde et le FMI montent au créneau pour dissuader les britanniques de voter en faveur du Brexit.

Je publie ci-après la traduction – effectuée par l’UPR – d’un intéressant article, paru le 13 avril 2016 sur le site euobserver, relatif aux déclarations officielles du Fonds Monétaire International au sujet du Brexit.

Volant au secours du Premier ministre Cameron – de plus en plus en difficulté face au prochain référendum du 23 juin – Christine Lagarde, patronne du FMI situé à Washington, vient en effet de diffuser une analyse qui présente une vision effrayante des conséquences d’une sortie du Royaume-Uni de l’UE. Histoire d’affoler les électeurs britanniques, bien entendu.

Naturellement, les partisans du Brexit ont vivement réagi, en dénonçant la fausseté habituelle et le parti-pris politique récurrent des prévisions du FMI…

Le lecteur anglophone pourra lire l’article original en anglais à l’adresse suivante : https://euobserver.com/economic/133026

Je poste ci-après la traduction en français que nous vous en proposons.

François Asselineau

SELON LE FMI, LE BREXIT PROVOQUERAIT DES DÉGÂTS SÉVÈRES

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[ • En photo : La directrice du FMI (à droite) et le premier ministre David Cameron (à gauche). Selon le FMI, une sortie du Royaume-Uni de l’UE « poserait des problèmes graves tant pour le Royaume-Uni que pour le reste de l’Europe » (Photo FMI) ]

par Eric Maurice
BRUXELLES, 13 avril 2016, 09:27

L’habituelle analyse lapidaire du FMI de ce mardi (12 avril), selon laquelle une sortie du Royaume-Uni de l’UE causerait « des dommages sévères au niveau régional comme au niveau mondial », a suscité un débat animé au Royaume-Uni.

Les partisans de la sortie de l’UE ont accusé le FMI de vouloir semer la peur, tandis que le gouvernement du Royaume-Uni a affirmé que les Britanniques feraient bien d’écouter la « mise en garde solennelle » de l’institution washingtonienne.

Dans son rapport semestriel, « Perspectives de l’économie mondiale », le FMI explique qu’une sortie de l’UE, consécutive au référendum du 23 juin sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE, « pourrait provoquer des dommages sévères au niveau régional comme au niveau mondial, par la perturbation des relations commerciales existantes ».

Le FMI explique que le référendum en lui-même « est déjà source d’incertitude pour les investisseurs ».

Selon le Fonds, la sortie du Royaume-Uni de l’UE « pourrait poser des problèmes graves tant pour le Royaume-Uni que pour le reste de l’Europe ».

« Les négociations sur l’après-sortie seraient probablement longues, avec pour conséquence une période prolongée d’incertitude accrue qui pourrait peser lourdement sur la confiance et l’investissement, tout en accroissant la volatilité des marchés financiers » explique-t-il.

Il ajoute qu’une sortie du Royaume-Uni du marché unique de l’UE « pourrait aussi perturber et réduire les flux commerciaux et financiers mutuels ».

Le Fonds note également dans son rapport que, d’août 2015 à février 2016, la livre britannique s’est dépréciée de 7 pour cent, en partie du fait des craintes au sujet d’une éventuelle sortie de l’UE.

« Une tempête à l’horizon »

« C’est un avertissement solennel qui devrait sonner très fort aux oreilles de toutes les familles et de toutes les entreprises du pays » a déclaré le premier ministre David Cameron, après la publication du rapport.

« Un orage se profile à l’horizon. On peut entendre le tonnerre, à condition de le vouloir. Mais nous protéger reste en notre pouvoir. »

Son ministre des Finances, George Osborne, a déclaré que le FMI avait donné « l’avertissement indépendant le plus clair sur un avant-goût des problèmes à venir » en cas de sortie de l’UE.

Il pose la question : « Si la simple éventualité d’une sortie de l’UE suffit à fragiliser l’économie britannique, imaginez les conséquences sur les revenus et les emplois si nous sortions pour de bon ! ».

Le rapport du FMI prévoit une croissance de 1,9 pour cent en 2016 et de 2,2 pour cent en 2017, supérieure à celle prévue pour l’ensemble de l’UE.

Les dirigeants de la campagne en faveur de la sortie de l’UE ont rejeté l’avertissement du FMI, en rappelant que ses prévisions n’étaient pas fiables et qu’elles obéissaient à des motivations politiques.

Norman Lamont, ancien ministre des Finances sous Margaret Thatcher, a déclaré que le Fonds était « étroitement lié » à l’UE et à la zone euro.

« Il y a tout juste deux ans, le ministre des Finances (Osborne) prétendait que les prévisions du FMI étaient bien trop pessimistes et qu’on ne devait pas en tenir compte, ce en quoi il avait raison. Elles étaient fausses à ce moment-là, et elles le sont toujours » a-t-il dit.

« L’idée qu’une sortie de l’Union européenne perturberait les échanges commerciaux vise purement à faire peur. Le plus grand risque, c’est de rester dans une UE dont le contrôle est sans cesse croissant, et qui n’est pas capable de faire face aux défis qui se présentent à elle ».

Le confortable cartel de l’UE

Le député européen et dirigeant du parti eurosceptique Ukip, Nigel Farage, a déclaré que le FMI avait été « détourné par les architectes du projet en faillite de l’UE ».

« Dans toute cette affaire, ce sont les grosses banques et les classes dirigeantes qui protègent leurs intérêts au sein d’un confortable cartel européen, lequel prend soin des sociétés multinationales et ignore les aspirations démocratiques des hommes et des femmes ordinaires et des petites et moyennes entreprises » a-t-il déclaré.

Le dirigeant de la campagne « Votez pour la sortie », Matthew Elliot, a dit que rester au sein de l’UE « représentait le plus grand risque pour l’économie et la sécurité britanniques » car l’union « est institutionnellement incapable de relever les défis qui surgissent, tels que la crise de l’euro ou celle des migrants ».

Le mois dernier, l’agence de notation Moody a déclaré qu’ « en dépit de coûts économiques d’une sortie de l’UE du Royaume-Uni supérieurs aux bénéfices potentiels », l’impact sur le crédit resterait « maîtrisable ».

« Étant donné leurs profonds liens économiques et financiers, le Royaume-Uni et l’UE souhaiteraient alors tous deux éviter une inutile perturbation de grande ampleur des flux commerciaux et des flux de capitaux » a déclaré Moody.

Selon le dernier sondage d’opinion en date, les partisans de la sortie sont légèrement en-tête avec 43 pour cent contre 42 pour cent pour ceux qui souhaitent rester dans l’UE.

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