COUP DE THÉÂTRE EN ALLEMAGNE : dans le plus prestigieux journal allemand, 154 professeurs d’économie demandent le rejet du plan Macron et l’introduction d’une « procédure ordonnée de sortie de l’euro » dans les traités européens.

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Voici un nouveau signe de la nécrose accélérée de l’euro, qui fait grand bruit dans le monde feutré des marchés financiers mondiaux.

Le 21 mai 2018, ce ne sont pas moins de 154 professeurs d’économie allemands parmi les plus réputés outre-Rhin qui ont jeté un monumental pavé dans la mare en publiant un « appel » – au ton cinglant et sans appel – pour demander au gouvernement de coalition de Mme Merkel de rejeter le plan Macron de réforme de la zone euro et, par la même occasion, d’œuvrer pour qu’une procédure précise de sortie de l’euro soit ajoutée aux traités européens. (Comme le savent les lecteurs des analyses de l’UPR, une telle clause n’existe pas et il est donc impossible pour un État de sortir juridiquement de l’euro sans sortir de l’UE en même temps, par l’article 50 du TUE).

Cet appel est à prendre d’autant plus au sérieux qu’il est publié dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), le quotidien allemand de référence du patronat allemand et de la fine fleur des élites d’outre-Rhin en matière politique, économique et industrielle. La FAZ  est aussi parfois considérée comme étant une sorte de journal officieux de ce que pensent les membres du gouvernement.

On note aussi que, parmi les signataires, figure le très honorable et prestigieux Jurgen Stark, ancien économiste en chef de la BCE lui-même, ce qui accroît encore le caractère sensationnel de cet « appel ».

Cette publication confirme trois choses fondamentales :

  • le « plan Macron de réforme de la zone euro » ne sera jamais avalisé par les dirigeants allemands, pas plus que par les dirigeants des Pays Bas, de la Finlande et de plusieurs autres pays d’Europe du nord.

 

  • la nécrose de l’euro s’accélère : en réclamant officiellement l’introduction d’une « procédure ordonnée de sortie » de l’euro, les élites du monde économique allemand brisent le tabou absolu : celui du dogme sacro-saint de l’irréversibilité  de l’euro et de la prétendue « construction européenne ». Cette nécrose est d’autant plus rapide que cette publication en forme de coup de théâtre coïncide avec les soubresauts politiques en Italie où les dirigeants de la nouvelle coalition gouvernementale M5S-Ligue ont confirmé qu’il était hors de question de continuer à respecter le pacte de stabilité de la zone euro, mettant aussitôt en émoi les marchés financiers et relançant les hypothèses sur une explosion de l’euro dans les mois qui viennent.

 

  • parmi les 4 plus grands pays de l’Union européenne, la France est en train de s’isoler dans une politique de l’autruche totalement déconnectée des réalités :
    • tandis que le Royaume-Uni conduit sereinement son départ définitif de l’Union européenne, et que les très bons résultats économiques britanniques ridiculisent toutes les prophéties de malheur faites par les opposants au Brexit,
    • tandis que l’Italie s’apprête à ne plus tenir aucun compte des directives venues de Bruxelles et Francfort et de procéder à une croissance des déficits budgétaires qui a toute chance de provoquer une crise majeure de l’euro,
    • tandis que toutes les élites allemandes s’apprêtent et réclament le début de démantèlement de l’euro,
    • seule la France, dirigée par une marionnette aussi veule qu’incompétente, poursuit hagarde une chimère européiste, que le peuple français rejette lui aussi de plus en plus massivement.

 

François Asselineau
22 mai 2018

Traduction effectuée par mes soins, avec les réserves d’usage
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APPEL : L’EURO NE DOIT PAS CONDUIRE À UNE UNION DES RESPONSABILITÉS!

Frankfurter Allgemeine Zeitung – 21 mai 2018

154 professeurs d’économie mettent en garde contre la poursuite du développement de l’union monétaire et bancaire européenne en une union des responsabilités. Nous publions ci-dessous leur appel dans son intégralité.

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Nous – 154 professeurs d’économie soussignés – mettons en garde contre la poursuite du développement de l’union monétaire et bancaire européenne en une union des responsabilités. Les propositions du président français Macron et du président de la commission européenne Juncker, mentionnées dans l’accord de Berlin de la coalition gouvernementale allemande, présentent de grands risques pour les citoyens européens.

1. Si, comme l’indique ce projet, le mécanisme européen de stabilité (MES) était utilisé comme un outil de réassurance pour le recouvrement bancaire (backstop), cela ferait chuter l’incitation des banques et des autorités de contrôle à traiter les créances douteuses. Cela se ferait au détriment de la croissance et de la stabilité financière.

2. Si, comme l’indique ce projet, le MES était transformé par la législation de l’UE en un «fonds monétaire européen» (FME), celui-ci serait sous l’influence de pays qui ne sont pas membres de la zone euro. Étant donné que les pays individuels devraient perdre le droit de veto dans les décisions urgentes de ce FME, les pays créanciers pourraient être mis en minorité. Par exemple, le Bundestag allemand perdrait son droit de contrôle.

3. Si, comme l’indique ce projet, le système de garantie des dépôts bancaires était communautarisé, il ferait aussi peser sur tous les États le coût des erreurs commises par l’ensemble des banques et des gouvernements dans le passé.

4. Le fonds européen d’investissement prévu pour la stabilisation macroéconomique et le projet de fonds d’appui aux réformes structurelles devraient déboucher sur de nouveaux transferts et de nouveaux prêts aux pays de la zone euro qui n’ont pas pris les mesures de réforme nécessaires au cours des années passées. Ce serait une erreur de récompenser ces comportements irresponsables. L’Allemagne a déjà accepté plus de 900 milliards d’euros de passif de la part de la Banque centrale européenne (BCE) par le biais du système de paiement interbancaire Target 2, qui ne rapporte pas d’intérêts et ne peut pas être remboursé.

5. Un ministre européen des finances disposant d’une capacité budgétaire en tant qu’interlocuteur de la BCE contribuerait à rendre la politique monétaire encore plus politisée. Les très gros achats d’obligations de la Banque centrale européenne (2 550 milliards d’euros en septembre 2018) équivalent déjà à un financement public par l’intermédiaire de la banque centrale.

Le principe de responsabilité est la pierre angulaire de l’économie sociale de marché. L’union des responsabilités sape la croissance et menace la prospérité dans toute l’Europe. Cela se voit déjà de façon évidente dans la baisse du niveau des salaires pour un nombre croissant de personnes, principalement des jeunes. Par conséquent, nous demandons au gouvernement fédéral allemand de revenir aux principes de base de l’économie sociale de marché.

Ce qui importe, c’est de promouvoir des réformes structurelles et non pas de créer de nouvelles lignes de crédit et des incitations à la mauvaise conduite économique. Le privilège des obligations d’État dans la provision de risque des banques devrait être aboli. La zone euro a besoin d’une procédure d’insolvabilité ordonnée pour les États et d’une procédure de retrait ordonnée. L’Union des marchés de capitaux devrait être achevée – également parce que les mouvements de capitaux internationaux compensent les chocs asymétriques. À la BCE, la responsabilité et les droits de vote devraient être liés. Les soldes cibles doivent être réglés régulièrement. Les achats d’obligations d’État devraient prendre fin rapidement.

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Cet appel a été lancé par les professeurs d’économie Dirk Meyer, Thomas Mayer, Gunther Schnabl et Roland Vaubel. De nombreux économistes l’ont rejoint, leurs noms sont énumérés ci-dessous.

Dirk Meyer enseigne à l’Université Helmut Schmidt de Hambourg. Thomas Mayer est directeur fondateur de l’Institut de recherche Flossbach von Storch et professeur à l’Université de Witten / Herdecke. Gunther Schnabl enseigne à l’Université de Leipzig. Roland Vaubel est émérite à l’Université de Mannheim.

Les 154 économistes signataires sont les suivants :

  1. Hanjo Allinger,
  2. Rainer Alt,
  3. Peter Altmiks,
  4. Niels Angermüller,
  5. Gerhard Arminger,
  6. Philipp Bagus,
  7. Hartwig Bartling,
  8. Christian Bauer,
  9. Alexander Baumeister,
  10. Dirk Baur,
  11. Hanno Beck,
  12. Peter Bernholz,
  13. Norbert Berthold,
  14. Dirk Bethmann,
  15. Ulrich Blum,
  16. Christoph Braunschweig,
  17. Gerrit Brösel,
  18. Martin-Peter Büch,
  19. Walter Buhr,
  20. Rolf Caesar,
  21. Ronald Clapham,
  22. Erich Dauenhauer,
  23. Frank Daumann,
  24. Dietrich Dickertmann,
  25. Leef Dierks,
  26. Gerd Diethelm,
  27. Alexander Dilger,
  28. Juergen B. Donges,
  29. Norbert Eickhof,
  30. Alexander Eisenkopf,
  31. Mathias Erlei,
  32. Rolf Eschenburg,
  33. Stefan Felder,
  34. Robert Fenge,
  35. Cay Folkers,
  36. Siegfried Franke,
  37. Jan Franke-Viebach,
  38. Michael Frenkel,
  39. Andreas Freytag,
  40. Wilfried Fuhrmann,
  41. Werner Gaab,
  42. Gerhard Gehrig,
  43. Thomas Glauben,
  44. Frank Gogoll,
  45. Robert Göötz,
  46. Christiane Goodfellow,
  47. Rüdiger Grascht,
  48. Alfred Greiner,
  49. Heinz Grossekettler,
  50. Andrea Gubitz,
  51. Gerd Habermann,
  52. Hendrik Hagedorn,
  53. Gerd Hansen,
  54. Rolf Hasse,
  55. Klaus-Dirk Henke,
  56. Henner Hentze,
  57. Thomas Hering,
  58. Bernhard Herz,
  59. Stefan Hoderlein,
  60. Stephan Hornig,
  61. Guido Hülsmann,
  62. Jost Jacoby,
  63. Thomas Jost,
  64. Markus C. Kerber,
  65. Henning Klodt,
  66. Michael Knittel,
  67. Leonard Knoll,
  68. Andreas Knorr,
  69. Manfred Königstein,
  70. Ulrich Koester,
  71. Stefan Kooths,
  72. Walter Krämer,
  73. Dietmar Krafft,
  74. Rainer Künzel,
  75. Britta Kuhn,
  76. Werner Lachmann,
  77. Enno Langfeldt,
  78. Andreas Löhr,
  79. Tim Lohse,
  80. Helga Luckenbach,
  81. Reinar Lüdeke,
  82. Dominik Maltritz,
  83. Gerald Mann,
  84. Thomas Mayer,
  85. Dirk Meyer,
  86. Renate Ohr,
  87. Michael Olbrich,
  88. Werner Pascha,
  89. Hans-Georg Petersen,
  90. Wolfgang Pfaffenberger,
  91. Ingo Pies,
  92. Werner Plumpe,
  93. Mattias Polborn,
  94. Thorsten Polleit,
  95. Niklas Potrafke,
  96. Bernd Raffelhüschen,
  97. Bernd-Thomas,
  98. Ramb,
  99. Richard Reichel,
  100. Hayo Reimers,
  101. Stefan Reitz,
  102. Rudolf Richter,
  103. Wolfram F. Richter,
  104. Gerhard Rösl,
  105. Roland Rollberg,
  106. Alexander Ruddies,
  107. Gerhard Rübel,
  108. Karlhans Sauernheimer,
  109. Stefan Schäfer,
  110. Wolf Schäfer,
  111. Malcolm Schauf,
  112. Bernd Scherer,
  113. Jörg Schimmelpfennig,
  114. Ingo Schmidt,
  115. Dieter Schmidtchen,
  116. Michael Schmitz,
  117. Gunther Schnabl,
  118. Jan Schnellenbach,
  119. Bruno Schönfelder,
  120. Siegfried Schoppe,
  121. Jürgen Schröder,
  122. Christian Schubert,
  123. Alfred Schüller,
  124. Peter M. Schulze,
  125. Thomas Schuster,
  126. Christian Seidl,
  127. Hans-Werner Sinn,
  128. Fritz Söllner,
  129. Peter Spahn,
  130. Jürgen Stark, ancien économiste en chef de la BCE
  131. Wolfgang Ströbele,
  132. Stefan Tangermann,
  133. H. Jörg Thieme,
  134. Stefan Traub,
  135. Dieter Tscheulin,
  136. Ulrich van Suntum,
  137. Roland Vaubel,
  138. Stefan Voigt,
  139. Hermann von Laer,
  140. Hans-Jürgen Vosgerau,
  141. Adolf Wagner,
  142. Heike Walterscheid,
  143. Gerhard Wegner,
  144. Rafael Weißbach,
  145. Heinz-Dieter Wenzel,
  146. Max Wewel,
  147. Hans Wielens,
  148. Otto Wiese,
  149. Rainer Willeke,
  150. Manfred Willms,
  151. Dietrich Winterhager,
  152. Michael Wohlgemuth,
  153. Hans-Werner Wohltmann,
  154. Achim Zink

 

 

 

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François Asselineau, Président de l’Union populaire républicaine. La France doit sortir de l’Union européenne, de l’euro et de l’Otan.

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