LA DESTRUCTION DE L’ÂME DE LA FRANCE EST « EN MARCHE » : la poursuite de l’étranglement des petites communes de France – un dossier de Charles-Henri Gallois

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En cet été 2017, alors qu’il vient de se mettre à dos toute l’institution militaire par l’humiliation injustifiée qu’il a infligée au chef d’état-major des armées, Emmanuel Macron se met également à dos une grande majorité des maires des petits villages de France. La raison en est qu’il a décidé d’étrangler financièrement des dizaines de milliers de petites communes, sous couvert de supprimer la taxe d’habitation pour une partie des Français (lesquels seront davantage taxés par ailleurs…).

Réalisée sous la pression de l’idéologie européiste, cette réforme n’est pas seulement bête et méchante. Elle s’attaque plus fondamentalement à l’âme même de la France. C’est ce que nous explique, de façon très claire, Charles-Henri Gallois, responsable national de l’UPR pour les questions économiques, suite aux dernières déclarations du locataire de l’Élysée devant la « Conférence des territoires ».

Je remercie beaucoup Charles-Henri pour ce dossier, à la fois précis et concis, qui n’est pas seulement à lire entre soi et à conserver dans les archives. Je demande à tous nos adhérents et sympathisants de le transmettre pour lecture au maire de leur propre village – s’ils habitent en zone rurale – et à tout leur entourage familial, amical et professionnel.

La destruction de l’âme de notre pays est en jeu.

François Asselineau
20 juillet 2017

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LA DESTRUCTION DE L’ÂME DE LA FRANCE EST « EN MARCHE » : la poursuite de l’étranglement des petites communes de France.

un dossier de Charles-Henri Gallois

Les communes sont la cible numéro 1 des réformes territoriales depuis plusieurs années. Emmanuel Macron semble déterminé à leur donner le coup de grâce avec la suppression de la taxe d’habitation, principale source de revenu des mairies, et de nouvelles économies exigées.

Il convient tout d’abord de rappeler que les communes sont écrasées délibérément sous le poids de deux diktats bruxellois : l’un idéologique et l’autre budgétaire. On expliquera ensuite davantage les conséquences des deux nouvelles mesures « macroniennes » pour les communes.

 

Le village de Donzy dans la Nièvre.

 

L’idéologie européiste : la suppression du triptyque hérité de la Révolution française (État–Départements–Communes) pour le remplacer par UE–Eurorégions–Comtés

L’UPR explique depuis de nombreuses années que les réformes territoriales ne sortent pas de nulle part, mais qu’elles s’inscrivent dans une idéologie précise – celle de « l’Europe des régions » qui reste très méconnue des Français. Comme l’UPR est seule à le dénoncer depuis des années, cette idéologie vise à  créer des « Eurorégions » – avec des grandes régions de type Bretagne, Catalogne, Pays-Basque ou Écosse – qui négocieraient directement avec Bruxelles, sans passer par la case État.

L’objectif – qui reste caché – est de saper progressivement tous les fondements de l’État-nation car celui-ci est le seul à avoir le poids historique et moral suffisant pour s’opposer à l’hégémonie de l’Union européenne ; dans la vision européiste, il est par conséquent l’obstacle à abattre.

Le soutien de Bruxelles aux régionalismes de tous bords est d’ailleurs un secret de Polichinelle et ce n’est pas un hasard si tous les indépendantistes d’opérette veulent être « indépendants » dans le cadre de l’Union européenne. C’est-à-dire ne plus bénéficier des anciennes solidarités nationales protectrices, héritées des siècles, pour être livrés pieds et poings liés au « chacun pour soi » de l’esclavagisme moderne que veut nous imposer l’oligarchie financière et industrielle euro-atlantiste.

Cela nous amène à l’échelon inférieur, à savoir les départements et les communes.

Pour l’UE, c’est très simple, il faudrait supprimer les départements, hérités de la Révolution française, symboles de l’égalité entre les Français et auxquels les Français sont très attachés, bien plus qu’aux régions créées en 1972. Les idéologues européistes le savent. Et c’est pourquoi ils procèdent par petits pas, à commencer par le premier d’entre eux, Emmanuel Macron, qui avait proposé, pendant la campagne présidentielle, de supprimer un quart des départements.

Viennent ensuite les communes. Elles sont jugées trop nombreuses en France par les européistes. La France ne pourrait pas se permettre de se payer ses 36 000 communes. Argument étrange, puisqu’elle était capable de le faire au XIXe siècle, dans une France infiniment plus pauvre et bien souvent en guerre sur son propre sol. Nous y reviendrons dans la partie budgétaire.

L’idéologie sous-jacente, au-delà de l’argument économique qui ne tient pas la route, est d’avoir la même granulométrie territoriale dans tous les pays l’Union européenne, sur le modèle des comtés à l’américaine. Les fusions de communes en sont la conséquence. Il s’agit de faire sous les euro-régions de grandes ensembles de 15 000 habitants (seuil d’ailleurs fixé par la loi NOTRe de 2015 pour les groupements à fiscalité propre).

Rappelons à cet égard que les communes correspondent aux paroisses d’Ancien régime avec chacune leurs clochers, leurs traditions voire leurs rivalités gauloises. Détruire les communes, ce n’est ni plus ni moins que détruire l’âme de la France et ces beaux villages dont les Français aiment s’enorgueillir, notamment en ce moment en juillet, sur les routes du Tour de France.

 

Photo du journal « La Dépêche » prise à Ambialet, dans le Tarn, lors du Tour France 2010.

 

L’argument fallacieux des économies budgétaires pour justifier les fusions ou suppressions de communes

L’autre argument bruxellois qui est le plus mis en avant est le budgétaire. Il est la conséquence directe de notre appartenance à l’UE et à l’euro. On le perçoit d’ailleurs clairement dans les Grandes Orientations des Politiques Économiques (GOPÉ).

Les GOPÉ 2014-2015 exigeaient d’ailleurs de « réduire les dépenses publiques » et de « simplifier les échelons administratifs ». Comme je l’expliquais dans un article de décryptage, cela fournissait un argument aux pouvoirs publics pour adopter une nouvelle loi de décentralisation.

Il faut pourtant noter qu’aucune des lois précédentes de décentralisation n’a apporté d’économies substantielles. Bien au contraire, les coûts des collectivités locales ont généralement eu tendance à exploser .

Cette injonction de réduction des échelons administratifs témoigne donc, non seulement que la République française n’existe plus comme État souverain et indépendant, mais aussi qu’en dépit de leur nom, les GOPÉ ont aussi des visées géopolitiques. Ce qu’elles visent, ce ne sont pas seulement des économies budgétaires, c’est aussi, et ni plus ni moins, que le démantèlement des grands États nations d’Europe, au premier rang desquels la France, avec des grandes régions qui traiteront directement avec Bruxelles.

En fidèle employé de l’oligarchie euro-atlantiste, François Hollande parlait d’ailleurs lui-même de « régions à taille européenne ».

Mon décryptage s’est révélé pour le moins exact. Car, dès 2014, François Hollande avait lancé la baisse de la dotation globale de fonctionnement de l’État aux communes de 30 milliards d’euros sur la durée du quinquennat.

Si l’on prend aussi en compte la baisse supplémentaire de 2,8 milliards d’euros prévue pour 2017 par rapport à 2016, la baisse totale, cumulée sur les 4 ans, aura été en définitive de près de 26 milliards d’euros, par rapport au montant de 2013 comme le montre le tableau ci-dessous :

 

Source : http://www.collectivites-locales.gouv.fr/files/files/ofl_2016.pdf

 

Il n’en reste pas moins que pour certaines communes rurales, cela représentait une baisse des recettes de près de 40% !

J’avais d’ailleurs personnellement manifesté mon soutien à la Mairie de Pougues-les-Eaux (Nièvre) en 2015 pour expliquer aux élus et aux citoyens présents l’origine européenne de cette purge continue d’austérité.

De même, dès 2014, la réforme consistant à réduire le nombre de régions a été mise œuvre, sans que les Français ne comprennent bien pourquoi – ni n’aient été sollicités pour approbation… -, car le but est d’avoir de grandes régions à taille européenne.

Les prétendus efforts budgétaires poussent les communes à la faillite et servent l’idéologie de la fusion forcée des communes. On coupe les moyens et l’on force les communes à se regrouper sous le prétexte qu’elles n’ont plus les moyens de vivre seules.

Le cynisme pousse à faire croire que le nombre important de petites communes coûterait plus cher. C’est le contraire qui est vrai comme François Asselineau l’expliquait dans son programme présidentiel.

Le salaire d’un maire d’une commune de moins de 500 habitants est de 646,25 € par mois. Il s’agit donc d’un quasi-bénévolat, avec une activité 7 jours sur 7, durant toute l’année.

En revanche, les regroupements de communes suscitent toute une bureaucratie et des frais de fonctionnement bien plus onéreux, avec un service limité du lundi 8h30 au vendredi 16h00. D’un point de vue démocratique, cela éloigne également le pouvoir des citoyens et de leurs préoccupations.

Notons que si la réduction d’élus prévue par Emmanuel Macron frappe les maires plutôt que les conseillers régionaux ou départementaux déjà politisés, l’impact en serait un verrouillage plus grand encore de l’élection présidentielle, venant après celui de la loi Urvoas.

 

Conférence des territoires : suppression programmée de la taxe d’habitation et économies de 13 milliards imposées aux collectivités locales

C’est dans ce contexte et cette asphyxie des communes que vient la réforme de la taxe d’habitation, avec une exonération de 80% des ménages de la taxe d’habitation ainsi qu’une demande de 13 milliards d’économies aux collectivités locales parmi lesquelles se trouvent les communes.

Emmanuel Macron – qui n’en est déjà plus à un revirement près – n’avait parlé « que » de 10 milliards d’euros pendant sa campagne. Il a annoncé à la Conférence des territoires que ce serait finalement 13 milliards d’euros d’économie. Lors de cette même conférence, il a également laissé entendre que la taxe d’habitation sera à terme totalement supprimée. On parle donc d’un manque à gagner de quasiment 22 milliards d’euros pour les communes.

 

 

Source : http://www.collectivites-locales.gouv.fr/files/files/ofl_2016.pdf

 

Les recettes des communes et groupements de communes sont de l’ordre de 116 milliards d’euros. La fin de la taxe d’habitation représenterait une baisse de près de 20% des recettes. Ce sont bien évidemment les communes rurales, où il s’agit pratiquement de la seule recette avec la dotation globale de fonctionnement, qui seront les plus touchées.

Et l’on demande par ailleurs à ces mêmes communes, dont les recettes vont fondre, de faire la majeure partie des 13 milliards d’euros d’économies.

Il s’agit par conséquent d’une euthanasie programmée des communes. Ces économies sont automatiques et forcées car Emmanuel Macron a déjà indiqué que les communes qui ne respecteraient pas ces baisses de dépenses verraient de toute manière leur dotation globale de fonctionnement diminuer.

Pour dresser un portrait honnête, il faut savoir que l’État prétend compenser la baisse de la taxe d’habitation. Mais les maires ne sont pas dupes car ils savent qu’ils vont perdre le contrôle de leur financement.

Ce point pose d’ailleurs un problème de constitutionnalité. Car notre Constitution pose le principe, dans son article 72-2, de « la libre administration des collectivités locales », affirme que les collectivités locales doivent être financièrement autonomes et disposer de « recettes fiscales et de ressources propres ».

Dans le cadre de l’austérité à perpétuité exigée par l’euro, il est peu probable que la spirale de baisse des dépenses publiques ne s’arrête là. Il sera toujours plus facile de baisser encore les dotations aux communes, comme cela d’ailleurs été fait récemment, que d’envisager de réaliser des économies ailleurs, à commencer par les 8 milliards d’euros que nous versons en pure perte chaque année à l’Union européenne.

Sous une prétendue économie d’impôt pour les Français (n’oublions pas la hausse de la CSG et peut-être demain celle de la TVA pour pouvoir remplir les exigences de Bruxelles), l’objectif de la fusion des communes, privées de ressources, sera encore plus aisée à réaliser.

 

Conclusion : l’européiste Macron « en marche » vers la destruction de la France

Emmanuel Macron, par ces deux réformes, remplit parfaitement son rôle de fossoyeur de la France et de son âme. Il continue le travail de destruction inéluctable des communes dans le cadre de la construction européenne.

François Asselineau avait expliqué tout cela le 22 mars 2017, lors de la campagne présidentielle, devant l’Association des Maires de France (AMF), dans un discours qui avait fait sursauter les élus par son franc parler, mais qui avait été assez largement applaudi par les élus. Un discours de fond, plein de vérité et qui se révèle cruellement exact, ce qui contraste avec les discours creux et slogans des autres candidats, à commencer par Emmanuel Macron qui avait été, lui, copieusement sifflé.

 

Discours de François Asselineau, candidat à l’élection présidentielle, le 22 mars 2017, devant les maires réunis par l’Assemblée des Maires de France (AMF) sous la présidence de François Baroin. Dans son discours, le président de l’UPR fut le seul à expliquer que les « pressions que subissent les communes pour fusionner » découlent directement de notre appartenance à l’Union européenne. Il indiqua aussi qu’il serait le seul à pouvoir mettre un coup d’arrêt immédiat à ces fusions forcées et à l’étranglement financier des petites communes puisqu’il serait le seul à faire sortir la France de l’UE et de l’euro. La suite des événements lui donne raison.


Le temps révèle tout. Les analyses de l’UPR et de son président, candidat à la présidentielle, se sont révélées être les bonnes. C’est donc maintenant au peuple français de se réveiller et d’en tirer les conséquences. Qui avait les bons diagnostics ? Qui avait un discours de fond avec les bonnes analyses ?

Plus que jamais le Frexit porté par l’UPR depuis plus de 10 ans se révèle urgent et décisif si l’on veut sauver l’âme de la France.

 

Charles-Henri GALLOIS
Responsable national de l’UPR
en charge des questions économiques
20 juillet 2017

 

 

 

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François Asselineau, Président de l’Union populaire républicaine. La France doit sortir de l’Union européenne, de l’euro et de l’Otan.

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