= LE GAG DE LA SEMAINE = L’ancien ministre Goasguen, pourtant euro-atlantiste militant, accusé de «conspirationnisme» pour avoir dit que la CIA jouait sans doute un rôle dans la crise au Venezuela.

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Alors qu’il était interrogé sur France Info le lundi 7 août 2017 sur la situation au Venezuela , l’ancien ministre et député LR Claude Goasguen a répondu ainsi au journaliste :

  • Claude Goasguen : – « Ça rappelle un peu le début des incidents au Chili, en espérant que ça ne termine pas pareil. Les Américains ont beau dire qu’ils n’y sont pour rien… – pfffff – le Venezuela étant ce qu’il est : la proximité avec les États-Unis, sa puissance pétrolière… »

Journaliste : – « Vous pensez qu’il y a la main des États-Unis derrière ? »

  • CG :  – « Ils le nient. Mais justement parce qu’ils le nient si fort, on ne peut pas ne pas imaginer que la CIA est pour quelque chose, quand même, dans ce qui va se passer au Venezuela ».

Journaliste :  – « Vous croyez vraiment que c’est le même schéma que le Chili de Pinochet ? »

  • CG : – « Un petit peu, en tout cas ça ressemble. Ce n’est pas le même schéma parce que la situation n’est pas la même. Mais enfin, de toute évidence, il y a, il va y avoir des incidents très graves. Parce que Maduro a installé un régime qui est un régime – pfffff… – illégal. Quoi enfin ! C’est… c’est  complètement fou ce qu’il a fait, quoi ! C’est un régime dictatorial, ce qui n’était pas le cas au Chili. Mais, de toute évidence, la puissance vénézuélienne, qui est un énorme pays, qui est très riche et qui est très divisé, va attirer certainement les États-Unis. Je crois qu’ils considèrent toujours cette partie de l’Amérique du sud en tout cas, comme la terre réservée des États-Unis. »

Voilà l’extrait :

Commentaires : les chiens de garde montent aussitôt au créneau

Parce qu’il a osé citer le mot de « CIA », parce qu’il a osé évoquer le rôle probable des États-Unis dans la crise au Venezuela, – ce qui est un secret de Polichinelle -,  et parce qu’il a osé affirmer que Washington considère toujours cette partie de l’Amérique du sud comme la terre réservée des États-Unis – ce qui est une évidence historique connue de tous -, Claude Goasguen a aussitôt fait l’objet d’un tir croisé de quelques chiens de garde de la soumission à Washington, toujours prêts à aboyer, même en plein mois d’août, pour tenter de discréditer immédiatement toute pensée non conforme à l’ordre des néo-conservateurs américains.

Le Figaro du 7 août 2017 a par exemple titré sur le champ : « Comme Mélenchon, Goasguen voit la main de la CIA derrière la crise au Venezuela » – comme si Mélenchon avait le monopole de la critique des États-Unis ! – avant de s’interroger gravement : « La fièvre tropicale a-t-elle frappé le député LR du XVIe arrondissement de Paris Claude Goasguen ? »

La palme de la police de la pensée revient cependant à l’inénarrable site « Conspiracy Watch », « l’observatoire du conspirationnisme » [sic], créé par un Français très proche des néo-conservateurs américains : Rudy Reichstadt dont le rôle précis a été décortiqué par des observateurs avisés et précis. Cette officine s’est fait une spécialité des dénonciations calomnieuses contre quiconque prononce le mot de CIA, ou remet en cause la version officielle des événements tels qu’ils sont présentés par Washington

Comme l’on pouvait s’y attendre, le site Conspiracy Watch a donc instantanément publié un article, comme le Saint Office fulminait des excommunications au XVIe siècle, pour s’indigner de la déclaration de Goasguen, un véritable péché de lèse-Washington – faisant ipso facto de celui-ci un « conspirationniste ».

 

La quasi-excommunication de Claude Goasguen par le site « Conspiracy Watch – Observatoire du Conspirationnisme » [sic !] – a été publiée quelques heures à peine après le « péché » de lèse-Washington commis par l’intéressé sur France Info.

Ce site dénonce ainsi la « thèse » d’une « déstabilisation du Venezuela orchestrée par les services secrets américains », en affirmant que c’est « un lieu commun du discours politique chaviste et de ses partisans ». Il précise que « depuis plusieurs années, le gouvernement de Nicolas Maduro se défausse de ses responsabilités en accusant sans preuve l’opposition vénézuélienne d’être inféodée à Washington, considéré comme le seul responsable de la crise qui secoue aujourd’hui le pays. »

On notera au passage que le site Conspiracy Watch qui prétend apprendre aux internautes à discerner la vérité du mensonge :

a) déforme sciemment les propos de Claude Goasguen ; lequel n’a jamais dit que Washington serait « le seul responsable de la crise qui secoue aujourd’hui le pays » et  a, bien au contraire, souligné la responsabilité de Maduro (cf. verbatim ci-dessus).

 

b) garde bien sûr le silence sur le parallèle dressé par Goasguen avec la déstabilisation du régime chilien par la CIA, alors qu’il s’agit d’une vérité historique absolument irréfutable.

La CIA l’a elle-même reconnu par la publication, en septembre 2000, de son rapport intitulé «Les activités de la CIA au Chili», rédigé à la demande expresse du Congrès américain.

 

IL Y A 17 ANS….. Le 21 septembre 2000, le journal « Libération » n’hésitait pas à informer ses lecteurs de la preuve, apportée par la CIA elle-même, de son rôle dans la chute du régime de Salvador Allende.

 

Comme on l’apprit alors, la CIA avait accepté, pour la première fois depuis le coup d’État d’Augusto Pinochet en septembre 1973, de préciser le soutien qu’elle avait apporté à la dictature chilienne. Le rapport confirma que « la CIA a activement soutenu la junte militaire après le renversement d’Allende » et reconnut que l’agence américaine avait pour contacts, même pour agents, certains des « nombreux officiers de Pinochet impliqués dans des violations des droits de l’homme systématiques ».

Parmi ces officiers, la CIA expliqua qu’elle avait pour contact Manuel Contreras, le chef de la Dina (Dirección nacional de inteligencia), police politique de sinistre mémoire. Elle l’a même rémunéré en 1975, par «erreur» [sic]… . Or c’est Manuel Contreras qui a fomenté l’assassinat, à Washington en 1976, de l’ex-ambassadeur d’Allende, Orlando Letelier, et de sa secrétaire américaine.

 

Les autorités américaines ont déjà reconnu officiellement que la CIA a renversé 7 régimes politiques étrangers entre 1950 et 1973.

Quoi que puissent dire ou faire les misérables collabos de « Conspiracy Watch », la vérité historique officielle est que la CIA est intervenue au moins 7 fois entre 1950 et 1973 pour renverser des régimes politiques étrangers jugés indésirables par Washington.

Encore ne s’agit-il que des 7 seuls cas absolument irréfutables parce que ce sont les autorités américaines elles-mêmes qui l’ont reconnu longtemps après.

Les 7 cas – reconnus officiellement par le gouvernement américain – sont :

 

  • == L’IRAN EN 1953 == Des documents déclassifiés le 19 août 2013 – soit 60 ans après les faits – ont permis de révéler officiellement ce qui était devenu un secret de Polichinelle depuis des années, à savoir le rôle actif de la CIA dans la destitution du Premier ministre iranien Mohamed Mossadegh.  Ce dirigeant politique avait eu la « mauvaise idée » de nationaliser le pétrole de son pays, géré par l’Anglo-Iranian Oil Company (l’ancêtre de BP).Pour arriver à ses fins, la CIA corrompit des partisans de Mossadegh, finança des journaux américains et iraniens pour qu’ils ternissent sa réputation, et organisa des manifestations dans les rues de Téhéran pour justifier le changement de pouvoir. Elle versa aussi 5 millions de dollars au général Fazlollah Zahedi, ensuite nommé Premier ministre.

Manifestation hostile au Premier ministre  Mossadegh le 26 août 1953 à Téhéran. Soixante ans après, le 19 août 2013, les autorités de Washington ont déclassifié des documents confidentiels confirmant officiellement que ces manifestations avaient été fomentées par la CIA, tout comme la chute du Premier ministre qui voulait restituer aux Iraniens leurs ressources naturelles tombées aux mains des Anglo-saxons.

 

  • == LE GUATEMALA EN 1954 == Un an après l’Iran, les États-Unis décidèrent de renverser le président Jacobo Arbenz, auquel ils reprochaient l’adoption d’une réforme agraire qui menaçait les propriétés de la United Fruit Company. Pour ce faire, la CIA arma notamment des rebelles et des troupes paramilitaires. Le renversement d’Arbenz fut suivi par une succession de juntes militaires au pouvoir.

Le président légitime du Guatemala, Arbenz avait lancé une réforme agraire afin de donner de la terre aux pauvres paysans guatémaltèques (cf. Affiche de cette réforme à gauche). Mais cette politique lésait les intérêts de la multinationale américaine United Fruit Company et Washington renversa Arbenz par un coup d’État monté de toutes pièces. La CIA finança et organisa des troupes paramilitaires – sous l’intitulé orwellien de circonstance d »Armée de libération » – constitué d’environ 400 combattants, sous les commandes d’un officier de l’armée guatemaltèque exilé de l’époque, le colonel Carlos Castillo Armas (cf. photo de droite). Bien longtemps après – dans une conférence prononcée en 1985 – l’intellectuel américain Noam Chomsky résuma ainsi cette intervention américaine au Guatemala : « Nous nous sommes arrangés pour interrompre, en 1954, une expérience démocratique. Il s’agissait pourtant d’un régime réformiste, capitaliste et démocratique, du type New Deal, que notre intervention a permis d’éliminer, laissant à sa place un véritable enfer sur terre, probablement le régime de la période contemporaine le plus proche de l’Allemagne nazie. ». Source ici

 

  • == LE CONGO EN 1960 == Les États-Unis soutiennent l’armée belge pour chasser du pouvoir le Premier ministre Patrice Lumumba, jugé trop défavorable aux intérêts occidentaux et belges en particulier.Alors que le Congo sombre dans la violence et un risque de guerre civile et que ce conflit s’internationalise, un coup d’État soutenu par la CIA éclate à Léopoldville, par lequel Joseph Désiré Mobutu prend le pouvoir. Ex-militaire, mais aussi ancien journaliste dans la presse congolaise pro-belge, Mobutu a repris du service dans l’armée congolaise avec le titre de colonel ; il présidera ensuite le Congo – qu’il rebaptisera Zaïre – de façon dictatoriale pendant plus de 31 ans, de 1965 à 1997.Face à la résistance des partisans de Lumumba soutenus par l’URSS, la CIA prend contact et soutient des personnes planifiant de l’assassiner. Après une première tentative ratée d’empoisonnement, elle informe les troupes congolaises de sa localisation. Lumumba est capturé le 2 décembre 1960 puis assassiné le 17 janvier 1961.

Dans le chaos de la quasi-guerre civile de 1960, le Premier ministre congolais Patrice Lumumba fut arrêté le 2 décembre 1960. Accompagné de deux de ses partisans, Maurice Mpolo et Joseph Okito, il faut transporté par avion le 17 janvier 1961 à Élisabethville, dans la région du Katanga, et livrés aux autorités locales. Lumumba, Mpolo et Okito furent conduits sous escorte militaire dans une petite maison, où ils furent ligotés et humiliés par des responsables katangais et des Belges, avant d’être fusillés le soir même, par des soldats sous le commandement d’un officier belge. En 2003, un documentaire télévisé diffusé sur la chaîne Arte et intitulé « CIA guerres secrètes » expliqua que Mobutu aurait fait dissoudre le corps de son rival dans l’acide, après l’avoir fait assassiner13. Il est en outre acquis que les États-Unis avaient tenté de faire assassiner Lumumba, mais le plan avait échoué ; l’opération avait été ordonnée par Allen Dulles, qui aurait « mal interprété » la volonté du président Dwight Eisenhower (source ici )

 

  • == LA RÉPUBLIQUE DOMINICAINE EN 1961 == La CIA a reconnu avoir aidé l’assassin du dictateur Rafael Trujillo, notamment en fournissant des armes.

 

  • == LA RÉPUBLIQUE DU SUD-VIETNAM EN 1963 == La CIA aida des généraux pour assassiner le président Ngo Dinh Diem. Selon un document du Pentagone, « A partir d’août 1963, nous avons tour à tour autorisé, sanctionné et encouragé l’effort des généraux vietnamiens pour organiser un coup d’État. (…) Nous avons maintenu un contact clandestin avec eux au cours de la planification et de l’exécution du coup d’État, cherché à réviser leur plan opérationnel, et proposé un nouveau gouvernement. »

Saïgon, 2 novembre 1963 – Le 2 novembre 1963 au matin, le président Diem et son jeune frère – et conseiller – Ngô Dình Nhu, furent arrêtés et assassinés par l’armée de la République du Viêt Nam après la prise du Palais Gia Long à Saïgon. Cette fin sanglante de Jean-Baptiste Ngô Dình Diệm – alors président en exercice de la République du Việt Nam (Sud) -, marqua la victoire du coup d’État organisé par la CIA et mené par le général Dương Văn Minh.

 

  • == LE BRÉSIL EN 1964 == Les États-Unis soutinrent le coup d’État du général Humberto Castello Branco. Là encore, la CIA poussa à des manifestations contre le gouvernement, et fournirent notamment de l’essence et des armes « non originaires des États-Unis » aux partisans des militaires, qui dirigèrent ensuite le pays d’une main de fer jusqu’en 1985.

Le coup d’État (« Golpe »)  de 1964 est à l’origine de l’une des plus sombres périodes de l’histoire du Brésil moderne. Son but était d’obtenir le départ d’un président, João Goulart dit « Jango », que l’armée, mais aussi une partie du monde économique, de l’église et du parlement considéraient comme l’instigateur d’un basculement possible du Brésil dans le communisme. C’est à partir de ce coup d’Etat – soutenu et préparé par la CIA – que les militaires brésiliens se sont installés au pouvoir pour 21 ans…

 

  • == LE CHILI EN 1973 == L’élection du socialiste Salvador Allende à la présidence de la république du Chili en 1970 prit le gouvernement des États-Unis par surprise, les services diplomatiques ayant en effet prévu une victoire de son concurrent Alessandri. En conséquence de cette fausse estimation, les États-Unis n’avaient engagé des fonds que dans une mesure beaucoup plus faible qu’à l’élection de 1964. Les États-Unis s’étaient refusés à soutenir Alessandri, se contentant de quelques campagnes contre Allende et non en faveur du candidat conservateur.Apprenant le résultat, le président Richard Nixon, « hors de lui », se décida à agir. D’après une note interne de la CIA : « Le président [Nixon] a demandé à l’agence [la CIA] d’empêcher Allende d’accéder au pouvoir ou de le destituer et a débloqué à cette fin un budget allant jusqu’à 10 millions de dollars. »De plus, « selon le rapport du Sénat des États-Unis — « Covert action in Chile 1963-1973 » (1975) —, le journal El Mercurio et d’autres grands médias reçurent 1,5 million de dollars de la CIA pour déstabiliser Allende ».

    Deux documents déclassifiés de la CIA montrent qu’en 1970, le président Nixon souhaitait qu’Allende soit renversé, en étranglant l’économie et en déclenchant un coup d’État.Le gouvernement des États-Unis était en effet hostile à l’expropriation de grandes compagnies américaines du cuivre et à ce qu’il considérait être l’instauration d’un deuxième régime marxiste dans sa zone d’influence (avec Cuba). Les États-Unis diminuèrent l’attribution de crédits mais poursuivirent les programmes en cours dont celui de l’armée chilienne (interrompu pendant l’élection) et offrirent par ailleurs des « stages » aux officiers chiliens.Washington jeta par ailleurs de l’huile sur le feu pour encourager une constante instabilité politique et sociale. 

    Selon William Colby, directeur de la CIA de 1973 à 1976, un vaste programme fut lancé avec pour mission de déstabiliser le régime chilien afin « d’alimenter un climat propice au coup d’État », affirmant que 7 millions de dollars avaient été dépensés par la centrale dans ce but. Le mouvement de la grève des camionneurs qui paralyse le pays en octobre 1972 était soutenu financièrement par la centrale de renseignement américaine. Réagissant aux nationalisations effectuées par le gouvernement d’Allende, plusieurs firmes américaines dont ITT ou Anaconda Copper apportèrent leur concours à cette stratégie

Santiago-du-Chili, 11 septembre 1973 – Ces quatre photos ont fait le tour du monde. Celle du haut montre le palais présidentiel de la Moneda encerclé par les tirs des soldats de l’armée chilienne postés sur les toits environnants. La deuxième photo montre un bombardement aérien contre la façade de la présidence de la République. La troisième photo est probablement la dernière photo de Salvador Allende vivant. Coiffé d’un casque et entouré de sa garde rapprochée, le premier président socialiste d’Amérique latine démocratiquement élu observe les avions bombardant la Moneda et assiste impuissant à ce déluge de feu qui le vise. La quatrième photo montre les intérieurs dévastés de la présidence de la République, et notamment l’appartement d’Allende occupé par des soldats après le suicide du chef de l’État. / C’est le matin du 11 septembre 1973 que des unités de la marine commencèrent à neutraliser le port de Valparaiso. Peu après, à Santiago-du-Chili, les soldats encerclèrent le palais présidentiel de La Moneda, construit en 1806. Vers midi, l’aviation bombarda le palais et les soldats y pénétrèrent enfin. Après une allocution désespérée à la radio, le président demanda à ses défenseurs de quitter les lieux. Resté seul, il se suicida d’une rafale de mitraillette. Il avait 65 ans. La junte militaire proclama ensuite l’état de siège dans tout le pays et dissout les partis. Dans les jours qui suivirent, 45.000 personnes suspectes de sympathies marxistes furent raflées et concentrées dans le sinistre stade de Santiago. 3000 mille d’entre elles disparurent tragiquement dans les geôles militaires ; beaucoup furent torturées avant d’être exécutées de diverses façons, comme par exemple d’être lâchées du haut d’un avion dans l’océan. 200.000 Chiliens prirent les chemins de l’exil. Ce déchaînement de violence sadique valut, un quart de siècle plus tard, une inculpation de crime contre l’humanité à Augusto Pinochet. Mais pas aux commanditaires américains de toute cette opération, Richard Nixon et Henry Kissinger.

 

Comme déjà dit, le décompte précédent  n’intègre donc pas les cas, très nombreux par ailleurs, où le rôle de la CIA est seulement suspecté dans un coup d’État réussi ou raté, sans que les autorités de Washington l’aient jusqu’à présent reconnu.

On pense notamment à l’intervention « présumée » de la CIA :

  • en Albanie (1949-1953),
  • au Tibet (1951–56),
  • en  Syrie (depuis 1956 : la notice wikipedia en anglais (non traduite en français…) sur les activités de la CIA en Syrie est impressionnante),
  • en Indonésie (1957–58),
  • à Cuba (de 1959 à 2000, de multiples tentatives d’assassinat contre Fidel Castro),
  • au Cambodge (coup d’État raté contre le prince Sihanouk en 1959),
  • à Cuba de nouveau (en 1961, le débarquement raté de la Baie des cochons),
  • en Bolivie (coup d’État en 1964),
  • au Ghana (coup d’État en 1966),
  • au Cambodge de nouveau (coup d’État de Lon Nol réussi en 1970),
  • en Bolivie de nouveau ( coup d’État en 1971),
  • en Afghanistan (Opération Cyclone à partir de 1979),
  • au Nicaragua (Contras à partir de 1981),
  • au Tchad (1982),
  • en Haïti (1991),
  • en Irak (tentative de coup d’État en 1996),
  • en Afghanistan (intervention en 2001),
  • au Venezuela (tentative de coup d’État ratée contre Hugo Chavez en avril 2002), 
  • en Haïti de nouveau (2004),
  • en Libye (guerre civile de 2011),
  • en Syrie (depuis 2011),
  • en Ukraine (2014),
  • et très récemment en Tunisie, en Égypte, en Turquie, etc.

 

Avec un tel déluge d’interventions prouvées ou présumées des États-Unis tous azimuts contre la liberté des peuples et des nations depuis des décennies, il est proprement sidérant que des grands médias ou des officines comme « Conspiracy watch » aient encore le culot de brocarder un dirigeant politique émettant l’hypothèse que Washington fasse au Venezuela ce qu’il a fait dans le monde entier – et y compris au Venezuela ! – depuis tant d’années.

Je suis d’ailleurs bien placé pour savoir à quel point les grands médias français sont devenus des instruments de basse propagande atlantiste, puisque j’ai été moi-même l’objet d’attaques incessantes, pendant l’élection présidentielle, sur mon supposé « conspirationnisme » alors que je ne faisais que dire la vérité historique, parfaitement documentée, sur l’implication étroite de Washington dans la prétendue « construction européenne » depuis la fin des années 40.

 

 

Conclusion : même les euro-atlantistes n’échappent pas à la chasse aux sorcières !

Le plus tragi-comique de cette misérable anecdote, c’est que Claude Goasguen se fait ranger parmi les « conspirationnistes » alors qu’il est pourtant… l’un des parlementaires les plus atlantistes qui soient !

Venu de l’extrême droite (des mouvements Occident puis Ordre nouveau), il rejoignit ensuite les Républicains indépendants de Valéry Giscard d’Estaing, puis l’UDF de son ami Alain Madelin. De 1986 à 1988, il fut conseiller technique auprès du ministre de l’Éducation nationale, René Monory, avant de devenir secrétaire général de l’UDF et de Force démocrate de 1996 à 1998. Il rejoignit alors Démocratie libérale, lors de sa scission de la « Nouvelle UDF » présidée par François Bayrou, et en fut vice-président et porte-parole entre 1998 et 2002, jusqu’à son ralliement à l’UMP.

Devenu ministre de la Réforme de l’État, de la Décentralisation et de la Citoyenneté dans le premier gouvernement d’Alain Juppé en 1995, Claude Goasguen se déclare de nos jours en faveur d’une droite « décomplexée » prônant le libéralisme économique et, précisément, l’atlantisme.

Dans le domaine international, il est d’ailleurs membre du groupe d’amitié France-États-Unis à l’Assemblée nationale, et il préside le groupe parlementaire d’amitié France-Israël depuis octobre 2007, manifestant régulièrement son soutien à l’État d’Israël et à la politique de ses dirigeants.

Du reste, et comme le souligne sa notice wikipedia, lorsqu’il militait dans le groupe d’extrême droite Occident, Claude Goasguen faisait partie de la frange la plus américanophile de cette organisation, qui avait, à l’époque, témoigné une bienveillance à l’égard de la prise de pouvoir du général Pinochet au Chili, avec le soutien de la CIA.

Plus fort encore : cette même notice wikipedia – déjà mise à jour de ses dernières déclarations d’hier sur l’implication probable de la CIA dans la crise au Venezuela – précise que, « selon Le Figaro, il ne s’agit pas pour lui de condamner l’ingérence des États-Unis mais au contraire de regretter que l’Union européenne n’adopte pas une posture aussi offensive… »

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Qu’après avoir donné tant et tant de gages à Washington et aux forces euro-atlantiste, sa déclaration sur le rôle probable de la CIA au Venezuela vaille à Claude Goasguen d’être instantanément relégué parmi les « conspirationnistes » traqués par l’Inquisition néo-conservatrice, voilà qui en dit long sur ce qu’est devenue la liberté de penser et de s’exprimer sans crainte dans la patrie de Voltaire et de Montesquieu.

Ce que nous confirme aussi cette péripétie, c’est que les chasses aux sorcières finissent toujours par tourner à la folie et par dévorer leurs propres enfants.

François ASSELINEAU

8 août 2017