Il y a 75 ans, l’appel du 18 juin 1940

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charles de gaulle appel du 18 juin 1940

Le 17 juin 1940, le général de Gaulle prit l’avion que lui avait laissé Churchill et quitta Bordeaux pour rallier l’Angleterre, en compagnie du général Edward Spears, agent de liaison personnel du Premier ministre britannique auprès du gouvernement français.

Edward Spears a témoigné de ces moments historiques :

« Le jour même de notre arrivée à Londres, je conduisis de Gaulle chez Churchill, au numéro 10 Downing Street. Une des premières choses qu’il lui demanda fut l’autorisation de parler à la France par la BBC, ce que le Premier ministre lui accorda sans un instant d’hésitation. Churchill obéit sans doute à l’impulsion généreuse de donner satisfaction à ce Français, fugitif et solitaire, qui demeurait fidèle à notre cause, mais il pensa aussi certainement que le simple fait d’une voix française, éloquente, appelant à la résistance, pouvait éveiller des échos inattendus. »

Contrairement à une idée répandue, le général de Gaulle a bien enregistré à la BBC son Appel aux Français, le 18 juin vers 18 heures, sans doute sur un disque de cire. L’allocution n’a en effet été diffusée qu’à 22 heures le 18 juin et rediffusée plusieurs fois le lendemain. Malheureusement, le disque n’a pas été conservé.

Les versions de l’Appel du 18 juin 1940

En fait, il existe plusieurs sources disponibles et donc plusieurs versions de l’appel du 18 juin 1940.

La famille De Gaulle conserve les quatre feuillets du manuscrit original, de la main même du Général et authentifié par lui dans un coin du quatrième feuillet. (http://www.charles-de-gaulle.org/pages/l-homme/dossiers-thematiques/1940-1944-la-seconde-guerre-mondiale/l-appel-du-18-juin/documents/manuscrit-de-l-appel.php).

Ce manuscrit est très raturé et amendé, ce qui témoigne de la nervosité et des hésitations de son auteur alors que les événements sont en cours. Il a sans doute été rédigé le matin même du 18 juin, puis dactylographié par Élisabeth de Miribel afin de transmettre le texte au cabinet de guerre britannique.

Le texte officiel, qui diffère du manuscrit sur un point, est celui qui figure dans le tome premier, « L’Appel », des Mémoires de Guerre de Charles de Gaulle, publié en 1954, quatorze ans après la radiodiffusion de l’Appel.

Il s’ouvre ainsi :
« Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s’est mis en rapport avec l’ennemi pour cesser le combat. »

C’est la version dont la presse britannique publia la traduction le 19 juin, à la demande du général de Gaulle, et qui fut diffusée par le bureau londonien de l’agence Havas et dans le Bulletin officiel des Forces françaises libres en août 1940.

Cependant, dans le quotidien marseillais « Le Petit Provençal » du même 19 juin, le discours, tel qu’il a été « communiqué » par la BBC, débute autrement :

« Le gouvernement français a demandé à l’ennemi à quelles conditions pourrait cesser le combat. Il a déclaré que si ces conditions étaient contraires à l’honneur, à la dignité, à l’indépendance de la France, la lutte devrait continuer. »

Il y a quelques années, a été retrouvé un document d’époque des services d’écoute de l’armée suisse, qui retranscrivaient à Berne les émissions radio étrangères, dont la BBC. Nous avons maintenant la confirmation que l’Appel réellement diffusé présente quelques différences avec le texte officiel.

Probablement à la demande du cabinet de guerre britannique, notamment Lord Halifax et les anciens « Munichois » qui voulaient encore ménager le gouvernement Pétain et attendre de voir s’il allait effectivement signer l’Armistice, de Gaulle amenda l’introduction de son texte dans un sens plus mesuré à l’égard du gouvernement de Pétain, en paraissant lui accorder le bénéfice du doute.

Mais, même ainsi adouci, l’Appel du 18 juin fut un geste décisif et inaugural à plusieurs titres : il demeure à la fois le premier refus public de l’armistice, le premier appel public à la résistance française et la première intervention médiatique d’éclat du général de Gaulle – la première d’une longue série.

L’Appel du 18 juin plaça d’emblée l’enjeu de « la bataille de France » (il reprendra l’expression le 6 juin 1944) dans la perspective d’une guerre mondiale et durable.

Là où Pétain, dans son discours du 17 juin, déclarait piteusement que « c’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat », de Gaulle affirme exactement le contraire.

Il prend la hauteur de vue de l’homme d’État.

Il élargit la vision des événements dans l’espace (en évoquant l’empire français, l’empire britannique et les États-Unis) et dans le temps (il proclame que rien n’est fini, que ce n’est qu’un commencement).

« À quarante-neuf ans, écrira-t-il dans ses Mémoires de guerre, j’entrais dans l’aventure comme un homme que le destin jetait en dehors de toutes les séries. »

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