Pour résoudre la crise des gilets jaunes, Macron annonce des mesures économiques et un débat sur l’immigration qui ne sont que de la poudre de Perlimpinpin !

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Emmanuel Macron a donné son allocution lors du journal de 20 h du lundi 10 décembre 2018. L’exercice espérait résoudre définitivement la crise des Gilets jaunes après une suspension, puis une annulation des futures hausses de taxes sur les carburants qui n’avait pas suffi à résorber la colère qui gronde au sein du peuple français.

Emmanuel Macron était dans son exercice favori : la communication. Une communication préparée de A à Z et aidée par la lecture de son prompteur. Il faut dire que les communicants lui conseillent de ne pas improviser, car l’on ne compte plus ses bourdes de communication.

Qu’a dit Macron ce soir-là ?

Dans un premier temps, il a condamné la violence, dans un exercice des plus convenu. Puis il a annoncé pompeusement un « état d’urgence économique et social », qu’il a illustré de mesures économiques sur lesquelles il est resté volontairement flou. Enfin, il a terminé par un long tunnel de banalités et de vœux pieux, sans aucune proposition concrète. C’est sur ces mesures économiques et ces vœux pieux que nous allons revenir.

Les quatre mesures

Pour résoudre l’« état d’urgence économique et social », il a annoncé quatre mesures dont trois sur lesquelles il est volontairement resté flou afin d’embobiner tout le monde. Le tweet du gouvernement (ci-dessous) s’est chargé par ailleurs de cultiver l’ambiguïté. Reprenons par conséquent ces quatre mesures une par une.

 1- Une hausse de 100 euros du SMIC ?

C’est la communication qu’a voulu faire passer Emmanuel Macron en gardant l’ambiguïté.

En réalité, il ne parle pas d’une augmentation de 100 euros du SMIC. Il dit uniquement que le salaire d’un salarié au SMIC augmentera de 100 euros par mois.

Dans le détail, c’est essentiellement un effet d’annonce. Le SMIC en tant que tel n’augmentera pas plus que le minimum légal, c’est-à-dire au niveau de l’inflation. Nous restons bien sur un gel du SMIC comme le demandent les « grandes orientations des politiques économiques » (GOPÉ) fixées par la Commission européenne . L’augmentation était déjà prévue, et le SMIC augmentera de 25 euros par mois (passant de 1 185 euros nets à 1 210 euros nets) en 2019.

Pour augmenter le revenu des smicards de 100 euros, cela ne va pas passer par une vraie hausse du SMIC mais par une augmentation de la prime d’activité qui ne donne aucun droit à la retraite ni à l’assurance-chômage puisqu’il n’y a aucune cotisation sociale. Ajoutons à cela qu’elle est perçue sous condition et sur demande et que tous les smicards ne la recevront pas !

Cette fausse hausse du SMIC a été décryptée en profondeur dans un article précédent publié sur notre site.

Pire, cette fausse hausse du SMIC pourrait être retardée à juin 2019 au lieu de janvier car les services de Bercy ne seraient pas prêts. Ce serait alors une pantalonnade !

Quand Emmanuel Macron déclare que le salaire d’un salarié au SMIC augmentera au total de 100 euros par mois en 2019, on est donc très, très proche de la fausse information.

 

→ 2- Défiscalisation des heures supplémentaires ?

C’est la seule mesure où il n’y a pas d’ambiguïté. Il rétablit la mesure qu’avait mise en place Nicolas Sarkozy et qui avait été supprimée sous François Hollande.

L’absence de fiscalité et de charges sur les heures supplémentaires en 2019 est indéniablement intéressante pour les salariés qui en bénéficient.

Cependant :

  • Cette mesure n’existera vraisemblablement qu’en 2019 : elle ne règle pas dans la durée le problème de pouvoir d’achat des salariés qui en bénéficient, et ne règle rien du tout pour ceux qui n’en bénéficient pas ;
  • Cette mesure est financée par la collectivité : le budget de l’État subira un manque à gagner du fait de la défiscalisation, de même que le budget de la sécurité sociale dont les recettes vont diminuer à cause de la suppression des cotisations sociales.

Or, ce n’est pas à la collectivité de supporter financièrement le fait que le travail paye : c’est aux entreprises, donc aux actionnaires, de le faire. Il faut rappeler ici que la part de la valeur ajoutée produite dans les entreprises et redistribuée aux salariés s’est effondrée ces 10 dernières années, quand celle des actionnaires s’envolait. La France est ainsi devenue la « championne du monde de distribution de dividendes ».

  • Lorsqu’elle était en œuvre, cette mesure a coûté la somme rondelette de 4,5 milliards d’euros par an. Or, un rapport bipartisan UMP-PS avait montré que le gain en PIB n’avait été que de 2,7 milliards d’euros (donc inférieur au coût). En outre, celle-ci comporte un risque réel de destruction d’emplois.

Il est à ce titre assez amusant de ressortir les tweets de Christophe Castaner lorsqu’il était au Parti socialiste…

 

 3- Suppression de la hausse de la CSG subie par les retraités gagnant moins de 2 000 euros mois ?

Macron a annoncé la mesure suivante pour les retraités modestes :

Comme d’habitude, Macron a pratiqué ce que l’on appelle en peinture l’art du « sfumato », c’est-à-dire l’art de plonger le sujet du tableau dans une clarté nébuleuse et floue. Macron a voulu faire croire que les personnes ayant une retraite comprise entre 1 200 et 2 000 euros bénéficieraient de cette mesure. Or, il s’agit des revenus totaux et non des seuls revenus de retraite.

Cela change tout pour les retraités de la classe moyenne. Par exemple, un retraité seul gagnant 1 500 euros de retraite et ayant un revenu foncier (de type loyer) de 520 euros ne sera donc pas concerné par cette annulation de la hausse. Tous les revenus du patrimoine sont à intégrer et non pas la seule retraite.

Ce que n’a pas non plus précisé Macron, c’est que le plafond est nettement plus bas pour les couples puisqu’il sera de 2 750 euros. En clair, deux retraités ayant plus de 1 375 euros de revenus chacun continueront de subir la hausse de la CSG.

Rappelons enfin :

  • qu’il s’agit simplement de l’annulation d’une hausse qui a eu lieu sous le quinquennat de Macron ; ce n’est donc pas une baisse dans l’absolu.
  • que cette mesure s’appliquera en 2019. Cela veut dire que la hausse de la CSG pourra être rétablie en 2020 sur ces tranches de revenu.

 

 4- Prime de fin d’année défiscalisée ?

La prime de Noël est la seule mesure annoncée par Macron qui met à contribution les entreprises, si toutefois elles le veulent bien. En revanche, le budget de l’État et celui de la sécurité sociale sont, eux, une fois encore pénalisés puisqu’il n’y aura ni impôt ni cotisations sociales dessus.

Nombre d’entreprises, notamment des PME et des artisans ne vont rien verser à leurs salariés compte tenu de l’environnement économique déprimé dans lequel nous jette notre appartenance à l’Union européenne et à l’euro. Les fonctionnaires n’auront rien non plus.  Nombre de « Gilets jaunes » ne vont donc pas voir la couleur de cette prime.

En revanche, plusieurs grands groupes comme Total, ou les entreprises du luxe LVMH et Kering ont annoncé des primes allant de 1 000 à 1 500 euros. Il n’est pas certain que les « Gilets jaunes » aient manifesté pour ce résultat-là, surtout quand on compare ces 1 000 ou 1 500 euros nets à l’augmentation de 21 à 25 euros nets par mois du SMIC qui surviendra le 1er janvier 2019.

En outre, dans ces grands groupes, la tentation sera grande de moins augmenter, par la suite, les salaires qui comprennent les cotisations sociales. Ce qui contribuera encore à siphonner les caisses de la sécurité sociale.

Que l’État en soit réduit à formuler des incantations vis-à-vis de quelques grands groupes industriels pour qu’ils veuillent bien desserrer un peu les cordons de la bourse en dit long sur l’inversion complète du rapport de force entre le politique et l’économique, par rapport à ce qu’il devrait être.

En résumé, la « prime de Noël » qui sera sans doute peu suivie d’effet dans les PME/TPE, qui n’en ont pas les moyens, risque de créer des effets pervers dans les grands groupes. Elle va aussi alimenter inévitablement le sentiment d’inégalité entre les salariés des grands groupes et ceux des petites entreprises.

 

L’ambiguïté demeure enfin sur la pérennité de ces mesures. Pour ce qui est des heures supplémentaires défiscalisées, de la prime de fin d’année défiscalisée ou de l’annulation de la hausse de CSG, il est indiqué « en 2019 » et non pas « dès 2019 » sur le site officiel de l’Élysée. La formulation laisse ainsi planer le doute : ces mesures seront-elles reconduites en 2020, 2021 et 2022 ?

 

Un tunnel de vœux pieux !

Passons maintenant à la suite de son allocution et au long tunnel truffé de vœux pieux ! Deux ont particulièrement retenu mon attention. Il s’agit presque d’un sketch tant les actes et les engagements d’Emmanuel Macron vont à l’opposé de ce qu’il énonce !

 1- Le gouvernement et le Parlement devront aller plus loin pour mettre fin aux avantages indus et aux évasions fiscales

 

On se pince pour le croire. Rappelons en effet que, dans le cadre de l’UE, que chérit tant Emmanuel Macron, il est interdit à la France de contrôler les mouvements de capitaux (article 63 du TFUE). Dans l’UE, on ne peut donc pas lutter sérieusement contre la fraude et l’évasion fiscales, qui nous coûtent 100 milliards d’euros par an. Cela représente plus que ce que rapporte l’impôt sur le revenu.

Macron se moque du monde, et cela d’autant plus que, dans le même temps, il a transformé définitivement le CICE en allègement de charges pour les entreprises, ce qui coûtera 40 milliards d’euros en 2019, puis 20 milliards d’euros ensuite chaque année . C’est d’autant plus absurde que le CICE n’a eu aucun effet positif sur l’emploi, malgré la promesse de Pierre Gattaz de créer un million d’emplois, comme nous l’avions annoncé dès le début ! Les premiers bénéficiaires du CICE sont Carrefour et La Poste, qui ne sont pas exposés à la concurrence internationale. La logique aurait été d’accorder ces allègements uniquement aux entreprises agricoles ou industrielles exposées à la concurrence internationale, mais ceci est bien entendu interdit par Bruxelles au nom de la sacro-sainte concurrence !

Pour ce qui est des dirigeants des grandes entreprises, l’insulte à l’intelligence du peuple français est d’autant plus forte que, quelques heures avant l’allocution, l’allègement de  l’exit tax voulu par Emmanuel Macron a été entériné par le Sénat. Concrètement, vous pouvez désormais vous exiler à l’étranger et ne plus être surtaxé sur les ventes des actions de votre entreprise. C’est un énième appel à l’évasion fiscale !

 

 2- Le lancement d’un grand débat sur l’immigration et l’identité nationale

Entre cette annonce et les heures supplémentaires, on voit bien l’influence de Nicolas Sarkozy, qui a été reçu à déjeuner par Emmanuel Macron le vendredi 7 décembre 2018, trois jours avant la grand-messe médiatique de ce dernier à 20h sur TF1. Ce qui ressort, avec le recul, c’est que l’ancien locataire de l’Élysée est parvenu à faire repasser, par Macron interposé, deux des mesures de son quinquennat : la défiscalisation des heures supplémentaires et un grand débat sur l’immigration et l’identité nationale.

Les Français se souviennent en particulier du « ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale » créé par Sarkozy en mai 2007 et qu’avaient occupé Brice Hortefeux puis l’ancien socialiste Éric Besson, avant sa dissolution en novembre 2010. Notons qu’Emmanuel Macron apparaît au passage comme un apprenti sans pensée personnelle et particulièrement influençable, et comme un simple avatar de l’« ancien monde ».

On se demande d’ailleurs encore maintenant quels ont été les accomplissements et le résultat de ce ministère…

 

  • D’autre part, Macron a lancé cette idée dans son style pédant et ampoulé habituel le jour même où il faisait signer au nom de la France le « Pacte de Marrakech » de l’ONU par Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État pratiquement inconnu des Français, envoyé au Maroc spécialement pour l’occasion :

« Je veux aussi que nous mettions d’accord la nation avec elle-même sur ce qu’est son identité profonde, que nous abordions la question de l’immigration. Il nous faut l’affronter. Ces changements de fond qui demandent une réflexion profonde et partagée imposent un débat sans précédent. Il devra se dérouler au niveau national, dans nos institutions, chacun y aura sa part : gouvernement assemblée, partenaires sociaux et associatifs ; vous y aurez votre part ; je veux en assurer moi-même la coordination, en recevoir les avis prendre ainsi le pouls vivant de notre pays. Mais un tel débat n’est pas seulement affaire de représentants institutionnels, il doit se dérouler aussi partout sur le terrain. Et il est des interlocuteurs naturels des citoyens qui doivent en recevoir les demandes et s’en faire les relais : ce sont les maires. Ils portent la République sur le terrain. C’est pourquoi je rencontrerai moi-même les maires de France, région par région pour bâtir le socle de notre nouveau contrat pour la nation. »

Rappelons que le « Pacte de Marrakech » vise rien moins qu’à organiser continuellement des migrations « ordonnées et régulières » d’un bout à l’autre de la planète. François Asselineau a déjà eu l’occasion de s’exprimer sur ce sujet par un communiqué et une vidéo qui a franchi les 450 000 vues après seulement 12 jours de diffusion. Notre position vient d’ailleurs d’être rejointe par un ancien ministre de la Défense, dix généraux, un amiral et un colonel qui accusent Macron de « trahison » dans une tribune.

 

Conclusion

En conclusion, comme souvent avec Emmanuel Macron, il y a beaucoup de communication et peu de concret. Il pense amadouer les Gilets jaunes avec ces mesures.

Certaines personnes lucides ont vu l’entourloupe et senti la poudre de perlimpinpin. D’autres y ont sans doute cru, mais que se passera-t-il quand elles verront qu’elles n’ont droit à rien ou que les hausses sont moindres que ce que la communication d’Emmanuel Macron laissait penser ? Il semble qu’il ait tout au plus gagné un peu de temps, appuyé massivement en cela par les grands médias qui demandent aux Gilets jaunes de rentrer chez eux.

À cet égard, il faudra aussi voir quelle sera la réaction de Bruxelles puisque ces mesures sont entièrement supportées par le contribuable et pour le moment non financées. Ces annonces coûteront entre 8 et 10 milliards d’euros, ce qui fera sortir la France des 3 % de déficit autorisé depuis le traité de Maastricht. L’UE réexaminera avec attention le budget 2019 de la France au printemps de l’année prochaine. Il n’est pas du tout exclu que l’UE demande des corrections à la France comme elle le fait actuellement avec l’Italie.

 

À l’UPR, nous ne sommes pas dupes de ces mesures et de leur faible portée. Aucun changement significatif de la politique économique et sociale n’est possible sans le Frexit, que nous réclamons depuis plus de onze ans. Nous continuons également à soutenir les Gilets jaunes et à demander la destitution du président de la République par l’article 68 de la Constitution .

Charles-Henri Gallois

relu par François Xavier et par François Asselineau

16 décembre 2018

 

 

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