Le graphique qui affole les européistes : « Target 2 », le retour !

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Cela fait maintenant plusieurs mois que l’on ne parle plus beaucoup de l’euro dans les grands médias nationaux et européistes. Bercée d’illusions, l’opinion publique est ainsi implicitement conduite à croire que les crises grecque et chypriote auraient été surmontées. Et cela grâce à des politiques de rigueur dans les pays concernés, sur les conséquences sociales desquelles les mêmes médias restent également très discrets.

Bref, on fait croire au peuple français que la crise de l’euro serait derrière nous, que tout est bien qui finit bien, et que ceux qui voudraient encore faire sortir la France de la monnaie européenne seraient des fous ou des irresponsables.

LE FN ET DLF NE PARLENT PLUS DE L’EURO…

Les yeux rivés sur les sondages, les partis populistes – qui surfent sur le mécontentement des Français sans aucune cohérence intellectuelle, aucune compétence technique et aucun scrupule moral – ont bien entendu délaissé le sujet de l’euro dès lors qu’il ne faisait plus la Une de l’actualité. Ils se sont précipités sur d’autres jugés plus « porteurs du point de vue marketing ».

Mme Le Pen et le FN d’un côté, M. Dupont-Aignan et DLF de l’autre, – qui ont beaucoup tapé sur l’euro sans jamais proposer d’en sortir – ont ainsi mis de côté l’euro, pour essayer de capter des électeurs en tapant cette fois-ci sur les migrants à Calais.

Dans un élan de franchise inhabituelle, l’héritière de la SARL LE PEN a même confirmé, au 20 h de TF1 le 8 février dernier, qu’elle n’avait « jamais » envisagé de sortir de l’euro, mais seulement « d’entrer en négociation avec l’Union européenne »…

Extraits :
– Question du journaliste : « Que feriez-vous concernant l’euro ? Jusqu’à il y a peu, vous disiez : ‘‘le préambule à toute action efficace c’est de sortir immédiatement la France de l’euro. Vous avez changé d’avis en disant que vous feriez, que vous organiseriez un référendum au bout de quelques mois. Où en êtes-vous ? Allons-nous si vous êtes présidente de la République sortir in petto de l’euro ?»

– Mme Le Pen : « Il n’a jamais été question de cela Monsieur, jamais… »

– Journaliste : « ah si… si… »

– Mme Le Pen : « Jamais. Il y a plus de quatre ans, dans mon projet présidentiel d’ailleurs, que j’ai indiqué de la manière la plus claire qui soit que j’entrerai en négociation avec l’Union européenne…. »

Naturellement, le téléspectateur curieux en sera pour ses frais car, dans la suite de l’entretien, Mme Le Pen ne dit pas un mot de la façon dont elle « renégociera l’euro » tout en y restant, ni ce qu’elle obtiendra concrètement de la part des autres États membres dans des négociations qui ne peuvent se conclure qu’à l’unanimité…

Source : http://lci.tf1.fr/jt-20h/videos/2016/le-20-heures-du-8-fevrier-2016-8712999.html, à partir de 24’03’’

« TARGET 2 », LE RETOUR

Seulement voilà : que cela fasse ou non la Une des journaux et des grands médias, que les sondages indiquent que les Français désinformés souhaitent ou non rester dans l’euro, et que la très incompétente et manipulatrice Mme Le Pen nous assure qu’elle va rester dans l’euro tout en le « renégociant », tout cela ne change rien au fait que la vérité reste la vérité.

Or la vérité, c’est que la crise de l’euro ne cesse d’enfler dans les coulisses.

C’est ce que nous confirme Vincent Brousseau (ancien membre de la BCE et responsable National de l’UPR en charge de l’euro et des questions monétaires), qui vient de me transmettre un graphique fascinant, que je joins à cet article. Ce graphique est en train de mettre en émoi les cercles dirigeants allemands et, au-delà, tous les cercles dirigeants européistes.

De quoi s’agit-il ? Il s’agit de l’évolution du solde de la balance des paiements de l’Allemagne avec les autres États membres de la zone euro.

Je rappelle ici que la connaissance de la balance des paiements courants intra-zone euro est disponible via le système de transfert des fonds entre pays de la zone euro connu sous le nom de « Target 2 ».

Je rappelle que l’UPR a déjà expliqué plusieurs fois en quoi il consiste et j’invite les lecteurs qui souhaitent découvrir ce dont il s’agit, ou se rafraîchir la mémoire, à consulter notamment :

a) l’article en ligne sur notre site, intitulé « Ce que doit à ses consœurs une banque centrale qui quitte l’euro : La prime de sortie – Vincent Brousseau – 19 août 2015 » https://www.upr.fr/…/ce-que-doit-a-ses-consoeurs-une-banque-…

b) la conférence de Vincent Brousseau intitulée « L’euro avant, pendant, après », en particulier à partir de 1 h 36 min 05 secondes.

« DA STIMMT WAS NICHT » = IL Y A QUELQUE CHOSE QUI CLOCHE…

Le graphique que m’a transmis Vincent est tout simplement une actualisation du solde de la balance des paiements de l’Allemagne avec les autres États membres de la zone euro.

Ce graphique (qui tire sa source de la Bundesbank) est extrait d’une publication allemande réservée aux spécialistes et porte un titre tragi-comique « Da stimmt was nicht », ce qui signifie en gros « Il y a quelque chose qui cloche »…

Et pourquoi ce graphique affole-t-il les cercles dirigeants européistes, derrière les portes capitonnées de leurs bureaux ?

Parce qu’il met en évidence que, si la grande crise de l’euro à Chypre et en Grèce pendant les années 2011-2014 a certes été conjurée (la courbe noire est beaucoup redescendue de 2011 à 2014 , le rythme de croissance de l’excédent de la balances de paiements de l’Allemagne sur les autres États de l’UE ne s’est en fait jamais cassé.

Depuis 2015, l’excédent de la balance des paiements courants allemands sur les autres pays de la zone euro a ainsi repris sa course folle. Il continue – inexorablement – à s’accroître de la somme colossale d’un peu moins de 100 milliards par an. C’est ce que montre la courbe orange de ce graphique.

La conséquence en est notamment que les pays du sud continuent inexorablement à se vider de leur substance et que la Banque centrale allemande continue tout aussi inexorablement à engranger des créances douteuses sur les banques centrales des pays du sud. Avec le risque de plus en plus massif de dégrader définitivement la solidité du bilan de la Bundesbank, ce qui tétanise toute la classe politique et financière d’outre-Rhin.

Ainsi, les efforts immenses qui ont été consacrés – non seulement par les peuples grecs et chypriote mais aussi par les autres peuples de la zone euro qui ont injecté des milliards d’euros et qui ont accepté des « quantitative easings » et prises de garantie complètement déraisonnables –, eh bien tous ces efforts n’auront servi qu’à reculer l’inéluctable que de 2 ans.

Maintenant que le moment de panique est passé, la courbe a renoué avec ses « fondamentaux », de sorte que nous nous rapprochons de nouveaux sommets, sans cette fois que le facteur panique n’entre en jeu.

CONCLUSION

Je cite souvent cette phrase tirée du théâtre grec antique d’Euripide, qui nous enseigne depuis 2 500 ans que « le temps révèle tout: c’est un bavard qui parle sans être interrogé. » Cette belle et fatidique maxime est ici plus criante de vérité que jamais.

Car ce que révèle le temps, c’est que la vérité n’est pas que la crise de l’euro est derrière nous. La vérité, ce n’est pas non plus la manipulation éhontée de ceux qui, comme Mme Le Pen, prétendent rester dans l’euro tout en « renégociant » (quoi d’ailleurs ?).

La vérité, c’est ce que les analyses de l’UPR (de Vincent Brousseau, de Charles-Henri Gallois et les miennes notamment) exposent à nos concitoyens depuis des années, et contre vents et marées.

La vérité, c’est que l’euro n’est pas viable par nature, puisqu’il prétend ligoter des peuples différents par une seule et même monnaie. Et que toute l’histoire monétaire de l’humanité a toujours prouvé que c’était impossible.

Je suggère à ceux qui en doutent de visionner – ou de revisionner ma conférence « LA TRAGÉDIE DE L’EURO», enregistrée il y a bientôt 4 ans. Ils pourront constater que les données les plus récentes confirment en tout point mes analyses. Une tragédie bien digne d’Euripide…

François ASSELINEAU