Non soumise aux contraintes de l’UE et de l’euro, LA SUISSE AUTORISE LA CRÉATION DU SMIC LE PLUS ÉLEVÉ DU MONDE.

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INTRODUCTION : selon le dogme européiste, la France est « trop petite pour…».

La Suisse – qui n’est ni dans l’UE, ni dans l’euro, ni dans l’Otan, qui n’est pas soumise aux « GOPÉ » et qui pratique fréquemment les référendums d’initiative populaire (les « votations ») – a non seulement les meilleurs résultats économiques et sociaux d’Europe et du monde, mais vient même de se payer le luxe d’autoriser, au niveau cantonal, la création du SMIC le plus élevé de la planète.

Voici encore une bien mauvaise nouvelle pour les européistes, avec leurs sempiternelles promesses d’« Europe sociale »…

Comment vont-ils nous expliquer que la petite Suisse peut agir ainsi, alors que leur ritournelle consiste à affirmer aux Français que la France serait « trop petite pour…».

À les entendre, en effet, compte-tenu de la « mondialisation inévitable », la France serait :

  • « trop petite pour » avoir sa propre monnaie,
  • « trop petite pour » avoir une diplomatie indépendante,
  • « trop petite pour » entretenir et moderniser correctement ses armées,
  • « trop petite pour » maintenir toutes les communes rurales qui constituent l’identité même de notre pays,
  • « trop petite pour » avoir une politique industrielle,
  • « trop petite pour » imposer un contrôle des mouvements de capitaux,
  • « trop petite pour » conserver ses services publics,
  • « trop petite pour » préserver les acquis sociaux de ses citoyens,
  • « trop petite pour » pour mener une politique sociale,
  • Etc.

En fait, les européistes s’évertuent, depuis des décennies, à faire entrer dans la tête des Français que la France serait « trop petite pour » tout. Elle ne pourrait continuer d’exister au XXIe siècle qu’à la seule condition de renier tout ce qu’elle est, de brader tout son patrimoine, de démanteler son unité nationale, de fusionner dare-dare avec la Bulgarie et la Croatie, et d’appliquer le « modèle social » allemand consistant à payer les salariés avec des clopinettes.

Avec les réformes « Hartz » I, « Hartz » II, « Hartz » III et « Hartz » IV, imposées aux Allemands par le chancelier « social-démocrate » Schröder au début des années 2003, ce sont désormais 7 millions d’Allemands qui travaillent pour un euro de l’heure (on dit bien 1,00 € de l’heure !) ou pour un « petit boulot » payé 450 euros par mois… Ce sont les statistiques mêmes du ministère du Travail d’outre-Rhin.

C’est ce « modèle allemand » qui fait tant rêver le MEDEF en France.

C’est ce « modèle allemand » que compte imposer aux peuples d’Europe – et notamment au peuple français – l’oligarchie qui dirige les pseudo-démocraties d’Europe, par le truchement des « GOPÉ », ces Grandes Orientations de Politique Économique fixées dictatorialement à chaque État par la Commission européenne.

Comme l’UPR l’a déjà expliqué plusieurs fois – et comme je n’ai cessé de le rappeler pendant la campagne présidentielle – les derniers rapports des « GOPÉ » concernant la France ont – entre autres choses – demandé expressément que « le salaire minimum continue d’évoluer d’une manière propice à la compétitivité et à la création d’emploi », c’est-à-dire, en clair, que la France continue à ne plus le revaloriser et commencer à mettre en œuvre sa suppression.

C’est ce « modèle allemand » que la marionnette Macron est chargée d’imposer aux Français sous l’escroquerie de « France en marche ».

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Seulement voilà : alors que Macron, son majordome Philippe et la boursicoteuse Pénicaud préparent la démolition de notre droit du travail, « l’assouplissement » du SMIC et la promotion des « petits boulots », l’information venue de Suisse devrait donner à réfléchir à nos compatriotes.

 

Pendant que la Commission européenne tente de démolir le SMIC au sein de l’UE, la Suisse en crée un pour la première fois

Chez nos voisins et amis helvètes, pays où la liberté économique et la démocratie de terrain sont deux principes considérés comme intangibles, un salaire minimum horaire va entrer prochainement en vigueur dans un canton, celui de Neuchâtel.

C’est une première dans la Confédération Helvétique et cela va complètement à rebours de la tendance à l’affaiblissement ou à la suppression du SMIC que l’on constate au sein des pays de l’UE.

Cette création a pris, il est vrai, plusieurs années.

Le principe de créer un SMIC dans le Canton de Neuchâtel avait été décidé par les électeurs du canton lors d’une « votation » – un référendum local – en novembre 2011.

Le Grand Conseil neuchâtelois – qui est le parlement cantonal, composé de 115 députés, qui détient l’autorité législative du canton – avait ensuite avalisé cette mesure de politique sociale en mai 2014. Il avait alors fixé que le salaire horaire minimal serait de 20 francs suisses.

 

Le Grand Conseil du canton de Neuchâtel est le parlement du canton de Neuchâtel. Il représente l’autorité législative. Il est composé de 115 députés, élus pour quatre ans selon le système de la représentation proportionnelle au sein des six districts du canton. C’est cette instance qui a adopté le SMIC à 20 francs suisses de l’heure dans le canton, suite à la votation de novembre 2011.

 

Cependant, plusieurs organisations professionnelles avaient fait recours de cette décision devant le Tribunal Fédéral suisse, autorité judiciaire suprême de la Confédération suisse et un peu comparable à notre Conseil constitutionnel.

La même année 2014, « l’Union syndicale suisse » – qui regroupe les syndicats de salariés suisses – avait alors tenté de mettre en place un salaire horaire minimum – de 22 francs suisses – au niveau fédéral cette fois-ci, c’est-à-dire concernant les 26 cantons et non plus seulement celui de Neuchâtel.

Mais les électeurs suisses avaient massivement refusé cette généralisation du SMIC au niveau national, à 76,3%, lors d’une votation organisée la même année.

 

Ce qui vient de se produire, c’est que le Tribunal Fédéral (TF), après avoir pris tout son temps pour examiner ce recours des organisations patronales du canton de Neuchâtel, a finalement décidé de le rejeter, au nom du choix démocratique des électeurs du canton.

Si l’instauration d’un SMIC national a été refusé par le corps électoral helvétique, le Tribunal Fédéral vient en revanche d’admettre la constitutionnalité d’un SMIC au niveau cantonal.

 

Le Tribunal Fédéral suisse siège à Lausanne, dans le canton de Vaud. Le 4 août 2017, il a admis la constitutionnalité d’un SMIC au niveau cantonal, ouvrant ainsi la porte à la création du SMIC le plus élevé du monde dans le canton de Neuchâtel.

 

Dans son arrêt publié vendredi 4 août 2017, le TF a débouté les organisations patronales en estimant que la décision du Grand Conseil neuchâtelois « est conforme avec le principe constitutionnel de la liberté économique et avec le droit fédéral ».

Le TF souligne par ailleurs :

  • qu’un tel salaire minimum est justifié pour « lutter contre le phénomène des travailleurs pauvres » ;
  • qu’il doit permettre aux salariés à plein temps de vivre décemment de leur salaire sans devoir recourir à l’aide sociale ;
  • que la mesure ne doit cependant « pas empiéter sur la liberté économique » ;
  • que le SMIC cantonal doit donc se situer « à un niveau suffisamment bas » ;
  • que le niveau de 20 francs suisses de l’heure, voté par le Grand Conseil neuchâtelois, répond en effet à ce critère, c’est-à-dire qu’il est « suffisamment bas »….

 

À 17,38 € de l’heure, le nouveau SMIC du canton de Neuchâtel est le plus élevé du monde.

En ce mois d’août 2017, le canton de Neuchâtel devient donc le premier de Suisse à introduire une rémunération plancher.

Et quel SMIC !

Dans ce canton de 178.000 habitants, les salariés ne pourront plus être payés moins de 20 francs suisses ( soit l’équivalent de 17,38 € ) de l’heure. ( Des exceptions sont cependant prévues, notamment dans le secteur de l’agriculture et de la viticulture).

Pour une semaine de travail légale fixée à 41 heures, les travailleurs neuchâtelois travaillant à plein temps jouiront donc désormais d’un salaire mensuel de l’ordre de 3.480 francs suisses – soit environ 3040 € brut par mois – contre 1480 euros brut par mois en France (pour une semaine de travail légale de 35 heures).

Bien qu’il ait été jugé « suffisamment bas » par le Tribunal Fédéral suisse, le SMIC neuchâtelois se classe tout simplement au 1er rang mondial.

Sur place, les partisans de la mesure font remarquer que le coût de la vie étant très élevé en Suisse, ce SMIC, bien que très élevé en apparence, permet tout juste de vivre localement sans aides sociales.

Cet aspect est à prendre en compte dans le regard porté sur cette mesure. Rappelons que le SMIC est par définition même, dans tous les pays du monde où il existe, un salaire minimum. Du reste, le SMIC en France est actuellement de 1149,07 € nets pour 35 heures de travail par semaine, ce qui est très modeste si l’on vit dans une grande ville comme Paris ou Lyon.


Que les européistes tentent ou non d’en minimiser la portée, l’adoption de ce SMIC le plus élevé du monde par la Suisse prouve quatre choses :

 

1°) – La Suisse fait le contraire de ce que demande l’UE à ses États-membres les plus riches

Le fait est qu’il n‘y avait pas de SMIC en Suisse auparavant et que, maintenant, il y en a un. La Suisse fait ainsi le contraire exact ce que demande la Commission européenne aux États les plus riches de l’UE, dans le cadre des « GOPÉ ». C’est un premier constat irréfutable. 

2°) – La question de la « compétitivité externe » n’a pas fait obstacle à la prise de la mesure.

Faut-il rappeler que le SMIC est de 215 € nets par mois en Bulgarie ? Compte tenu de la libre circulation des marchandises au sein de l’UE, cela signifie que les salaires des ouvriers français sont directement en concurrence avec ce niveau-là, ce qui constitue une « justification », aux yeux des européistes, de la nécessité de ne plus augmenter notre SMIC, voire de le démanteler.

En France, en Allemagne, en Italie, en Espagne, etc., le raisonnement habituel des organisations patronales ou des européistes est qu’il faut ne plus augmenter le SMIC, voire le baisser, car il poserait un « problème de compétitivité » pour les exportations. Force est de constater que le Tribunal Fédéral suisse et le canton de Neuchâtel n’ont pas tenu compte de ce raisonnement.

Si la Suisse était dans l’UE et dans l’euro, cela n’aurait pas été le cas. C’est un deuxième constat irréfutable. 

 

3°) – le niveau de vie est très élevé en Suisse.

Ce n’est pas une découverte, mais c’est un rappel utile. Car les européistes passent leur temps à affirmer, depuis des décennies, qu’il n’y aurait pas de salut hors de l’UE et de l’euro ; et que si un pays n’en fait pas partie, il est condamné à la catastrophe.

La Suisse prouve le contraire exact.  C’est un troisième constat irréfutable. 

 

4°) – un niveau de vie largement supérieur à celui de la France

Quiconque fait quelques économies en Suisse vit très confortablement s’il séjourne à l’étranger, dans un pays limitrophe comme la France. Beaucoup de Français expatriés en Suisse en savent quelque chose. C’est un quatrième constat irréfutable. 

Cette avancée sociale dans le canton de Neuchâtel donne des idées dans d’autres cantons : des initiatives similaires en faveur de l’instauration d’un salaire minimum sont en cours dans les cantons du Jura et du Tessin, mais la procédure n’est pas encore terminée. D’autres cantons comme les cantons de Genève, de Vaud et du Valais ont en revanche refusé de les suivre dans cette voie.

 

CONCLUSION : selon le dogme européiste, les petits pays hors de l’UE et se portant très bien ne sont « pas comparables ».

Comparée à la France, la Suisse est un petit pays.

Par sa superficie –  41 285 km² -, elle fait à peine plus de la taille de notre région Centre. Par sa population – 8,3 millions d’habitants – elle est 10 % plus peuplée que notre région Auvergne-Rhône-Alpes.

Pays montagneux et sans débouché sur la mer, la Suisse a des handicaps naturels et est bien loin d’avoir la puissance de notre pays. Rappelons ici que la France, malgré le sabotage constant dont elle souffre, est encore la 7e ou 8e puissance économique mondiale, la 4e puissance nucléaire du monde et l’un des 5 membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. Possédant des géants industriels et économiques et le 2e réseau diplomatique du monde, la France possède la 2e Zone économique exclusive (ZEE) et 1er domaine sous-maritime au monde. C’est aussi le seul pays du monde, avec le Royaume-Uni, dont la langue soit parlée quotidiennement par des millions de locuteurs sur les 5 continents.

Malgré tout cela, la Suisse possède ce que la France n’a plus : elle possède sa propre monnaie nationale, sa propre politique monétaire, sa propre diplomatie, une armée très solide, la maitrise de ses frontières, un des plus hauts niveaux de vie de la planète, des institutions parmi les plus démocratiques du monde, et la faculté – on le constate aujourd’hui – de fixer un SMIC horaire qui se situe au plus haut niveau mondial.

Ce qui permet cette différence effarante de trajectoire, c’est tout bonnement que la Suisse est restée elle-même, qu’elle n’a pas adhéré à l’Union européenne, qu’elle n’est pas dans l’euro, et qu’elle n’a pas à obéir à la Commission européenne, qui n’a aucun droit à lui fixer des directives sur des « GOPÉ », les Grandes Orientations de Politique Économique.

La Suisse nous démontre que la théorie européiste selon laquelle « la France est trop petite pour…» est donc tout bonnement un mensonge éhonté. Point.

Mais l’expérience m’a montré que, comme tous les idéologues aveuglés par leurs dogmes, les européistes ont toujours dans leur besace le faux-fuyant qui leur permet de se soustraire à toute démonstration irréfutable de leurs mensonges.

Lorsqu’on leur objecte les résultats très bons, voire extraordinaires, de tous les États d’Europe occidentale qui ont refusé d’entrer dans l’UE (Suisse, Norvège, Islande) ou dans l’euro (Suède, Royaume-Uni, Danemark), les européistes répondent invariablement : « Oui, mais ce n’est pas comparable ».  Sans autre explication que des arguties spécieuses.

S’agissant des performances de la Suisse, bien meilleures que celles de la France alors qu’elle n’est ni dans l’UE, ni dans l’euro (ni dans l’Otan), les euro-atlantistes répliquent systématiquement que l’on « ne peut pas comparer » car la Suisse serait « le pays des banques »…. 

 

Cette réplique est doublement de mauvaise foi :

 

  • a) parce qu’il est faux que la richesse de la Suisse ne découle que des banques : seulement 5,8 % des employés suisses travaillent dans les services financiers, soit 1 emploi sur 17. Cela correspond à une main-d’œuvre plus restreinte que celle active, par exemple, dans l’éducation ou la branche de l’hôtellerie-restauration. Seulement 1,6 % du total de la population active en Suisse en 2012 travaille dans une compagnie d’assurance, et 2,2 % de la main-d’œuvre totale dans une banque. Le secteur financier représente 10,5 % du PIB suisse. C’est relativement élevé (le secteur financier représente 8,5 % du PIB en Irlande, 8,1 % en Australie, 7,8 % aux Pays Bas, 6,8 % au Rpyaume-Uni) mais cela signifie que 90 % de la richesse suisse ne provient pas de la finance..

 

  • b) parce que les mêmes européistes prophétisent depuis plus d’un an, à grands renforts de médias mais sans que l’on ait encore vu quoi que ce soit de tangible, que les banques et les banquiers s’apprêteraient à quitter en masse la City londonienne pour cause de Brexit. Mais alors, on ne comprend plus rien au « raisonnement » des européistes : si les banques devaient quitter le Royaume-Uni parce que celui-ci ne sera plus dans l’UE, pourquoi ces mêmes banques seraient-elles omniprésentes et surpuissantes en Suisse, qui n’est pas dans l’UE ?!

C’est à ce genre de pirouettes et de raisonnements foireux que l’on mesure à quel point l’euro-atlantisme n’est pas une simple idée politique et n’est pas accessible à la raison.

C’est un dogme de nature totalitaire, qui n’admet pas la contradiction et qui, confronté à des faits qui lui donnent tort, ne se remet jamais en cause. Face au Réel qui ridiculise leurs arguments, les européistes ignorent ou nient les faits.

L’aspect positif de cette situation, c’est que toute construction idéologique qui nie les faits et le Réel finit toujours par s’effondrer.

L’aspect négatif, c’est qu’entretemps elle peut détruire un pays, ruiner un peuple et dévaster une civilisation.

François ASSELINEAU

6 août 2017