La libéralisation européenne fait disjoncter EDF

Lecture : 3 min

Vous vous rappelez de l’incroyable flambée des prix de l’électricité payés en France par les entreprises qui ont « bénéficié » du marché de l’énergie « libéralisé » par Bruxelles. À cause de l’Union européenne, les entreprises ont vu grimper leurs factures d’électricité de +70% en un an.

Le tollé est tel, notamment chez les PME, que les députés se sont saisis du problème.

Bien entendu, les « élus du peuple » ont la queue entre les jambes car ils ont approuvé à grand bruit la dérégulation du marché de l’énergie comme un grand signe de progrès et de modernité – alors qu’il s’agit surtout d’offrir EDF sur un plateau aux fonds de pension américains – alors que l’écrasante majorité soit n’y comprend rien soit a déjà baissé les bras.

Nos députés ont donc convoqué le PDG d’EDF, M. Gadonneix, pour une séance d’explications : ce dernier, qui avait dû être chapitré par le gouvernement, s’est senti obligé de proposer un « retour transitoire au tarif régulé de l’électricité ». Quel aveu ! Curieusement, on n’entend guère M. Madelin, M. Sarkozy, le MEDEF ni tous les chantres du libéralisme sur ce dossier.

Ce n’est pas tout : le PDG a quand même précisé que ce retour vers un passé honni ne pourrait quand même se faire qu’à 3 conditions, dont la deuxième est :

« La deuxième contrainte vise à s’inscrire dans une logique d’accompagnement et de transition dans la mise en place de l’ouverture totale du marché de l’énergie en Europe le 1er juillet 2007 ».

Un charabia pour dire tout simplement que ce retour ne sera que provisoire car l’Union européenne exige une dérégulation totale à partir du 1er juillet 2007 – curieusement après nos élections. Le summum est atteint ensuite lorsque le PDG d’EDF explique que ce dispositif de retour provisoire au tarif régulé devra néanmoins « permettre aux opérateurs concurrents d’EDF de conserver leurs clients ».

En d’autres termes, le premier bilan de la dérégulation du marché de l’électricité est le suivant :

  • les PME ont vu leur facture d’électricité grimper de 70%,
  • vu leurs protestations, le PDG d’EDF accepte, le 19 juillet, de leur refournir l’électricité au prix régulé par l’État …
  • … mais provisoirement car cela devra se terminer le 1er juillet 2007, une fois les élections françaises passées !
  • enfin, le PDG d’EDF supplie les députés de faire en sorte que les concurrents d’EDF ne perdent pas leurs nouveaux clients.

En somme, c’est un PDG d’entreprise publique qui ne veut pas reprendre ses anciens clients pour leur accorder le tarif dérégulé et qui préfère qu’ils payent plein pot chez les concurrents étrangers.

François Asselineau, Conseiller de Paris