CRISE MAJEURE ENTRE MACRON ET L’ARMÉE = Le constat des mensonges électoraux de Macron sur le budget des armées ouvre une crise majeure et permet de reconnaître a posteriori quel candidat à la présidentielle disait la vérité.

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Retour sur les promesses électorales des candidats à l’élection présidentielle quant au devenir des Armées

Pendant la campagne pour l’élection présidentielle, la prestigieuse « Revue de Défense nationale », lue attentivement dans les cercles dirigeants de l’armée française, a adressé un questionnaire à l’ensemble des onze candidats sur leur vision de la Défense nationale et des principaux enjeux stratégiques du monde à venir.

Sept candidats ont répondu au questionnaire, parmi lesquels François Asselineau. Ces réponses ont été publiées dans le numéro 799 d’avril 2017 de la Revue de Défense nationale.

Mme Arthaud, MM. Cheminade, Lassalle et Poutou n’ont envoyé aucune réponse.

Le sommaire du numéro peut être consulté ici.

Un rapide coup d’œil sur le résumé des réponses des candidats, réalisé par la rédaction de la revue, confirme que :

Les 3 candidats euro-atlantistes (Emmanuel Macron, Benoît Hamon et François Fillon) ont affiché une perspective clairement européiste, sans revenir sur la sujétion de la France à l’UE et à l’Otan, et ont embobiné les électeurs par des formules ronflantes et creuses :

Comme on le voit, Emmanuel Macron, entouré d’une armada de « communicants », avait présenté un texte « marketing » multipliant les promesses grandiloquentes, creuses et contradictoires :

  • Que signifie exactement l’affirmation selon laquelle « la souveraineté nationale passe par de nouvelles ambitions où l’Europe doit avoir sa place » ? Ce mariage de l’huile – « la souveraineté nationale » – et du vinaigre –  « de nouvelles ambitions où l’Europe doit avoir sa place » – n’est qu’un mensonge et un oxymore éculé, qui consiste à dire « en même temps » une chose et son contraire pour mystifier tout le monde.

 

  • Que signifie exactement le fait que la défense « nécessite d’amplifier les efforts dans une démarche dynamique » ? Ceux qui, comme le chef d’État major des Armées – le général de Villiers – avait cru que cela signifiait un engagement ferme d’augmenter le budget de la Défense mesurent aujourd’hui à quel point ils ont été dupés.

 

Comme on le voit, François Fillon accumulait – comme Macron mais en un peu moins caricatural -, les vœux pieux et les formules ronflantes  : « nouvelle ambition », « vraie politique efficace et exigeante », « dissuasion rénovée », « forces bien dotées et entraînées recentrées sur leur métier opérationnel et intégrées dans la Nation »…

Mais quiconque s’arrête un instant sur ces formules de Fillon se rend compte qu’elles ne voulaient à peu près rien dire de concret.

Ce ne sont que des mots alignés les uns après les autres, des expressions permettant toutes les interprétations et ne comportant aucune explication sur leur compatibilité avec les contraintes colossales, notamment stratégiques et budgétaires, imposées  par notre appartenance à l’UE et à l’Otan.

 

Comme on le voit, Benoît Hamon affirmait certes vouloir donner aux armées « les moyens d’agir en renforçant l’effort budgétaire », mais il affirmait dans le même temps sa foi en « l’Europe de la défense et l’Otan » destinées, selon lui , à « se rapprocher » au motif que  « la France a un rôle à jouer »…

Difficile, pour Hamon, d’avouer plus clairement qu’il fallait en finir avec une France indépendante et souveraine.

 

 

Les 3 candidats « insoumis » ou « souverainistes » (Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan) n’ont absolument pas proposé de sortir de l’UE, de l’euro et de l’Otan (le triple « Frexit »).  Leurs questionnaires sont résumés par des formules floues et ambiguës, constituées de vœux pieux nullement engageants :

Comme on le voit, Jean-Luc Mélenchon proposait certes « un nouvel indépendantisme français » (le mot « indépendantisme » semblant être forgé pour éviter de parler simplement de l’indépendance, voire pour ridiculiser cette dernière), et affirmait : « la France doit affirmer son indépendance face à l’OTAN et à l’Union européenne ».

Bien.

Mais quiconque ne veut pas se faire duper doit reconnaître qu’aucune de ces formules ronflantes de Mélenchon ne comportait l’engagement précis de « sortir de l’UE et de l’Otan ».

 

Comme on le voit, Mme Le Pen proclamait bien sûr que « la sécurité est une priorité absolue » et qu’il « faut redonner à nos armées les moyens d’agir en retrouvant une totale autonomie stratégique ».

Notons bien que Mme Le Pen parlait de « redonner à nos armées une totale autonomie stratégique » et non pas de « redonner à nos armées leur indépendance stratégique »

Quiconque ne veut pas se faire duper doit reconnaître qu’aucune de ces formules ronflantes de Mme Le Pen ne comportait l’engagement précis de « sortir de l’UE et de l’Otan ».

 

 


Comme on le voit, Nicolas Dupont-Aignan proclamait certes que « l’indépendance de notre Défense est une priorité ».

Mais c’était pour préciser aussitôt que cela devait se faire « sans exclure des coopérations et des partenariats », comme si ce n’était pas une évidence, depuis que le monde est monde, qu’un État doit avoir des alliés !

Aussi, quiconque ne veut pas se faire duper doit reconnaître que ces formules ronflantes de Dupont-Aignan ne comportait aucunement l’engagement précis de « sortir de l’UE et de l’Otan ».

 

 

François Asselineau était bien le seul candidat à proposer la sortie unilatérale de la France de l’Union européenne et de l’Otan pour régler  les problèmes budgétaires des Armées.

La rédaction de la revue a résumé les réponses de François Asselineau de la façon suivante dans le sommaire :

 

Comme on le voit François Asselineau a bien été le seul des candidats ayant répondu à la Revue de Défense nationale à proposer de sortir de l’UE et de l’Otan. Il n’y avait aucune ambiguïté, aucun propos à double sens, en un mot aucune tromperie.

Mais il y a plus :  le président de l’UPR a été également le seul à expliquer, lors de cet entretien, pourquoi il était vital de sortir de l’UE si l’on voulait redresser le budget des armées françaises.

 

Le questionnaire de la revue comportait en effet une question sur le budget de la Défense nationale, s’appuyant sur la requête formulée de longue date par le chef d’État major des Armées, Pierre de Villiers, de le voir porté à 2% du PIB.

Compte tenu du différend public survenu depuis le 11 juillet 2017 entre Emmanuel Macron et Pierre de Villiers, il est très utile et éclairant de revenir aujourd’hui sur la réponse ainsi donnée par François Asselineau :

 

Question de la RDN :

Le chef d’état-major des Armées a publiquement plaidé pour que la prochaine LPM [loi de programmation militaire ] retienne l’objectif d’une ressource de 2 % du PNB (hors pensions) affectée à l’effort de défense et cela dès 2018. Souscrivez-vous à cet objectif que la plupart des experts considèrent comme indispensable pour maintenir les capacités de nos armées ?

 

Réponse de François Asselineau :

Je pense qu’il faut même dépasser l’objectif de 2 % du PIB affectés à l’effort de défense, pour que ce dernier atteigne 3 % du PIB à la fin de mon quinquennat. 

Il faut comprendre que les coupes sombres qui ont affecté le budget de nombreux ministères, dont celui de la Défense, ces dernières années, résultent directement des politiques d’austérité imposées par notre appartenance à l’Union européenne et à l’euro.

Le « Frexit », que je suis le seul candidat à proposer de mettre en œuvre, permettra à la France de retrouver des marges budgétaires significatives, grâce à des économies (par exemple l’arrêt de notre contribution au budget de l’Union européenne, qui nous fera économiser 9 milliards d’euros nets par an) et grâce à une puissante politique de stimulation économique, devant engendrer un surcroît de recettes fiscales. C’est la raison pour laquelle l’objectif de parvenir à 3 % du PIB de dépenses pour la défense nationale est parfaitement réaliste.

A contrario, tous les autres candidats promettent de « renégocier les traités européens », ce qui est impossible compte tenu du fait que l’Union européenne est un attelage baroque entre 28 États-membres dont les intérêts, constamment divergents, sont impossibles à satisfaire en même temps.

Il en résulte que les autres candidats n’auront pas d’autre choix que d’appliquer les potions amères dictées par la Commission européenne et la Banque centrale européenne, ce qui se répercutera inévitablement, tôt ou tard, sur le budget, déjà anémié, de la défense.

À ce propos, je tiens à saluer le véritable génie d’adaptation dont nos forces armées ont su faire preuve pour assurer, malgré des budgets contraints, la continuité de la défense de la nation.

 

Le 14-Juillet 2017 restera dans les annales comme un jour de crise ouverte entre l’armée et le président de la République. La plupart des observateurs jugent désormais inéluctable la démission du chef d’état-major des armées, Pierre de Villiers (61 ans). La crise a débuté mardi 11 juillet. C’est le jour où le ministre des comptes publics – Gérald Darmanin (34 ans) a annoncé que, fin 2017, la solidarité interministérielle n’assumera pas les surcoûts des opérations militaires extérieures comme le prévoit la loi. Pour les payer, les armées devront donc économiser 850 millions d’euros sur leurs équipements. Cette annonce, auxquelles s’ajoutent d’importants gels de crédits, est perçue comme une trahison par les militaires car Macron avait promis d’atteindre un effort de défense de 2 % du PIB en 2025, ce qui exige de nouveaux crédits immédiats. C’est d’ailleurs sur cette promesse renouvelée qu’il a maintenu Pierre de Villiers à son poste pour un an, le 30 juin. Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/07/17/une-crise-majeure-ouverte-entre-macron-et-l-armee_5161378_823448.html#r181DQH0ye9XIH96.99

 

Commentaires

1°) Rétrospectivement, l’analyse de François Asselineau – annonçant que les promesses d’augmentation budgétaire formulées par les autres candidats ne pourraient pas être tenues du fait des contraintes imposées par l’UE et l’euro – se révèle parfaitement et tragiquement exacte. Loin d’augmenter le budget de la Défense nationale comme il l’avait promis, Macron commence par lui faire subir une nouvelle saignée de 850 millions d’euros pour 2017 !

Certes, Macron promet maintenant d’augmenter ce budget de façon brutale en 2018, après l’avoir fait baisser de façon brutale en 2017. Mais qui croit encore à ses promesses ? C’est parce que les militaires – à commencer par le premier d’entre eux – ont perdu la confiance qu’ils avaient dans le nouveau locataire de l’Élysée que le chef d’état-major des armées, Pierre de Villiers, a publié sur sa page Facebook, le 14 juillet, un texte intitulé « Confiance ».

Dans ce texte  plein de sous-entendus, qui semble préfigurer l’annonce de sa démission, le chef d’état-major des armées écrit notamment : « Parce que tout le monde a ses insuffisances, personne ne mérite d’être aveuglément suivi ». Suivez son regard….

 

 

Les Français doivent comprendre que les coupes budgétaires dans tous les ministères, – et notamment les coupes concernant la Défense -, résultent d’abord et avant tout de notre appartenance à l’Union européenne et à l’euro. Tant que les Français ne le comprendront pas – ou ne voudront pas le comprendre -, ils continueront de voir l’État, l’ensemble de nos services publics et en particulier notre outil de Défense dépérir.

S’ajoutent à ce sombre tableau, les perspectives nouvelles et terrifiantes révélées par Vincent Brousseau dans son article du 15 juillet 2017, selon lesquelles notre technologie nucléaire militaire, nos armements stratégiques et notre siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies pourraient passer sous le commandement de l’Union européenne, pour le plus grand bénéfice de l’Allemagne, et cela toujours au nom de la prétendue « construction européenne ».

 

2°) M. Macron qui avait pris l’engagement solennel, y compris devant Pierre de Villiers à travers sa réponse à la Revue de Défense nationale, d’augmenter le budget des armées pour le porter progressivement à 2% du PIB se révèle donc – aux yeux des militaires comme de tous les Français –  n’être qu’un bonimenteur cynique, n’ayant aucun égard pour la parole donnée, aucun honneur et aucune compassion pour des soldats français envoyés combattre avec des équipements scandaleusement insuffisants.

Cette « crise majeure » – comme la qualifie le journal Le Monde du 17 juilletde confiance entre les armées et le président de la République est sans précédent depuis plus d’un demi-siècle : il faut remonter au putsch des généraux d’Alger du 21 avril 1961 – il y a 56 ans – pour trouver semblable parfum de rébellion de la « Grande muette ».

Encore s’agissait-il à l’époque du contexte de crise aiguë de la guerre d’Algérie et la rébellion des généraux d’Alger contre Charles de Gaulle n’était pas soutenue par l’écrasante majorité des appelés du contingent. Aujourd’hui, la défiance est, dans un un sens, plus grave ; car elle intervient en temps de paix et elle traduit le sentiment de la très grande majorité des officiers supérieurs comme des soldats.

On peut d’ailleurs formuler l’hypothèse que cette défiance, si elle se nourrit des coupes scandaleuses conduites depuis des années dans le budget de la Défense, trouve aussi sa source dans un malaise plus diffus, plus lourd et moins conjoncturel. Le mal de vivre des armées françaises tient au fait que nombreux sont les militaires de tout grade à bien percevoir l’effondrement continuel de la France et son assujettissement à Washington, Berlin, Bruxelles (Commission européenne) et Francfort (BCE).

 

3°) La cure budgétaire que subit la Défense créé légitimement une inquiétude sur la pérennité de la dissuasion nucléaire française dont la nécessaire modernisation représente un investissement estimé à 50 milliards d’euros sur 20 ans, soit 10% du budget de la Défense.

Il est possible qu’Emmanuel Macron continue à sanctuariser la dissuasion nucléaire. Mais, compte tenu du personnage et des forces qui l’ont porté à l’Élysée à la suite d’un matraquage médiatique inouï – il est possible aussi, qu’un beau jour, il annonce que son coût doit être partagé avec nos « partenaires » européens… Ce qui ne serait pas sans une prise de contrôle au moins partiel de notre force de dissuasion !

 

Conclusion

Les nouvelles coupes féroces à l’encontre du budget de la Défense nationale, conjuguées à l’intention de quelques fanatiques européistes de voir la France partager sa défense nucléaire et son siège de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies avec d’autres États européens, confirment l’impérieuse nécessité de quitter l’Union européenne, l’euro et l’Otan.

Il en va non seulement du sauvetage de notre outil de Défense, mais aussi de la paix du monde.

 

François Xavier

16 juillet 2017

« François Xavier » est le pseudonyme de l’un de nos adhérents fidèles depuis plusieurs années, qui nous apporte régulièrement une aide précieuse, en particulier pour rédiger des communiqués de presse. Travaillant comme cadre financier dans une grande institution, il préfère écrire sous pseudo pour éviter des problèmes avec son employeur.