Bilan des élections cantonales 2011 : Le battage médiatique et la réalité

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Au moment où ces lignes sont écrites (dimanche 27 mars 2011 – minuit), le second tour des élections cantonales donne les résultats suivants  :

1- un taux d’abstention sans précédent pour un second tour, qui sanctionne toute la classe politique.

Abstention cantonales

2- une inertie comportementale assez forte de la partie minoritaire de l’électorat qui continue à aller voter.

3- un bilan relativement plus favorable pour le PS que pour l’UMP.

4- l’échec traditionnel du FN, malgré ses communiqués de victoire.

5- quelques bons résultats épars, occultés par les médias.

UN TAUX D’ABSTENTION SANS PRÉCÉDENT POUR UN SECOND TOUR

Les projections donnent un taux d’abstention probable de l’ordre de 55 %, très comparable à celui du premier tour.

Un tel taux d’abstention est sans précédent historique pour le second tour des élections cantonales. Comme le révèle le graphique établi par l’UPR ci-dessous, le taux d’abstention au premier tour des élections cantonales s’est toujours situé entre 30 et 45 % depuis 39 ans (très exactement entre 29,8 et 45,0 %). [Source : http://www.senat.fr/questions/base/2004/qSEQ040713005.html ]

Il n’y avait eu qu’une seule exception – en 1988 – lorsque le taux d’abstention aux élections cantonales avait atteint 53,0 %. Mais il s’agissait d’un cas très conjoncturel, dû au fait que les mois d’avril à juin 1988 avaient été occupés par les élections présidentielles puis législatives. Pour ne pas lasser les électeurs par des scrutins à répétition, les élections cantonales avaient été exceptionnellement repoussées à l’automne (en septembre et octobre) mais ce subterfuge n’avait pas suffi à remobiliser l’électorat pour une 3ème série de scrutins nationaux.

Le taux d’abstention de 55 % enregistré au second tour des élections cantonales de 2001 est donc un record historique. Le caractère massif de cette abstention ne témoigne pas seulement d’une sanction de l’UMP et du PS qui se partagent le pouvoir. Il témoigne aussi – et c’est au moins aussi important – du rejet des faux partis d’opposition.


UNE INERTIE COMPORTEMENTALE ASSEZ FORTE DE LA PARTIE MINORITAIRE DE L’ÉLECTORAT QUI CONTINUE À VOTER

Tout se passe comme si l’électorat français se scindait désormais en deux :

– d’un côté, une partie majoritaire (de l’ordre de 55 à 60 % comme pour les européennes de 2009) qui rejettent en bloc tous les partis politiques ayant accès aux médias et se refusent donc à aller voter ;

– de l’autre côté, une partie minoritaire (de l’ordre de 40 à 45 % d’électeurs) qui continuent à aller voter, par principe ou par devoir, en le faisant sur la lancée des décennies passées et en reconduisant des comportements électoraux relativement classiques.

C’est en tout cas ce qui ressort des  résultats structurels de ces élections, sur lesquels les médias n’attirent pas du tout l’attention alors qu’ils en constituent pourtant le bilan le plus tangible :  sur les 2026 cantons qui étaient en jeu lors de ces élections, seuls 386 (soit 19 %) auront en définitive changé de couleur politique (selon les données du ministère de l’Intérieur).

Cela signifie que 81 % des cantons en jeu (les 4/5e) gardent un conseiller général de la même couleur politique que le conseiller sortant. L’inertie prévaut.

UN BILAN RELATIVEMENT PLUS FAVORABLE POUR LE PS QUE POUR L’UMP

Les résultats diffusés par le ministère de l’Intérieur à minuit sont les suivants :

– PS (35,75%),

– UMP (20,24%),

– FN (11,73%),

– Divers droite (9,44%),

– PCF et alliés (4,88%),

– Europe Ecologie Les Verts (2,77%).

Sous la réserve fondamentale de l’énormité de l’abstention, ces résultats sont flatteurs pour le PS. En réalité, les résultats pour l’UMP sont moins mauvais qu’il n’y paraît puisqu’une très grande partie des « Divers droite » sont des conseillers généraux non encartés à l’UMP mais dont la base électorale est celle de la majorité présidentielle. Au quotidien, la très grande majorité d’entre eux votent comme les conseillers généraux UMP.

Du reste, sur les 386 cantons qui ont changé de couleur politique, certains ont basculé de droite à gauche et d’autres de gauche à droite. Au total, le bloc de gauche gagne 31 cantons, et la majorité présidentielle en perd 48.

Il s’agit à l’évidence d’une défaite pour la majorité présidentielle et d’un succès relatif pour la gauche. Mais les pertes et les gains restent néanmoins relativement mineurs : le gain net de 31 sièges par la gauche ne représente, somme toute, que 1,5 % des 2026 cantons en jeu.

Du côté des majorités départementales, les projections indiquent que le PS, qui détenait déjà la majorité dans 58 départements sur 100, a conquis 2 départements (le Jura et les Pyrénées-Atlantiques) tandis qu’un département passe de gauche à droite (le Val-d’Oise, département de M. Strauss-Kahn…).

Le ministère de l’Intérieur a souligné qu’il fallait attendre le « troisième tour » (c’est-à-dire l’élection des présidents des conseils généraux)  pour connaître la couleur politique de la Savoie, de la Loire, de Mayotte et de la Réunion, où le rapport de forces entre droite et gauche est assez équilibré, mais qui pourraient passer à gauche.

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L’ÉCHEC TRADITIONNEL DU FN, MALGRÉ SES COMMUNIQUÉS DE VICTOIRE

Le 23 mars dernier, après le 1er tour, M. Louis Alliot, vice-président du Front national et compagnon de Mme Le Pen, avait pronostiqué que le score de son parti augmenterait « méchamment » [sic] dans l’entre-deux-tours. Il avait annoncé que le FN aurait 10 à 50 élus à l’issue du second tour des cantonales. http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/03/23/97001-20110323FILWWW00441-aliot-vise-10-a-50-elus-fn-au-2e-tour.php

À l’appui de ces prophéties, M. Aliot s’était dit « convaincu que les appels de la droite à faire barrage au Front national au second tour, seraient très peu suivis et qu’au contraire les électeurs voudraient faire payer à la droite et à la gauche leur magouille ».

Étant lui-même arrivé largement en tête avec 34,6 % des suffrages dans le 9ème canton de Perpignan, l’un des plus favorables de France pour le FN, il avait escompté que 70 % de ceux qui avaient voté pour son adversaire UMP au premier tour se reporteraient sur son nom (lequel adversaire de l’UMP, lui-même un ancien du FN, avait obtenu 16,5 % du premier tour). Et comme son adversaire socialiste, une nouvelle venue, n’avait obtenu que 18 % des voix au premier tour, le vice-président du FN imaginait à haute voix qu’il serait élu haut la main.

Cela n’a pas été le cas : il a été battu assez largement par 46,2 % contre 53,8 % à son adversaire, ne gagnant que 11,6 points quand l’inconnue du PS en a raflé 35,8.

La déconvenue de M. Aliot dans son canton est allégorique de ce qui a été enregistré au niveau national par le FN :

  • – sur les 2026 cantons qui étaient en jeu, le FN n’avait pu trouver des candidats que dans 1440 d’entre eux et, sur ces 1440, seuls 402 avaient obtenu un score égal ou supérieur à 12,5 % leur permettant de se maintenir au 2ème tour, dans des duels ou des triangulaires ;
  • – sur les 402 candidats qui s’étaient maintenus, 400 ont été battus. La Bérésina a été complète, y compris dans les fiefs traditionnels du FN : les candidats du Front national ont tous été battus dans les Bouches-du-Rhône, notamment à Marseille, alors que le FN était présent dans 25 des 29 cantons renouvelables des Bouches-du-Rhône, dont les 11 de Marseille. Il ont tous été battus également dans les Alpes Maritimes.
  • – au total, les « 10 à 50 élus FN » pronostiqués par M. Aliot ne sont en définitive que 2 : l’un à Carpentras et l’autre à Brignoles dans le Var (et pour ce dernier avec une si faible marge – de 5 voix – contre son concurrent communiste qu’un recours en annulation sera certainement déposé).

Pour tempérer cette déception, le FN fait valoir que ses candidats ont atteint ou dépassé 40 % des suffrages dans un certain nombre de cas. Certes, mais il faut se rappeler :

  • – d’une part que les 3/4 des candidats présentés par le FN avaient été éliminés dès le 1er tour (1038 des 1440) : les 40 % obtenus ne le sont donc que dans des bastions traditionnels du FN et ne sont évidemment pas extrapolables à la France entière ;
  • – d’autre part que les 40 % sont obtenus dans le contexte historiquement inouï d’une abstention de 55 %. Cela signifie que, même dans ses bastions, le FN n’est pas parvenu à drainer plus de 17 à 18 % des électeurs inscrits.

Résumons-nous.

Lors de ces élections cantonales 2001, le FN a obtenu :

  • 15,1 % des suffrages exprimés au premier tour, soit 6,5 % des électeurs inscrits du fait d’une abstention à 56 % ;
  • 11,1 % des suffrages exprimés au second tour, soit 4,9 % des électeurs inscrits du fait d’une abstention à 55 % ;
  • 2 sièges de conseillers généraux sur les 2023 cantons qui étaient en jeu, soit 0,099 %.

La preuve est ainsi faite, une énième fois et comme c’est le cas depuis 28 ans, que le FN est incapable de rassembler largement entre les deux tours. Il ne parvient à franchir le cap des 50 % que dans des cas exceptionnellement rares, dans des circonscriptions où la sociologie électorale constitue une anomalie statistique par rapport au reste de la France.

On notera pour conclure que l’obtention de 2 conseillers généraux n’est pas un tour de force sans précédent pour le FN, qui témoignerait d’une irrésistible ascension. Le FN avait en effet déjà obtenu :

– 2 conseillers généraux aux élections cantonales de 1985 (donc 2 candidats qui avaient déjà dépassé 50 % des suffrages au 2ème tour dans 2 circonscriptions cantonales) ;

– 2 conseillers généraux aux élections cantonales de 1985 ;

– 2 conseillers généraux aux élections cantonales de 1988 ;

– 1 conseiller général aux élections cantonales de 1992 ;

– 3 conseillers généraux aux élections cantonales de 1994 ;

– 3 conseillers généraux aux élections cantonales de 1998 ;

– 2 conseillers généraux aux élections cantonales de 1985 ;

– 1 conseiller général aux élections cantonales de 2004.Le résultat obtenu par le FN à ces élections cantonales de 2011 est donc celui habituellement obtenu lorsque le FN est en période de « hautes eaux ».

QUELQUES ASSEZ BONS RÉSULTATS ÉPARS ET PEU MÉDIATISÉS

On notera enfin quelques assez bons résultats peu médiatisés :

  • – les candidats écologistes de EELV, bien que ne glanant pas beaucoup de voix au niveau national, obtiennent  32 conseillers généraux (soit 16 fois plus que le FN), du fait d’une bonne discipline de vote à gauche ;
  • – le MoDem passe de 12 à 32 conseillers généraux, soit également 16 fois plus que le FN ;
  • – en Auvergne ou dans le Valenciennois, le PCF obtient des scores inattendus.

CONCLUSION : UNE DÉMOCRATIE MALADE ET LE VERROU DU FN

Les élections cantonales de 2011 ont confirmé deux éléments essentiels des analyses de l’UPR :

1)-La démocratie française est profondément malade

55 à 56 % des électeurs ne se reconnaissent pas dans le choix politique qui leur est proposé. Du FN à l’extrême-gauche, en passant par l’UMP et le PS, c’est toute la classe politique française qui subit ainsi le même désaveu puisqu’elle est incapable d’intéresser une majorité de Français à faire le déplacement pour voter.

Ce constat est évidemment sévère pour l’UMP et le PS, sans cesse présentés comme étant les partis de gouvernement. Mais il est également très sévère pour les prétendus opposants, au premier rang desquels le FN et le Parti de Gauche, qui souffrent aussi, ne leur en déplaise, du même discrédit que les autres.

2)-Le verrou du FN

Comme nous ne cessons de l’analyser malgré les imprécations de ses sympathisants qui refusent de comprendre à quel point ils sont manipulés, le FN apparaît bien, à l’issue du second tour des cantonales 2011, comme le facteur décisif du maintien du Système en place.

Soulignons une nouvelle fois ici que le prétendu « raz de marée » du FN est essentiellement une présentation médiatique.

Les listes du FN ont certes été en hausse au premier tour, mais cela est d’abord dû au fait que ce parti a bénéficié d’une focalisation exclusive des médias sur sa prétendue « percée », pendant des semaines et des semaines. La seule et unique « campagne électorale » pour les élections cantonales s’est résumée à la publication et à l’orchestration médiatique de sondages truqués, commandités d’Outre-Atlantique, annonçant que Mme Le Pen serait au second tour de l’élection présidentielle de 2012 avec 24 % des suffrages. Quel parti n’aurait pas connu une hausse fantastique de ses électeurs après une propagande aussi massive en sa faveur ?

Comme nous l’avons noté, la hausse du FN a d’ailleurs été relativement banale en dépit de ce matraquage intensif : avec 15 % des suffrages mais 56 % d’abstention, le FN n’a drainé que 6,5 % des votes des électeurs inscrits au premier tour. Autrement dit, 93,5 % des électeurs français ont refusé d’aller voter FN au premier tour des élections cantonales.

Quant au second tour, le FN n’a obtenu que 2 élus, c’est-à-dire autant ou moins que ce qu’il l’avait déjà obtenu plusieurs fois au cours des 30 années écoulées.

Voilà qui replace le prétendu « raz-de-marée » en faveur du FN à de plus justes proportions.

Ces résultats – fort éloignés des communiqués de victoire dont ils sont assortis par les médias – vont de pair avec une hostilité structurelle de l’électorat à voter pour le FN, quoi qu’en disent ses dirigeants. C’est cette incapacité à rassembler au second tour qui explique pourquoi le MoDem ou les écologistes obtiennent chacun 16 fois plus de sièges de conseillers généraux que ne le fait le FN.

Pourtant, Mme Le Pen a l’audace de mettre désormais en avant un « pôle de rassemblement à vocation majoritaire » dont son parti serait le centre, destiné à accueillir « des gens de droite, de gauche, les patriotes, tous ceux qui ont la France au cœur ». « Cela a déjà existé en 1986 avec le Front national- Rassemblement national », a-t-elle précisé.

C’est évidemment se moquer du monde : les résultats de 2011, comme ceux de 1986 qu’elle invoque, sont là pour prouver que le FN et le patronyme Le Pen sont les derniers au monde qui sont susceptibles de rassembler une majorité de Français. Le FN et le patronyme Le Pen sont les derniers au monde pour lesquels voteront notamment les Français de droite modérée, les Français du centre, les Français de gauche, et tous les Français enfants et petits-enfants d’immigrés qui ont « la France au cœur ».

Mme Le Pen et le FN ne sont pas là pour rassembler. Ils sont là pour bloquer la situation en faveur du système qu’ils prétendent combattre.

Car tous ces Français innombrables ne supportent pas et n’admettront jamais de voter pour un parti dont les « dérapages » xénophobes et racistes sont continuels. Au cours des 48 dernières heures, on a ainsi découvert une photo de l’un des candidats du FN, Alexandre Gabriac, faisant le salut hitlérien sur fond de drapeau nazi ; or M. Gabriac est également conseiller régional FN Rhône-Alpes et membre du comité central du FN sur la liste de Bruno Gollnisch (http://info.france2.fr/politique/un-candidat-fn-vire-pour-des-saluts-nazis-68041670.html)

M. Alexandre Gabriac, à droite sur la photo faisant le salut hitlérien sur fond de drapeau nazi. M. Gabriac est également conseiller régional FN Rhône-Alpes et membre du comité central du FN sur la liste de Bruno Gollnisch.

C’est bien là que se situe le verrou de la société française et c’est bien pour cette raison essentielle que le FN est un LEURRE TOUJOURS PERDANT, mis en avant par toute la classe médiatique sur instructions venues d’Outre-Atlantique

Nous adjurons les Français qui nous découvrent et qui sont intéressés par nos analyses de bien comprendre cette loi d’airain : tant que le FN neutralisera 15 à 18 % de l’électorat, le Système euro-atlantiste peut dormir sur ses deux oreilles. C’est la leçon principale que les élections cantonales de 2011 nous administrent, une nouvelle fois comme toujours depuis 28 ans.

La route que l’UPR offre aux Français est certes difficile ; mais c’est la seule et unique qui permettra à terme de sortir la France du désastre dans lequel elle s’enfonce et où le FN contribue à la précipiter.

François Asselineau

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