Quand une blogueuse plonge Juncker et Youtube dans l’embarras en même temps…

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Début septembre 2016, trois « Youtubeurs » (traduction : des vidéo-blogueurs utilisant la plateforme Youtube) européens ont été choisis pour poser des questions au président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker :

  • Jonas Ems, Allemand suivi par plus d’un million de personnes sur Youtube  ;
  • Łukasz Jakóbiak, Polonais, suivi par 300 000 personnes ;
  • et Lætitia Birbes, Française suivie par 65 000 personnes.

Cette jeune femme de 32 ans a donc été sélectionnée parmi tous les « Youtubeurs » et « Youtubeuses » pour s’entretenir, en face à face et en direct, avec M. Juncker le 15 septembre 2016.

S’y connaissant peu en politique, Lætitia  avait décidé de faire appel à sa « communauté de fans » pour relayer des interrogations pertinentes. Au préalable, Youtube  et M. Juncker auraient cependant choisi d’évoquer certains sujets plutôt que d’autres : le bonheur selon lui, son téléphone Nokia 3310 mais aussi son chien Platon… Bien loin des préoccupations des  peuples européens, c’est le moins qu’on puisse dire.

Vient alors l’heure des répétitions et le représentant de Youtube fait alors comprendre à la blogueuse qu’elle ne devrait pas poser de questions dérangeantes (au hasard : le TAFTA). Lætitia  témoigne du procédé rusé qu’elle a utilisé pour déjouer la méfiance des organisateurs de l’affaire : « Pendant trois jours, j’ai posé de fausses questions. Sauf la veille du direct, j’ai ajouté deux questions un peu plus tranchées et c’est à ce moment que la séquence avec le salarié de Youtube  a été captée en caméra cachée par un ami qui m’accompagnait. »

Sur les images on voit en effet un homme lui expliquer : « C’est déjà une question hyper difficile à répondre pour M. Juncker, tu parles du lobby des sociétés. À un moment, tu ne vas pas non plus te mettre à dos la Commission européenne et Youtube, et tous les gens qui croient en toi. Enfin, sauf si tu ne comptes pas faire long feu sur Youtube. »

Vidéo à l’appui : https://www.Youtube .com/watch?v=7y-xS_EB3QI

Source : http://www.20minutes.fr/insolite/1926675-20160918-Youtube -vraiment-menace-blogueuse-avant-interview-president-commission-europeenne

Malgré cette menace, la « youtubeuse » apprentie journaliste décide en son for intérieur de ne pas se laisser  intimider.

Arrive donc le jour J et Lætitia  pose ses questions incisives, qui rompent avec le néant médiatique habituel. Elle interroge ainsi Jean-Claude Juncker sur la nomination de José Manuel Barroso à Goldman Sachs, sur le fonctionnement des lobbies, sur la politique de l’UE vis-à-vis des perturbateurs endocriniens…

Cerise sur le gâteau : avec un air de Saint-Jean Bouche d’Or, elle va jusqu’à interroger Juncker sur la complaisance dont il a fait preuve, lorsqu’il était au gouvernement du Luxembourg, pour faciliter l’évasion fiscale des grands groupes internationaux. Elle lui pose cette question de façon frontale : « Confier à quelqu’un qui a été le ministre des Finances pendant dix-huit ans du plus grand paradis fiscal en Europe la mission de lutter contre l’évasion fiscale, est-ce que ça serait pas finalement comme désigner chef de police un braqueur de banque ? »

La vidéo ici : https://www.youtube.com/watch?v=BY5rGTjrfLI&feature=youtu.be

Le paradoxe de l’histoire ne s’arrête pas là. Lætitia  est donc convoquée chez Google le lendemain. Elle va se voir féliciter d’avoir outrepassé les « conseils » de Youtube en osant poser ce type de questions. Elle se voit même proposer un rôle d’ambassadrice pour des projets humanitaires pendant un an. Mais elle refuse en avançant que « ce contrat, je ne [pouvais] pas le signer » : « J’ai été vraiment choquée d’être manipulée et menacée comme ça, et je ne peux pas laisser ça sous silence. »
Face à la révélation de toute cette affaire, Youtube a répondu en soulignant que « « Lætitia  a souhaité poser des questions difficiles au président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et, avant cet échange, nous a sollicité pour des conseils sur la manière de les formuler. Notre collègue l’a encouragée à privilégier le respect à la confrontation et, comme l’atteste sa vidéo de l’interview, elle a eu l’opportunité de poser toutes les questions qu’elle avait préparées. »

Source : http://rue89.nouvelobs.com/2016/09/18/malaise-quand-Youtube -tente-faire-taire-”Youtube use”-265181

 

Commentaires

Le plus nunuche n’était pas celui qu’on pense…

Rompu aux exercices de communication des médias de grande diffusion, Jean-Claude Juncker s’est donc pris les pieds dans le tapis et ses réponses n’ont que peu d’importance.

Il pensait arriver en terrain conquis, face à une jeune femme inoffensive. Il se disait intérieurement qu’il allait séduire en un tournemain cette jeune blogueuse-nunuche avec ses questions de niveau « Closer » : sur son chien, sur son téléphone Nokia 3310, ou encore sur le bonheur…

Seulement voilà : la blogueuse-nunuche était une simulatrice. Sentant sans doute le sol se dérober sous ses pieds, Jean-Claude Juncker a découvert que son interlocutrice lui avait perfidement mitonné des questions aux petits oignons. Réalisant qu’il s’était fait piéger comme un bleu, le Luxembourgeois a donc dû « répondre » à des interrogations beaucoup plus sérieuses sur la nomination de M. Barroso chez Goldman Sachs, les perturbateurs endocriniens, l’évasion fiscale ou les lobbies.

Deux choses sont à retenir de cet entretien :

  • la liberté de ton de la « youtubeuse » (certains lui reprocheront de faire les questions et les réponses, de ne pas relancer M. Juncker ni de le recadrer ; elle n’est pas journaliste professionnelle et cela apporte donc un vent de fraîcheur et d’authenticité ; surtout, elle peut se faire la vraie porte-parole de sa « communauté » et exprimer son point de vue, en ne rentrant pas dans des polémiques stériles dans un format si court) ;
  • l’agacement perceptible de Jean-Claude Juncker (s’il est tout en maîtrise, trop habitué à des exercices de style et de langue de bois, on voit bien à travers son langage corporel totalement fermé qu’il se demande intérieurement quel est le crétin qui lui a conseillé d’accepter de se prêter à cet entretien ravageur ; son absence de sourires et sa crispation tranchent singulièrement avec le dynamisme de la « youtubeuse »).

En bref, l’opération de communication a tourné au fiasco.  Elle aboutit à l’inverse exact de ce qu’elle voulait prouver.

 

Le rythme biennal des fiascos de communication de la Commission européenne

Ce n’est pas nouveau. C’est même l’une des grandes spécialités de la Commission européenne de transformer toute opération promotionnelle en un effet boomerang destructeur.

Les amateurs de récurrences historiques remarqueront peut-être que les fiascos les plus retentissants de la Commission se succèdent à un rythme biennal. Comme des marées d’équinoxe de bêtise ou comme des tsunamis d’incompétence.

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Il y a 4 ans, en mars 2012, ce fut ainsi un clip vidéo, censé vanter la nécessité de l’UE face aux économies émergentes, qui provoqua un tollé planétaire : ce clip vidéo, faits de clichés aux relents racistes, fut retiré en urgence, toute honte bue.

L’UPR en avait dûment informé les Français : https://www.upr.fr/actualite/europe/le-choc-des-civilisations-prone-dans-un-clip-de-la-commission-europeenne

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Le clip vidéo présente une jeune femme seule, habillée de jaune et censée représenter un État européen, qui se fait attaquer dans un décor glauque d’usine désaffectée par trois hommes au physique patibulaire. De gauche à droite : un hindou enturbanné avec un sabre censé représenter l’économie indienne ; un Chinois habillé de noir censé représenter l’économie chinoise ; un Noir censé représenter l’économie brésilienne…

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Il y a 2 ans, en juillet 2014, ce fut l’ânerie incommensurable de « Captain Europe » qui provoqua une nouvelle Bérézina.

L’UPR ne contribua d’ailleurs pas peu à faire cesser cette bouffonnerie aux frais du contribuable en la dénonçant dans un article qui fit date : https://www.upr.fr/actualite/europe/linvention-grotesque-captain-europe-propagande-europeiste-prouve-quelle-aux-abois

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Et en ce mois de septembre 2016, on se rappellera donc que c’est l’opération « Youtuber » – copié-collé sur les opérations de communication d’Obama – qui a explosé en plein vol.

Ayant pour objectif – irréaliste – d’améliorer l’image peu glorieuse de la Commission européenne et de son président (notamment auprès des jeunes), elle aboutit au résultat exactement inverse, en donnant de l’Union européenne, de la Commission et de Youtube une image peu reluisante de menteurs et de manipulateurs, prompts à menacer une jeune internaute trop honnête..

 

Conclusion : l’européisme est condamné par Internet

La preuve est une nouvelle fois apportée que la prétendue « construction européenne » n’est qu’une monumentale escroquerie, réalisée au détriment des peuples d’Europe, qui ne tient que grâce à la propagande, aux mensonges et aux menaces.

Ce qui est plus nouveau, et ce qui est porteur de beaucoup d’espoir, c’est que désormais de plus en plus de citoyens se redressent et refusent de se plier à l’intimidation et à la langue de bois européistes. Ce que nous prouve la jeune Lætitia, c’est que David se révolte contre Goliath, et que les peuples se réveillent.

Nous ne connaissons pas, à l’UPR, la position de Lætitia au sujet de l’Union européenne ; nous nous contenterons de constater qu’elle a parfaitement relayé ce sentiment de malaise qui flotte dans l’air du temps et cette remise en cause de plus en plus profonde de la prétendue « construction » européenne.  Beaucoup plus réfléchie et calculatrice qu’elle ne veut en donner l’air, elle savait d’emblée que Juncker botterait en touche devant ses questions. Et c’est pour cela qu’elle n’a pas vraiment laissé son interlocuteur répondre, sachant par avance que l’important était de faire passer des messages au moment de ses questions. C’est d’ailleurs ce qu’elle a reconnu ensuite sur un fil de discussion :

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On notera enfin, et encore une fois, à quel point Internet est décidément le phénomène qui bouleverse la donne : l’avènement d’Internet et des réseaux sociaux sonne ni plus ni moins que le glas de la tromperie en politique.

La quasi-totalité des dirigeants politiques, économiques et sociaux, mais aussi des dirigeants de grands médias, ne l’ont pas encore compris. Ils croient qu’ils peuvent impunément mentir et manipuler les citoyens, comme dans les années d’avant Internet, lorsque toute l’information était à peu près sous le contrôle des États ou des puissances d’argent.

Ces gens n’ont pas compris la révolution que provoque Internet.
Ils n’ont pas compris que, sur Internet et les réseaux sociaux, un mensonge éhonté ne tient pas plus d’un quart d’heure. Aussitôt, des internautes par dizaines, centaines, milliers, se ruent sur les preuves, font circuler les informations, démasquent les mensonges,  rappellent les photos, les vidéos et les déclarations du passé…

Ces gens, au premier rang desquels les européistes, sont en sursis.
Avec tous leurs mensonges et toutes leurs manœuvres d’intimidation, ils vont être irrémédiablement balayés par le cours des choses dans les années qui viennent.
C’est la leçon cuisante que la jeune Laetitia vient d’administrer à Jean-Claude Juncker.

Patrick Bloch
Équipe de rédaction UPR
(Relectures par Laurent Dauré, Thomas Savary, François Asselineau)

 

 

 

 

 

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