DE LA COLLE ET UNE BROSSE POUR LE FREXIT. Photo-reportage sur un militant de terrain de l’UPR.

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Bien que n’étant pas moi-même adhérent à l’UPR, je suis sensible depuis longtemps aux analyses de ce parti sur la politique française et européenne.

Je suis photographe et j’ai réalisé il y a quelques mois un reportage sur Didier Marandin, un militant UPR vivant dans ma région, la Franche-Comté. J’étais en effet étonné de constater que cet homme, qui vit à la campagne, organisait tout seul ses tournées dans les petits villages du Doubs pour faire connaitre son parti, avec opiniâtreté et humilité.

Sa motivation m’a impressionné.

Avec son accord, j’ai réalisé un photo-reportage, que j’ai ensuite proposé à plusieurs journaux locaux. Malheureusement, aucun n’a été intéressé.

Pour que ce petit travail, et ce qu’il révèle sur l’UPR, ne soit pas perdu, j’ai proposé de le publier sur le site même du mouvement. J’aurais évidemment préféré un support plus neutre, mais je témoigne en conscience que ce reportage est parfaitement conforme à ce que j’ai observé.

Vince GROS
photographe – www.g-vincent.fr
28 juillet 2019
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De la colle et une brosse pour le Frexit

Dimanche 26 mai 2019, les Français ont eu à choisir les députés qui les représenteront au Parlement européen. La liste « ENSEMBLE POUR LE FREXIT » conduite par François Asselineau au nom de l’UPR, a recueilli 1,2 % des voix. Ce score, jugé décevant par rapport aux attentes de nombreux militants, n’en a pas moins marqué une progression sensible par rapport aux élections européennes précédentes (0,4 % des suffrages en 2014) et aux élections législatives précédentes (0,6 % des suffrages en 2017).

Ce reportage se veut une rencontre avec l’un de ces nombreux militants de l’UPR bénévoles qui agissent à travers toute la France pour coller des affiches, distribuer des tracts, informer leur entourage. Parole est ainsi donnée à Didier Marandin, alors en pleine tournée de collage d’affiches dans le secteur de Quingey dans le Doubs pendant la campagne des européennes.

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Sa journée de travail terminée, Didier Marandin ne rentre pas chez lui rejoindre sa femme et ses trois enfants. Aide-fromager dans une importante fruitière de la région, il fait son tour de collages d’affiches pour son parti, l’UPR, à raison de deux à trois fois par semaines depuis deux mois.

« Depuis la présidentielle et les législatives de 2017, on continue d’essayer de faire connaître l’UPR au plus grand nombre, et de convaincre les gens de sortir de cette Europe dirigée par Bruxelles », dit-il avec conviction.

« Et ça fonctionne ! En 2016, il y avait 13 000 adhérents, aujourd’hui plus de 37 000. Pendant la présidentielle, c’était dingue, on a compté jusqu’à 300 adhésions par jour. Et pas des adhésions gratuites comme pour Macron, non, des adhésions payantes. Ça montre le vrai soutien des gens. »

Sa rencontre avec les idées d’Asselineau date de 2016. Victime d’un infarctus, Didier utilise sa convalescence pour se cultiver, approfondir ses connaissances en Histoire, regarde des vidéos sur internet. Il tombe par hasard sur les conférences en ligne d’Asselineau, et il est immédiatement séduit par le discours de l’inspecteur général des finances en disponibilité.

« Asselineau m’a tout appris en politique. Il m’a ouvert les yeux. Il explique les choses clairement, comme un professeur. Il démonte les rouages du système et pose les bonnes questions. D’ailleurs, ce sont des interrogations que l’on retrouve chez les Gilets jaunes maintenant. »

Conseiller municipal de son petit village niché dans la vallée de la Loue, Didier Marandin décide alors – à 54 ans – d’adhérer à l’UPR. Lui qui n’avait jamais été membre d’aucun parti, lui qui a « voté Mitterrand puis Chirac contre Le Pen », lui qui a « voté pour Sarkozy par dépit », s’est toujours senti plutôt à gauche, et même à une époque proche des idées de Mélenchon.

« Avant, je nageais en eaux troubles ; aujourd’hui tout est plus clair », confie-il. Fils de parents ouvriers qui ne s’intéressaient pas à la politique, titulaire d’un BEP en électricité, il a connu plusieurs métiers : ouvrier en métallurgie, en galvanoplastie, intérimaire dans l’industrie, plongeur en restauration.

Sa passion pour l’Histoire locale (il a rédigé deux monographies), la généalogie, l’a même conduit à travailler comme guide dans un écomusée du Haut-Doubs. Avant que les problèmes budgétaires de l’association qui l’embauchait ne le conduisent à retrouver un emploi dans l’entreprise fromagère où il travaille désormais.

Lui qui se définit comme un « universaliste, quelqu’un qui s’intéresse à tout » a un désir sans fin de nouvelles connaissances. Le ras-le-bol face à des politiques qui ne respectent pas leurs engagements, une France qui se délite d’année en année, un monde qu’il estime dirigé par le « Nouvel ordre mondial et les dix familles les plus riches de la planète », le poussent à devenir militant : « Nous sommes dirigés par des gens que nous n’avons pas élus, et par des multinationales et des lobbies. Il faut libérer la France de la dictature européenne et sortir des traités. C’est ce que propose l’UPR, et depuis 12 ans ! C’est un parti inspiré du Conseil national de la Résistance (CNR) de Charles de Gaulle formé à partir de 1943 pour lutter contre les Allemands et les collabos de Vichy. Nous sommes un parti de rassemblement et de résistants. »

En 2017, il rencontre François Asselineau lors d’un meeting à Dijon. « Le grand chef » vient lui serrer la main. « Il a fait de hautes études et reste quelqu’un de simple, lui qui pourrait être président. Il a même mangé des crêpes avec nous… », se souvient-il, sourire aux lèvres.

Désirant faire quelque chose pour la cause, Didier décide alors de s’impliquer lors des campagnes présidentielle et législatives et commence à coller des affiches dans les villages de son secteur.

« Les gens d’ici sont peu intéressés par la politique et ne regardent pas beaucoup Internet. Alors les affiches c’est important. Je colle plutôt en fin de journée, pour être tranquille, éviter les voitures qui me klaxonnent, et aussi… ne pas être reconnu. Car les gens n’aiment pas trop ceux qui collent des affiches politiques. »

Son militantisme lui prend du temps, et de l’argent.

Depuis 2017, il a fait des centaines de kilomètres à travers la campagne franc-comtoise sous le soleil et la pluie pour coller, repérer les nouveaux endroits pour poser des affiches, veiller à ce qu’elles ne soient pas recouvertes par celles des autres partis. Et malgré le faible résultat de son mentor, sa ferveur ne faiblit pas.

Avec son utilitaire jaune, on le prend parfois pour le facteur. « Régulièrement, des gens viennent vers moi avec leur courrier à envoyer… »

Didier est très organisé. Il a des affiches de différentes tailles, qu’il choisit suivant les panneaux qu’il a auparavant soigneusement répertoriés sur une carte de la région. « Pour les stations-services, les transformateurs électriques, je pose des autocollants, et pour les abribus j’utilise du scotch. J’ai aussi des punaises et une agrafeuse », me précise-t-il.

Le collage d’affiches, ça ne s’improvise pas…

La discussion se poursuit autour des idées de l’UPR. Didier se révèle très prolixe sur le sujet, même s’il avoue être habituellement discret sur son adhésion au parti.

« Je ne veux pas que mes collègues ou que les gens du village soient au courant. Ils ne comprendraient pas. L’UPR est tellement dénigrée dans les grands médias. Les gens pensent tout de suite que vous êtes contre les autres pays, alors que ce n’est pas du tout ça. Nous n’avons pas la même culture, nous n’avons pas la même Histoire, pas la même langue. Les autres nations ne sont pas nos ennemis pour autant. Mais l’Union européenne, ça ne peut pas marcher. Et nous sommes de plus en plus nombreux à le penser, des gens qui viennent de tous les bords, du Front de gauche au Rassemblement national. »

Encore un peu de colle sur les doigts, il poursuit : « Ils veulent qu’on soit uniquement des consommateurs. On n’a plus le droit à la parole. L’élection est juste là pour qu’on ait encore l’impression d’être en démocratie. Il faut que les choses changent, et rien ne changera tant qu’on restera dans les traités européens. « La République En Marche », c’est cela l’extrême-droite, ce n’est pas nous ! Nous, nous voulons que les gens puissent décider par eux-mêmes. L’Union européenne, c’est l’U.R.S.S. avant la chute du Mur. »

Tel est le constat en demi-teinte d’un militant en campagne dans sa campagne, qui continue néanmoins fermement d’espérer le grand Réveil des Français et des Européens.

Vince GROS
www.g-vincent.fr
Reportage réalisé le 20 mai 2019 dans le secteur de Quingey (Doubs).

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