Pourquoi le comité Nobel de la paix vient-il de démettre son président, Thorbjørn Jagland ?

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    Le président du Comité Nobel de la Paix, Thorbjørn Jagland, annonce comme chaque année à Oslo le nom du nouveau lauréat. Derrière lui, l'homme de l'ombre des Américains,  le secrétaire du Comité Nobel, Geir Lundestad.

Le président du Comité Nobel de la Paix, Thorbjørn Jagland, annonce comme chaque année à Oslo le nom du nouveau lauréat. Derrière lui, l’homme de l’ombre des Américains, le secrétaire du Comité Nobel, Geir Lundestad.

Cela fait plusieurs années que j’attire l’attention de mes auditoires sur la gigantesque manipulation que constitue l’attribution du prétendu  « Prix Nobel de la Paix » par le Comité Nobel d’Oslo, complètement infiltré par les intérêts euro-atlantistes, notamment par l’entremise de son président Thorbjørn Jagland et de son secrétaire général Geir Lundestad.

Je renvoie notamment ici à ma conférence sur « la tromperie universelle » – et plus spécialement à tout le premier chapitre consacré justement au « Prix Nobel de la Paix ».

  • Une décision sans précédent historique

Or, selon une décision sans précédent prise ce mardi 3 mars, le président du comité Nobel de la paix Thorbjørn Jagland vient d’être rétrogradé au rang de simple membre.

Pour un homme qui a été Premier ministre de Norvège, président du Parlement norvégien, et qui est actuellement en parallèle Secrétaire général du Conseil de l’Europe, c’est une déchéance sans précédent dans l’histoire plus que centenaire du prix.

Je rappelle que Thorbjørn Jagland a été Président du Comité Nobel de la Paix depuis 2009 et que sa présidence a été émaillée d’une série d’attributions plus scandaleuses les unes que les autres, dont le point commun était qu’elles servaient toutes les intérêts supérieurs des États-Unis d’Amérique :

Sous sa présidence, le Prix Nobel de la Paix a en effet été attribué :

  • – EN 2009, au président américain en exercice BARACK OBAMA « pour ses efforts extraordinaires afin de renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples » [ sic ! ]
  • – En 2010 au « dissident » chinois LIU XIAOBO « pour sa lutte de longue durée et sans violence, en faveur des droits de l’homme en République populaire de Chine » [ sic !]

Je renvoie les lecteurs à ma conférence citée précédemment pour découvrir qui est exactement Liu Xiaobo.

Liu Xiaobo est un homme qui a travaillé au milieu des années 1990 pour le magazine Chine Démocratique, financé par la « Dotation Nationale pour la Démocratie » (National Endowment for Democracy ou NED), dont les fonds proviennent essentiellement du Département d’État américain, et qui agit comme l’un des faux nez de la CIA.

Il en reçoit une salaire régulier, qui aurait été de 23 004 dollars américains en 1995.

En 2004, il a publié un article intitulé « Victory to the Anglo-American Freedom Alliance » où il qualifie les guerres menées par les États-Unis après la guerre froide, comme étant « le meilleur exemple de la façon dont les guerres doivent être menées dans une civilisation moderne » ; il prédit qu’« un Iraq libre, démocratique et paisible va naître ».

Pendant l’élection présidentielle américaine de 2004, il a félicité le président sortant, George Bush, de son effort de guerre en Iraq et reproché au candidat démocrate John Kerry de ne pas soutenir suffisamment les guerres américaines….

Il a déclaré que « quelle que soit la gravité des risques encourus en abattant Saddam Hussein, l’inaction entraînerait des risques encore plus grands, comme le prouvent la seconde Guerre mondiale et le 11 septembre ! ». À ses yeux, « la guerre contre Saddam Hussein est juste, la décision du président Bush est la bonne.

De 2003 à 2007, il a présidé l’Independent Chinese Pen Center, un organisme basé en Suède et financé annuellement, encore et toujours, par la National Endowment for Democracy.

  • – En 2011, à  ELLEN JOHNSON SIRLEAF, LEYMAH GBOWEE ET TAWAKKOL KARMAN « pour leur lutte non-violente pour la sécurité des femmes et leurs droits à une participation entière dans la construction de la paix »

Je renvoie là aussi les lecteurs à ma conférence citée précédemment pour découvrir qui sont exactement :

  • Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Liberia mise en place par Washington,
  • et Tawakkol Karman, jeune femme turco-yéménite de 32 ans, déjà détentrice du « Women of Courage Award » ) du Département d’État américain et que son frère, le poète Tariq Karman, a accusé publiquement de « collaborer avec les Américains ».
  • – En 2012, À L’UNION EUROPÉENNE « pour avoir contribué pendant plus de six décennies à promouvoir la paix et la réconciliation, la démocratie et les droits de l’Homme en Europe » [sic ! Au passage, l’Union européenne ayant été créée en 1992, on se demande comment elle a pu « contribuer pendant plus de six décennies à la paix »]

Je renvoie à notre analyse de l’époque.

  • POURQUOI CETTE SOUDAINE DISGRÂCE DE THORBJØRN JAGLAND ?

Pour l’instant, les articles de la presse norvégienne se perdent en conjectures sur les raisons d’une pareille disgrâce, sur laquelle les protagonistes sont restés muets comme des carpes (cf. l’article qui vient tout juste de paraître dans l’Aftenposten et que l’on peut traduire avec Google traduction)

Il est peu probable qu’une décision pareille ait pu résulter de simples combinaisons politiques au sein du Parlement norvégien, dont sont tous issus les membres du Comité Nobel de la Paix.

Dans ces conditions, et sauf rebondissements concernant des motifs de nature privée ou crapuleuse, deux explications semblent plausibles :

  • 1ère hypothèse : La Norvège aurait voulu plaire à Pékin

L’hypothèse évoquée par plusieurs dépêches est que le gouvernement norvégien serait intervenu en coulisses pour démettre Thorbjørn Jagland de son poste, et cela à la demande expresse de Pékin. La Chine a en effet suspendu depuis bientôt 5 ans toutes ses relations avec la Norvège depuis l’attribution du Prix Nobel de la Paix au « dissident » chinois Liu Xiaobo financé par la NED et la CIA.

Le gouvernement d’Oslo aurait donc profité du renouvellement de mandat du président pour en changer.

Cette hypothèse n’est certes pas impossible. Elle est même plausible, mais elle ne me paraît cependant pas parfaitement convaincante car on ne voit pas bien pourquoi elle satisferait Pékin.

Thorbjørn Jagland continue en effet d’appartenir au Comité Nobel de la Paix, de même que les membres précédents, et de même que le puissant homme de l’ombre Geir Lundestad qui ont tous participé à l’attribution du Prix Nobel de la Paix à Liu Xiaobo.  Du reste, la nouvelle présidente du Comité, la conservatrice Kaci Kullman Five, est membre du Comité Nobel de la Paix depuis 12 ans et vice-présidente depuis 2008 et porte presque autant que Thorbjørn Jagland la responsabilité de cette attribution.

Le gouvernement chinois se satisferait donc de bien peu si ce jeu de chaises musicales suffisait à lui faire lever les sanctions contre la décision d’attribution du Prix Nobel de la Paix 2010 jugée absolument scandaleuse et outrageante.

Le Dalaï Lama entouré de Thorbjørn Jagland et de Kaci Kullman

Le Dalaï Lama, autre bête noire de Pékin, a eu le Prix Nobel de la Paix en 1989. On le voit ici entouré de Thorbjørn Jagland, à droite, et de Kaci Kullman Five, vice-présidente du Comité Nobel de la Paix au moment du cliché. On voit mal pourquoi Pékin serait satisfait de voir la seconde succéder au premier au poste de président…

  • 2ème hypothèse : Washington l’aurait écarté de la présidence en vue des prochaines attributions

Une autre hypothèse, que je formule, est que Thorbjørn Jagland aurait été écarté du poste de président non pas pour ses actions passées mais pour l’inquiétude suscitée par ses actions futures. Ce serait plus logique.

Il ne faut pas oublier, en effet, que le président détient, de par sa fonction, un rôle d’entraînement sur les décisions des autres membres, a fortiori lorsqu’il peut se prévaloir d’avoir été Premier ministre.

Il ne faut pas oublier aussi que Thorbjørn Jagland occupe les fonctions de Secrétaire général du Conseil de l’Europe, poste où il a d’ailleurs été réélu haut la main le 24 juin dernier. Thorbjørn Jagland l’a emporté dès le premier tour de l’élection, en obtenant 156 voix (majorité absolue) contre sa compétitrice Sabine Leutheusser-Schnarrenberger (Allemagne) 93 voix.

Je rappelle ici que le Conseil de l’Europe n’a aucun rapport avec l’Union européenne et ses institutions. C’est une organisation inter-gouvernementale créée sous influence américaine le 5 mai 1949 par le traité de Londres, dont l’objet même est la protection des droits de l’homme, le renforcement de la démocratie et de la prééminence du droit en Europe.

Depuis l’effondrement du camp socialiste, le Conseil de l’Europe rassemble désormais tous les États européens à la seule exception du Belarus (Biélorussie), même les plus petits (Monaco, Andorre, Saint-Marin, Liechtenstein) et même ceux qui sont en dehors de l’Union européenne (Islande, Norvège, Suisse, Turquie, Moldavie, Arménie, Géorgie, etc.).

Ce qui est encore plus notable, c’est que le Conseil de l’Europe compte désormais, parmi ses membres, l’Ukraine (depuis le 9 novembre 1995) et la Russie (depuis le 28 février 1996).

Notons que la Russie est ainsi État membre à part entière du Conseil de l’Europe, alors que les États-Unis ne le sont évidemment pas (ils ont néanmoins le poste « d’État observateur » ).

C’est ainsi qu’un piège diplomatique, peaufiné par Moscou, semble s’être refermé sur Thorbjørn Jagland et sur les États-Unis.

Car, en sa qualité de président du Conseil de l’Europe, Thorbjørn Jagland a le devoir d’œuvrer en faveur des objectifs de ce Conseil, et notamment de veiller au respect de la Convention européenne des droits de l’homme. Il doit bien entendu déférer à des demandes d’enquête émanant de ses États-membres, et donc de la Russie qui n’est pas le plus petit ni le moins puissant de ses membres….

Depuis qu’il a été réélu à son second mandat à la tête du Conseil de l’Europe, Thorbjørn Jagland a donc été contraint par ses fonctions, et sans doute sous la forte pression de la Russie, d’instituer un « Comité consultatif international » pour « établir si les enquêtes sur les événements du Maïdan sont conformes aux exigences de la Convention européenne des droits de l’homme ».

Dans la suite logique de cette décision, Thorbjørn Jagland s’est rendu  le 28 novembre 2014 à Moscou, pour y rencontrer le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

À l’issue de ces entretiens, Serguei Lavrov a fait cette déclaration qui doit être examiné à la loupe  : « Comme nous l’avons déjà noté – en réponse à une des questions Thorbjørn Jagland l’a souligné une fois de plus -, nous apprécions beaucoup la participation du Conseil de l’Europe par le biais d’un groupe consultatif international dans l’enquête sur les événements du Maïdan. Plus tard, ce groupe a été également chargé d’enquêter sur les événements survenus le 2 mai dernier à Odessa. Nous sommes convaincus que d’autres incidents qui ont provoqué une vague d’indignation en Europe et dans le monde, pourraient eux aussi faire l’objet d’enquêtes menées par le Conseil de l’Europe. »

Comme président du Conseil de l’Europe, Thorbjørn Jagland ne pouvait certes pas faire autrement.

Mais on peut comprendre que Washington qui a organisé le coup d’État contre le président Ianoukovicth et qui a organisé, notamment via le milliardaire George Soros et son « Open Society Foundation ») les événements du Maïdan, n’ait pas apprécié du tout que le Conseil de l’Europe prenne ces initiatives.

Dès lors, il serait logique de penser que Thorbjørn Jagland a perdu le soutien de Washington et que les dirigeants euro-atlantistes ne souhaitent pas le voir maintenu à la tête du Comité Nobel de la Paix.

    Thorbjørn Jagland à Moscou, en grande conversation amicale avec Serguei Lavrov. La mésaventure survenue ce 3 mars 2015 à Oslo à Thorbjørn Jagland ne découle-t-elle pas du fait que les présidences du Conseil de l'Europe et du Comité Nobel de la Paix  sont devenues inconciliables, du fait de la Nouvelle Guerre Froide initiée par Washington contre Moscou ?

Thorbjørn Jagland à Moscou, en grande conversation amicale avec Serguei Lavrov. La mésaventure survenue ce 3 mars 2015 à Oslo à Thorbjørn Jagland ne découle-t-elle pas du fait que les présidences du Conseil de l’Europe et du Comité Nobel de la Paix sont devenues inconciliables, du fait de la Nouvelle Guerre Froide initiée par Washington contre Moscou ?

  • Conclusion : le Prix Nobel de la Paix 2015 sera-t-il  un « Prix anti-Poutine » ?

Ce qui renforce encore la seconde hypothèse, c’est que Thorbjørn Jagland n’a pas été reconduit alors qu’il disait publiquement le souhaiter, et que la réunion au cours de laquelle cette décision a été prise, – qui était la première de l’année -, avait non seulement  pour objet de déterminer la distribution des rôles au sein du comité, mais aussi de passer en revue les candidatures au prix Nobel de la paix 2015. On apprend que 276 personnes et organisations ont été pré-sélectionnées (par Geir Lundestad, bien sûr).

L’homme de l’ombre Geir Lundestad, homme des Américains s’il en est, aurait-il fait comprendre à l’assistance que le Prix Nobel de la Paix 2015 devait cette fois-ci viser la Russie ?

Par exemple en accordant ce Prix à Arseni Iatseniouk, le Premier ministre ukrainien mis en place par les Américains, ou, plus grave encore, en accordant ce Prix Nobel de la Paix à un opposant déclaré à Vladimir Poutine…

Thorbjørn Jagland aurait-il alors fait comprendre que, du fait de ses fonctions à la tête du Conseil de l’Europe, il ne pourrait pas avaliser et annoncer une telle nomination devant les caméras du monde entier, comme c’est l’usage pour le président du Comité Noble de la Paix ? Et que dès lors, il aurait été convenu entre tous les participants qu’il devait céder cette place à un autre membre ?

Réponse à la mi-octobre 2015.

François ASSELINEAU

3 mars 2015

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