Mme Sylvie Heyvaerts, responsable de France Insoumise dans la circonscription de Soissons et ex-candidate FI aux législatives de 2017, quitte FI pour rejoindre l’UPR et explique pourquoi.

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Sylvie Heyvaets a expliqué sa décision par un message très circonstancié, publié sur la page Facebook de « Soissons insoumise », que vous pouvez retrouver à ce lien : https://www.facebook.com/groups/150660085768715/permalink/371736243661097/

Cliquez ici pour lire son texte

Chers Amis Insoumis,

J’ai décidé de quitter la France Insoumise.

Non parce que je serais en désaccord avec le programme l’Avenir en Commun, mais parce que je ne parviens plus à trouver dans le discours de FI la cohérence qui me permettrait de m’engager dans la bataille des européennes. « L’Europe, on la change ou on la quitte », résumait de façon simple le positionnement de FI sur l’Europe. La menace de départ de la France devant permettre d’instaurer un rapport de force pour renégocier un certain nombre de points fondamentaux dans les traités européens. Au fur et à mesure, la perspective d’une sortie unilatérale de l’ UE s’est évaporée et le plan B est devenu bien flou.

Je voudrais reprendre ici plus précisément la stratégie développée par FI, pour expliquer en quoi elle ne me convainc plus.

La FI nous explique que « la désobéissance » est légale. Elle consiste à prendre une option de retrait. C’est-à-dire qu’un pays peut se désolidariser d’un aspect des traités européens.

Donc si nous voulons mettre en œuvre notre programme, il va falloir prendre une option de retrait sur un nombre important de points.

– Sur les articles 168 et 169 du TFUE qui donnent la priorité au profit sur la santé.

– Sur les articles 32 et 33 qui organisent la libre circulation des capitaux, des marchandises et des services.

– Sur l’article 106 qui prévoit l’ouverture à la concurrence de tous les services publics.

– Sur l’article 21 qui impose la diminution de la protection sociale et le démantèlement du droit du travail.

– Sur les articles 38 et 39 qui placent les agriculteurs dans une concurrence sans merci avec des pays à très bas coûts de salaire, et les entraînent dans une course éperdue à la productivité.

Autant dire que c’est une remise en question totale de la logique qui gouverne l’Union européenne depuis le début, et dont une grande partie a déjà été transposée dans les droits nationaux.

Une telle remise en cause constitue en fait une refondation totale de l’UE sur des bases humanistes et éco-sociales.

Alors pouvons-nous réécrire entièrement la constitution de l’UE en y impulsant un changement de paradigme aussi total ? La modification des traités doit être votée à l’unanimité ce qui rend toute modification quasi impossible. On pourrait alors réécrire un autre traité qui écraserait tous les autres. Examinons des lors quel nouveau compromis pourrait naître de l’alliance de 28 pays aux intérêts contradictoires.

Harmonisation fiscale ? Le Luxembourg et les Pays-bas seront contre.

Harmonisation sociale ? Comment s’y prend-on pour harmoniser les législations sociales de 28 pays lorsque concernant le « SMIG » les écarts vont de 200 € mensuels à 2000 € ? et que c’est précisément cet avantage social qui assure la compétitivité de ces pays de l’Est et conditionne à l’heure actuelle leur équilibre économique ?

Par quel miracle arriverions nous à un accord qui serait autre chose qu’un accord tronqué sur un moins-disant social, environnemental, fiscal ?

N’est-il pas temps de se rendre compte que cette alliance à 28 a précisément pour objectif d’aboutir à cette impuissance qui sert les intérêts de l’oligarchie ?

De plus, à l’heure où la population demande le RIC, il me paraît tout à fait déraisonnable de recréer une structure plurinationale (même plus réduite), impliquant des délégations importantes de souveraineté. Nous avons un besoin urgent de démocratie et l’échelon national avec son organisation en départements et en communes héritée de la révolution française garantit la proximité nécessaire à l’exercice d’un réel pouvoir citoyen.

Donc j’en arrive à la conclusion qu’il ne saurait y avoir de démocratie en Europe, ni en refondant les traités, ni en restant bloqué avec 28 pays aux intérêts divergents dans une structure englobante.

Si l’on veut bien concevoir les objectifs d’un autre point de vue, une stratégie bien plus directe et bien moins aléatoire se dessine.

Notre projet est de faire bifurquer tout notre système de production vers un fonctionnement basé sur la règle verte et la solidarité. Ajoutons à cela que nous devons le faire vite, car la dégradation sociale et environnementale a atteint des sommets.

C’est pourquoi nous devons sortir de l’Union européenne. Dès le lendemain du Frexit nous pourrons :

1. Défendre sérieusement l’environnement en sortant du dogme de la mondialisation et du libre-échange, qui amènent à faire fabriquer à 15 000 km de chez soi des produits qui pourraient être produits localement.

2. Empêcher les délocalisations des industries et les privatisations de notre patrimoine national.

3. Engager une transition énergétique d’envergure créatrice de millions d’emplois.

4. Reconstruire des services publics dignes de ce nom, et empêcher la privatisation de ces secteurs.

5. Renationaliser les entreprises stratégiques : SNCF, Autoroutes, Orange, TF1, Gestion de l’eau, EDF GDF, Poste, etc…

6. Préserver la pêche artisanale et l’agriculture familiale. Soutenir la conversion vers le Bio, autoriser les semences libres, trouver des alternatives au glyphosate.

7. Augmenter le SMIC et les minimas retraite tout en allégeant les charges des petites entreprises.

8. Préserver l’unité nationale en stoppant les réformes des euro-régions menées dans le dos des Français, sans leur consentement, qui passent par le regroupement forcé de communes et l’assèchement des finances desdites communes et des départements.

9. Redonner puissance à notre démocratie en instaurant le RIC.

10. Ouvrir la France sur le reste du monde notamment sur la francophonie, sortir de l’OTAN et cesser de soutenir les guerres criminelles des USA , œuvrer pour la paix.

Et pendant les deux années qui s’écoulent entre la décision de quitter l’Europe et la sortie effective (avec ou sans accord) rien ne nous empêchera de prendre des options de retrait unilatéral.

Cette question n’est pas une dissertation théorique. Elle revêt une urgence absolue. Tous les jours des pans entiers de notre richesse nationale sont cédés à des intérêts privés, les structures juridiques qui ont organisé la solidarité sont méthodiquement fracassées, l’indivisibilité même de la nation est remise en cause par des traités signés derrière le dos des Français.

C’est trop ! Nous devons avoir une réaction à la hauteur du danger !

Si la France reprend de manière claire sa souveraineté en sortant de l’UE, elle offrira un point d’appui ferme pour les peuples qui souhaitent mener une politique qui mette fin au pillage des richesses, au saccage de l’environnement, et au mépris de l’être humain.

Nous pourrons alors monter conjointement de beaux projets, sans pour autant qu’il soit nécessaire de recréer une entité supra-étatique.

Nous pourrions par exemple élaborer un plan de dépollution de la Mer méditerranée avec les pays riverains. Nous pourrions renforcer les dispositifs conjoints de lutte contre les incendies, nous pourrions nous entendre sur une politique de sauvetage des migrants et d’accueil. Etc…

A cela s’ajoute un bénéfice financier non négligeable : sortir de l’UE c’est récupérer immédiatement au minimum 34 milliards d’euros par an :

– 9 milliards qui résultent de la différence entre ce que nous donnons à L’UE et ce qui nous est reversé. (La France verse 23 milliards et en récupère 14)

– 5 milliards d’euros liés à des dépenses hors budget (cofinancement et sanctions financières).

– 20 milliards récupérables rapidement sur la fraude et l’évasion fiscales en rétablissant le contrôle sur les mouvements de capitaux.

Sans compter les économies colossales découlant de l’allègement des réglementations issues de l’UE dont les coûts de gestion pesant sur les administrations, les entreprises publiques et privées, les artisans etc, qui sont estimées à 35 milliards annuels.

Le Frexit en ce qu’il est une réponse ferme et déterminé aux exactions de la caste des oligarques est nécessairement une mesure « de gauche ». Ce sujet ne doit plus être tabou.

Un grand parti populiste comme l’est la France Insoumise, pourrait d’autant plus facilement assumer cette approche que la construction de l’Europe est frappée d’illégitimité depuis 2005 puisque le peuple français l’a refusée.

Il est urgent que cette blessure démocratique soit soignée et qu’une nouvelle occasion de se prononcer soit donnée au peuple. On ne peut pas demander aux citoyens d’aller voter, et ensuite bafouer leur vote.

Comme le dit Frédéric Lordon « La gauche ne peut plus couler un désir internationaliste dans les pires propositions du néolibéralisme ».
Eu égard à ces réflexions, j’ai décidé de soutenir la campagne de François Asselineau, qui est aujourd’hui le seul à porter la revendication du Frexit dans l’espace public.

A ceux qui crient au loup parce que Francois Asselineau a été proche de Charles Pasqua et membre du RPF, je renvoie sur les explications très détaillées qu’il a lui-même données, et qui me semblent suffisamment convaincantes. M. Asselineau est depuis le début un fervent gaulliste et adversaire de la construction européenne néolibérale et il a pensé trouver dans le RPF un vrai parti souverainiste, avant de s’apercevoir qu’il s’était trompé.

Je n’ai personnellement jamais vu ou entendu chez lui aucun propos raciste, antisémite, identitaire, etc.. qui permettrait de l’identifier à l’extrême droite. Au contraire, j’y trouve une culture universaliste, laïque, et républicaine absolument évidente. Je regrette que des débats sur le fond n’aient jamais eu lieu entre les responsables de FI et l’UPR. Mais c’est vrai qu’Asselineau avec ses 0,98% des voix est quantité négligeable ! Au moins ne pourrais-je pas être taxée d’opportunisme !!

Je reste bien évidemment solidaire de tous les autres combats de la France Insoumise.

Sylvie Heyvaerts
07 mars 2019

Commentaires

Je ne connais pas Sylvie Heyvaerts et je n’avais jamais entendu parler d’elle avant que l’on me signale la décision qu’elle a prise librement et par elle-même ce 7 mars 2019.

Au nom de tous les adhérents et sympathisants de l’UPR, je la remercie et la félicite vivement pour ce choix. Sa décision n’a sans doute pas dû être facile à prendre, mais elle témoigne de sa liberté et de sa rectitude de pensée. Je suis très touché par la pertinence du mot explicatif qu’elle a publié de sa propre initiative.

Face au désastre immense dans lequel la France s’enfonce, Sylvie Heyvaerts a compris que l’heure n’était plus aux ambiguïtés politicardes et aux demi-mesures.

L’heure est à l’union nationale des Français, l’heure est à un nouveau Conseil national de la résistance pour mener à bien le Frexit. Il y va de notre liberté, de notre niveau de vie, de notre sens de l’égalité et de la justice sociales.

Je recevrai Sylvie Heyvaerts dans les prochains jours au siège de l’UPR pour lui témoigner toute notre gratitude.

François Asselineau
7 mars 2019



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