La Reine Elisabeth II donne un discret coup de pouce de dernière minute au camp du Brexit

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Credit: Eddie Mulholland for The Telegraph

Mais que pense la reine d’Angleterre du Brexit ?
« That is the question »….

Comme chacun sait, l’adage politique traditionnel Outre-Manche veut que « le monarque règne mais ne gouverne pas ». Ce principe cardinal, qui explique pour une large part la longévité de la monarchie britannique, a pour conséquence que la reine et les membres de la famille royale veillent à ne jamais s’exprimer personnellement et publiquement sur les affaires politiques du pays.

Les discours de nature politique qui sont lus par la reine – à commencer par le discours du trône annuel – sont toujours intégralement rédigés par les services du Premier ministre, validés par celui-ci et son gouvernement, et lus par le monarque britannique à la virgule près.

Ce verrouillage de la parole royale n’empêche cependant pas l’opinion publique et les médias britanniques de se poser la question de savoir ce que pense la reine, en son for intérieur, des grands sujets politiques du moment, surtout s’ils provoquent des oppositions passionnées.

Les médias rivalisent alors d’ingéniosité pour tenter de décrypter la moindre phrase, aussi sibylline soit-elle, prononcée en public par la souveraine, qui permettrait de percer à jour ses pensées profondes.

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Le magistère moral d’Elisabeth II
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Il ne s’agit pas seulement d’un réflexe de paparazzi. Cela relève aussi de la stratégie politique bien comprise de tel ou tel camp. Car le magistère moral qu’exerce le monarque sur le peuple britannique peut avoir un impact concret considérable.

C’est tout particulièrement vrai avec l’actuelle reine d’Angleterre.

Ayant dépassé les 90 ans, Elisabeth II est en effet devenue le monarque britannique ayant régné le plus longtemps de l’Histoire. Et elle continue à jouir d’une grande popularité, après 64 ans et 4 mois de règne. Un sondage de 2009 de l’institut YouGov avait même conclu qu’elle était la personnalité publique perçue comme la plus digne de confiance par les Britanniques.

Savoir ce que pense Elisabeth II, au fond de son cœur, du Brexit est devenu, au cours des derniers mois un enjeu de toute première importance.

Car, puisque les Britanniques vont se prononcer directement sur la question de leur souveraineté nationale, tout le monde imagine que c’est un sujet qui intéresse au premier chef… le souverain britannique, de son vrai nom Elisabeth Alexandra Mary Windsor, reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, reine de quinze autres États souverains et de leurs territoires et dépendances, et chef du « Commonwealth of Nations » regroupant 53 États.

En réalité, la seule façon un tant soit peu crédible de deviner les arrière-pensées de la souveraine ne consiste pas à décortiquer les discours préparés par Downing Street, mais les « petites phrases » – toujours savamment ambiguës – qu’Elisabeth II ou son entourage se permettent, à de très rares occasions, d’exprimer en public.

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La « petite phrase » contre l’indépendance de l’Écosse
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Tel fut le cas dans la dernière ligne droite d’avant le référendum d’autodétermination en Écosse en 2014.

Alors qu’Elisabeth II avait gardé un mutisme total sur la question pendant toute la durée de la campagne, elle s’était autorisée, quelques jours avant le scrutin, de glisser une simple phrase. En rencontrant quelques fidèles à la sortie de l’église, près de son château écossais de Balmoral, la souveraine avait lâché : « Les Écossais devraient bien réfléchir ».

Ce propos faussement anodin avait fait l’effet d’une bombe. La « petite phrase » avait aussitôt été répercutée par les grands médias et très largement interprétée comme un appel, discret mais indéniable, en faveur du camp du Non à l’indépendance. Ce qui fut d’ailleurs le cas, puisque le rejet de l’indépendance sortit finalement vainqueur.

Et pour le référendum sur le Brexit ?

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La « petite phrase » du 21 juin 2016 pour le Brexit
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En juin 2015, plusieurs médias britanniques – dont le Sun – avaient conclu que la reine était… en faveur d’un maintien dans l’UE, après qu’elle eut prononcé un discours à Berlin, dans lequel elle appelait à lutter contre les « divisions de l’Europe ». Mais les médias feignaient ainsi d’ignorer que ce discours avait été rédigé, comme tous les autres, par les services de David Cameron…

En mars 2016, le Sun a lancé une nouvelle campagne affirmant cette fois-ci que la reine Elisabeth II était en faveur du Brexit. Le quotidien populaire britannique, le plus lu outre-Manche (avec 1,8 million d’exemplaires), affirma qu’il avait la preuve de cette opinion et qu’il s’appuyait sur deux sources.

Selon l’une de ces deux sources, la reine aurait eu une altercation assez violente avec le vice-Premier ministre de l’époque, et leader du parti libéral-démocrate, Nick Clegg. Le contenu des entretiens de la souveraine avec qui que ce soit n’est normalement jamais, au grand jamais, révélé.

Nick Clegg, probablement l’une des personnalités politiques britanniques les plus europhiles rétorqua que les allégations du Sun, fleuron de l’empire Murdoch, relevaient du « grand n’importe quoi ». « C’est faux, je ne peux pas être plus clair que cela », avait-il dit à la presse le 10 mars dernier, avant de regretter que le camp en faveur d’une sortie de l’UE « mêle la reine à ce débat ».

Mais Nick Clegg disait-il lui-même la vérité ?

Quoi qu’il en soit, le palais de Buckingham, probablement sous une intense pression du Premier ministre, rendit public un démenti total, et annonça qu’il allait porter plainte contre le tabloïd. On ignore ce que cette plainte est devenue.

Restait à savoir si la reine allait s’exprimer cette semaine, quelques jours avant le référendum fatidique.

D’après certains articles de presse, le premier ministre David Cameron, qui rencontre la reine chaque semaine du fait de ses fonctions, aurait tenté d’obtenir d’Elisabeth II une « petite phrase » en faveur du maintien dans l’UE.

Alors que la campagne se clôture ce soir, 22 juin, force est de constater qu’il ne l’a pas obtenue.

En revanche, un article paru hier, 21 juin 2016, dans le très sérieux quotidien « Telegraph », a donné satisfaction à tous les partisans du Brexit. Car ils y ont vu la fameuse « petite phrase » tant attendue émanant de la souveraine et susceptible de galvaniser les indécis en leur faveur. (cf. article ci-dessous)

De façon faussement anodine, comme lors de sa sortie dans l’église de Balmoral, Sa Majesté Elisabeth II a profité d’un dîner à Buckingham Palace pour demander à ses convives qu’ils « lui donnent trois raisons pour lesquelles la Grande-Bretagne devrait rester dans l’Europe ».

Si l’on y réfléchit un instant, une telle demande n’est neutre qu’en apparence.

Cette question véhicule l’idée que la reine d’Angleterre a beau se creuser la tête, elle n’arrive décidément pas à trouver, par elle-même, au moins 3 raisons pour que le Royaume-Uni reste dans l’Union européenne…

Preuve qu’il s’agissait d’une action préméditée, le « Telegraph », toujours très respectueux de la Couronne, a été autorisé à faire état de cette question dans ses colonnes. Et l’article de son rédacteur en chef (traduit ci-dessous) n’a pas été un instant démenti, ni critiqué, par Buckingham Palace.

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Conclusion : une subtile souveraine de 90 ans
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Cette question subtile a fait comprendre à tout le monde que le cœur de la souveraine penche en faveur de la sortie de l’UE. Sinon, elle aurait demandé à ses invités qu’ils « lui donnent trois raisons pour lesquelles la Grande-Bretagne devrait sortir de l’Europe »…

À 90 ans et après 64 années de règne, Sa Majesté Elisabeth II vient de donner avec beaucoup de finesse le seul « coup de pouce » que les rigides institutions britanniques l’autorisait à prodiguer. Force est de constater qu’elle l’a fait en faveur du Brexit.

Compte-tenu de l’audience de la reine dans l’opinion, c’est un cadeau… royal pour les partisans de la sortie de l’UE.

François ASSELINEAU
22 juin 2016

Je reproduis ci-après la traduction du bref article du « Telegraph » du 21 juin 2016. Je remercie vivement Dimitri, l’un des actifs adhérents de l’UPR, pour la traduction.

 

RÉFÉRENDUM SUR L’UE : LA REINE DEMANDE À SES INVITÉS DE LUI DONNER TROIS RAISONS POUR LESQUELLES LA GRANDE BRETAGNE DEVRAIT RESTER DANS L’EUROPE.
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par Gordon Rayner, Rédacteur en chef
21 juin 2016 – 16h38

 

La Reine a sollicité l’avis de ses hôtes, lors d’un diner, à propos du débat sur l’UE en demandant : « Détaillez-moi trois bonnes raisons pour que la Grande Bretagne reste dans l’Europe ».

 

Le biographe de sa Majesté, Robert Lacey, a rapporté les commentaires de la Reine et a suggéré qu’ils pouvaient signifier que celle-ci soit en faveur d’un retrait de l’Union Européenne.

 

Buckingham Palace n’a pas confirmé si oui ou non la Reine a débattu des avantages du Brexit en privé, mais certaines sources royales semblent accréditer l’information en affirmant que les mots attribués à la Reine étaient « une question, non une déclaration ».

 

Cependant, la nature importante de cette question ajoute du poids aux déclarations antérieures selon lesquelles la Reine voudrait que la Grande Bretagne se retire de l’UE.

L’original en anglais peut être lu ici.

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