La « construction européenne » est irréversible. Il est donc trop tard pour faire marche arrière. C’est le sens de l’Histoire.

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Le fait même d’avoir rajouté l’article 50 au TUE, qui prévoit la possibilité juridique de rupture de la participation d’un État membre à l’Union européenne, est la preuve même du doute de l’irréversibilité de cette « construction ». Il en est de même pour les Allemands qui demandent à obtenir dans les traités une clause de retrait de l’euro.

Jamais aucun choix du peuple souverain ayant ratifié un traité, que ce soit par ses représentants ou par référendum, est irréversible. Le principe même de la vie, c’est que l’on peut changer d’avis. En démocratie, le peuple a le droit de changer d’avis et de se tromper : ce qu’un peuple a décidé de faire un jour, il peut décider de le défaire ultérieurement. Sinon, les mandats électifs seraient à vie et Valéry Giscard d’Estaing, ayant été élu en 1974, n’aurait pas pu être chassé de l’Élysée en 1981. Pourquoi donc les Français, ayant ratifié d’extrême justesse le traité de Maastricht en 1992, sur la foi de promesses qui ont été entièrement démenties par les événements ultérieurs, n’auraient-ils pas le droit d’en libérer la France deux décennies après ?

La « construction européenne » serait-elle un dogme religieux ? Demandez à tout contradicteur qui refuse avec arrogance et dérision de débattre de la sortie de l’Union européenne si elle est à ses yeux un dogme religieux. Cela représenterait-il un sacrilège que de remettre le dogme en cause ? Serait-ce un blasphème ? La remise en cause du principe même de la « construction européenne » constituerait-elle un délit d’opinion ? Faites-lui remarquer que la construction européenne n’est jamais qu’un choix politique, et demandez-lui s’il trouve normal, dans une démocratie, qu’un choix politique soit considéré de facto comme interdit de tout débat et de toute contradiction. Est-il normal de ne jamais comparer les résultats de la « construction européenne » aux promesses faites à son sujet ? Attirez son attention sur le fait que le traité de Maastricht, qui ne fut ratifié que par une majorité extrêmement faible de 51 % de votants (et seulement 34,4 % d’électeurs inscrits), n’a tenu aucune des promesses que ses partisans avaient fait miroiter aux Français pour les exhorter à voter Oui au référendum du 20 septembre 1992. Bien au contraire, alors que l’euro avait été présenté comme devant créer « plus de richesses, plus de croissance et plus d’emplois », la zone euro est la zone de plus faible croissance mondiale depuis plus de dix ans. De même, alors que l’Union européenne devait rendre la France « plus puissante », notre pays ne cesse de dégringoler et voit sa présence s’effacer à toute allure à travers le monde, notamment au profit d’une américanisation accélérée de tout le continent européen. Demandez donc à votre contradicteur qui refuse le débat s’il trouve normal de ne jamais comparer les résultats de la « construction européenne » aux promesses faites à son sujet.

Après 60 ans d’attente, quand la « construction européenne » sera-t-elle achevée et à quoi ressemblera l’édifice ? Demandez-lui encore quand cette « construction européenne », dont les fondations ont été posées par la déclaration dite « Déclaration Schuman » du 9 mai 1950, sera achevée ? Accepterait-il d’acheter un appartement dans un immeuble en « construction » qui ne serait toujours pas achevé au bout de 60 ans, qui prendrait l’eau de partout, dont le plan serait devenu incompréhensible, dont les architectes ne seraient d’accord sur rien et dont nul ne serait capable de dire, ni quand est-ce qu’il sera achevé, ni à quoi il ressemblera lors de la remise des clés ? Demandez-lui d’ailleurs s’il sait lui-même quels seront les États membres de cette « Europe », et quel est le résultat final recherché ? Demandez-lui s’il sait même quels sont les actuels États membres ?

Pourquoi faudrait-il conserver une stratégie fixée il y a 60 ans et qui ne marche manifestement pas ? Demandez-lui ce qu’il penserait d’une entreprise qui refuserait depuis plusieurs décennies de produire son compte d’exploitation et son bilan, dont les résultats iraient par ailleurs de mal en pis, dont toutes les parts de marché s’effondreraient, et dont la direction générale refuserait pourtant mordicus de changer sa stratégie fixée… en 1950 ! Demandez-lui ainsi pourquoi l’on n’aurait pas le droit de changer une stratégie dont les résultats sont aussi désastreux. Si votre interlocuteur vous assure que, les Français ayant voté Oui au traité de Maastricht en 1992, ils ne peuvent plus revenir sur leur vote, demandez-lui pourquoi, dans ce cas, le projet de traité devant donner une « Constitution pour l’Europe », rejetée par les Français par référendum en 2005, a quand même été adopté ensuite, par des artifices de présentation puis des ruses de procédure ayant abouti au traité de Lisbonne en 2007.