SOMBRES PERSPECTIVES ÉLECTORALES POUR TRUMP

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Selon le dernier sondage de The Independent, l’opinion publique américaine est devenue nettement hostile à la guerre contre l’Iran.
▪️61% la désapprouvent (dont 44% fortement) contre 37% qui l’approuvent (dont 18% fortement)
▪️59% pensent que le lancement de cette guerre fut une mauvaise décision, 38% que ce fut une bonne décision
▪️45% jugent que les opérations militaires ne se passent pas très bien ou pas bien du tout, 25% pensent qu’elles se déroulent très bien

👉 source : https://www.independent.co.uk/news/world/americas/us-politics/trump-iran-war-popularity-charts-b2946878.html

Le sondage montre aussi que la popularité de Trump ne cesse de dégringoler.
Du 20/01/2025 au 25/03/2026 :
▪️le pourcentage des Américains qui approuvent son action a chuté de 52% à 40%
▪️ceux qui le désapprouvent sont passés de 40 à 57%

Même si ces taux de popularité restent enviables si on les compare à ceux de Macron, cette orientation continuelle à la baisse est de très mauvais augure pour les élections de mi-mandat (« midterm ») qui auront lieu le 3 novembre prochain et qui renouvelleront

  • la totalité des 435 députés (« Représentants »)
  • 1/3 des 100 Sénateurs
  • environ 2/3 des Gouverneurs des 50 États

Un éventuel raz-de-marée démocrate handicaperait lourdement l’action de Trump, d’autant plus qu’il entrera dans la seconde moitié de son second et dernier mandat.

Il ne serait même pas exclu que son mandat soit abrégé par une procédure « d’impeachment », ce qui aurait pour conséquence l’accession de Vance à la présidence.

On imagine que Trump va donc tout faire pour empêcher ce naufrage, ce qui implique qu’il trouve au plus vite une façon de se sortir de cette guerre si mal anticipée contre l’Iran.

Cette nécessité, dans laquelle Trump se retrouve coincé, d’en finir le plus rapidement possible confère évidemment aux Iraniens un atout stratégique énorme et un argument irrésistible pour refuser toute précipitation et toute concession d’ampleur dans des négociations.

C’est bien ce que l’on constate.

Pour redresser sa popularité, Trump ne doit pas seulement sortir au plus vite de la guerre qu’il a si imprudemment provoquée. Il doit aussi enrayer – encore plus rapidement – la hausse continuelle du prix de l’essence à la pompe.
Comme le révèle le tableau publié par The Independent, le prix de l’essence est en effet passé :

▪️ pour l’essence Ordinaire

  • de 3,155 $ le gallon (3,8 litres) [soit environ 0,72 € le litre…] en moyenne sur l’année 2025
  • à 3,981 $ le gallon en moyenne le 25 mars 2026 [environ 0,91 € le litre]

▪️ pour l’essence Super

  • de 3,984 $ le gallon (3,8 litres) [soit environ 0,91 € le litre…] en moyenne sur l’année 2025
  • à 4,867 $ le gallon en moyenne le 25 mars 2026 [environ 1,11 € le litre]

▪️ pour le Diesel

  • de 3,606 $ le gallon (3,8 litres) [soit environ 0,82 € le litre…] en moyenne sur l’année 2025
  • à 5,380 $ le gallon en moyenne le 25 mars 2026 [environ 1,23 € le litre]

Ces prix, en gros moitié moindres qu’en France, nous paraissent encore incroyablement bas si on les compare aux prix français.

Mais ce n’est pas la façon dont le perçoit le public américain, qui est habitué à consommer de l’essence très bon marché, et sans compter, depuis un siècle.

Et le prix de l’essence est un enjeu majeur de politique intérieure aux États-Unis, encore plus qu’en France.

Selon une enquête de l’AAA (Association Automobile Américaine) réalisée en 2022, le prix moyen national du gallon d’essence ordinaire est contraint par un seuil psychologique de 4 $ le gallon pour de nombreux consommateurs. Si ce seuil est franchi, la population américaine se retourne vivement contre le gouvernement fédéral.

Trump et ses équipes le savent et observent avec inquiétude que ce prix moyen national du gallon d’essence ordinaire vient d’atteindre 3,981 $.

Cette remise en perspective sur les attentes des consommateurs américains permet de comprendre pourquoi Trump est si désireux de lutter contre l’envolée des prix mondiaux du pétrole, laquelle est corrélée au blocage du détroit d’Ormuz, même si les États-Unis eux-mêmes n’importent quasiment rien via ce détroit.

Elle permet de mesurer aussi à quel point les stratèges iraniens ont soigneusement repéré les talons d’Achille de l’Oncle Sam et les ont intégrés dans leurs ripostes à l’agression américano-israélienne.


💡 CONCLUSION

Sous quelque angle que l’on examine le dossier (et je n’ai pas parlé ici des aspects militaire et géopolitique qui tournent l’un et l’autre au désavantage de Washington), on se rend compte que Trump s’est placé dans une situation très mauvaise, dont il doit se sortir au plus vite.

Et même si cette sortie précipitée est présentée avec un narratif mensonger («les États-Unis ont gagné…»), elle court le risque de tourner à la débâcle politique et géopolitique pour Trump et pour les États-Unis.

FA
28 mars 2026