La production automobile française va chuter de -22 % en 2020 pour tomber à son plus bas niveau historique (1,71 million de véhicules), soit la moitié de la production de 2004.

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Comme le titre le journal Les Échos du 6 août 2019 sur ce graphique, « la production automobile en France décline inexorablement ». De fait, elle sera passée de 3,66 millions de véhicules en 2004 à 1,71 million en 2020, soit une chute de -53,3% en 15 ans !

Le désastre industriel continue de s’amplifier… Vive l’euro et vive l’UE !

Le 6 août est une date parfaite pour que les constructeurs automobiles et les pouvoirs publics annoncent discrètement un nouveau désastre, car ils sont quasiment certains que l’opinion publique n’y fera pas attention. Nos compatriotes sont en vacances, préparent des barbecues dans leur jardin, et, pour ceux qui ont le moyen de partir de chez eux, sont occupés à se baigner dans la mer avec leurs enfants, à faire des excursions à la montagne, à partir à l’étranger, etc.

Profitant donc de l’absence prévisible de réactions de l’opinion publique, apathie confortée par le silence des grands médias, le journal « Les Échos » a choisi la date du 6 août pour informer ses lecteurs que le secteur automobile français a décidé une nouvelle avalanche de délocalisations industrielles (données recensées par le cabinet IHS ; Source : https://www.lesechos.fr/industrie-services/automobile/la-production-automobile-francaise-va-brutalement-decrocher-en-2020-1122459)

Ce nouveau désastre pour l’industrie française se décline ainsi :

PSA : chute de 250 000 voitures produites en France avec la délocalisation des 208 au Maroc et en Espagne

PSA a décidé :

1°) d’achever de transférer la production de ses 208 (soit – 98 151 véhicules produits par an) de son usine de Poissy (Yvelines) vers sa toute nouvelle usine de Kenitra, au Maroc, qui a été inaugurée le 20 juin dernier (http://www.lefigaro.fr/societes/automobile-psa-inaugure-une-nouvelle-usine-au-maroc-20190621#fig-comments). Une première partie de sa production de 208 avait déjà été délocalisée vers son usine de Trnava en Slovaquie.

La raison mise en avant pour cette délocalisation au Maroc est que cela va permettre à Peugeot de se développer sur le continent africain.

Sans doute, mais cela va surtout permettre à PSA :

a) de bénéficier des coûts salariaux et sociaux marocains, sans commune mesure avec les coûts français,

b) de bénéficier d’une fabrication facturée en dirham marocain, lequel est indexé à 40 % sur le dollar et à 60 % sur l’euro, donc a tendance à s’apprécier moins que l’euro.

2°) de transférer la production de ses 208 (- 146 220 véhicules produits par an) de son usine de Mulhouse vers son usine de Vigo en Espagne.

L’arrêt, au second semestre 2019, de la production à Mulhouse, où travaillent 6500 personnes, dont 1500 intérimaires, va d’ores et déjà entraîner la disparition d’une équipe et demie au montage (source : https://www.ledauphine.com/france-monde/2019/06/19/avec-le-nouveau-2008-peugeot-avance-sur-du-velours)

On notera que le constructeur français a investi quelque 500 millions d’euros dans de nouvelles lignes de production de cette usine de Vigo et dans l’amélioration des procédés industriels.

La raison essentielle de cette délocalisation en Espagne tient dans les coûts salariaux et sociaux nettement inférieurs dans la région de Vigo à ce qu’ils sont à Mulhouse.

On notera aussi que, sur ces 500 millions d’investissements, PSA a obtenu une aide de 20,7 millions d’euros de l’État espagnol pour que PSA renforce ainsi son usine de Vigo (en Galice, dans le nord-ouest de l’Espagne).

On notera enfin que la Commission européenne vient justement d’ouvrir une enquête sur ces 20,7 millions d’euros versés à PSA par l’Espagne, au nom de la réglementation en matière d’aides publiques (https://www.usinenouvelle.com/article/bruxelles-va-enqueter-sur-une-aide-espagnole-de-20-7-millions-d-euros-a-psa.N861395)

RENAULT : chute de 41 300 voitures produites en France avec la délocalisation des Clio en Turquie et Slovénie

Après avoir déjà délocalisé la plus grosse partie de sa production de Clio de son usine de Flins (Yvelines) vers la Turquie (Bursa), Renault va finir de délocaliser ce qui reste de cette production dans une nouvelle usine en Slovénie (Novo Mesto) (lire aussi https://www.challenges.fr/automobile/nouveautes/la-renault-clio-ne-sera-plus-fabriquee-en-france_645941)

Au total, la fabrication française va perdre 41 339 véhicules Clio par an.

Bien que la direction de Renault minimise l’impact de cette décision sur l’emploi en France, les 4 500 salariés de l’usine de Flins sont inquiets pour la suite des événements. Comme le rapporte le journal Les Échos du 6 août 2019, ils ne voient pas comment va être « chargée » l’usine, qui produit aussi la ZOE (qui se vend très bien) et la Nissan Micra (qui se vend très mal).

Cette délocalisation de la Clio permet à Renault :

a) de bénéficier des coûts salariaux et sociaux turcs et slovènes, sans commune mesure avec les coûts français,

b) de bénéficier d’une fabrication en partie facturée en livres turques, dont le taux de change vis-à-vis de l’euro est de plus en plus attractif (ce qui signifie que les coûts de production, convertis en euros, se sont effondrés au cours des dernières années).

En 2001, 1 euro valait environ 1 livre turque. En 2019, 1 euro vaut près de 8 livres turques. Même en tenant compte de l’inflation des prix et des salaires en Turquie, nettement plus élevés que dans la zone euro sur la période, la production en Turquie est de plus en plus avantageuse.

OPEL : chute de 70 000 voitures produites en France avec la délocalisation des Grandland X en Allemagne

PSA a confirmé qu’une partie de la production du 5008 sera assurée par son usine de Sochaux à partir de mars 2019. Mais comme celle-ci est déjà en surrégime suite aux très bonnes ventes du 3008 et qu’elle assure aussi la fabrication de l’Opel Grandland X, qui n’est autre qu’un « 3008 rhabillé », PSA a décidé de délocaliser cette dernière production de son usine de Sochaux vers l’usine Opel d’Eisenach en Allemagne (Thuringe). Soit un transfert vers l’Allemagne de 69 553 véhicules Grandland X produits annuellement.

Ce jeu de chaises musicales industrielles n’est sans doute pas la seule explication. Il faut en effet rappeler que, voici un an, PSA avait annoncé un sévère plan social à Opel Eisenach, avec la suppression de 800 emplois.

Ce qui avait valu au groupe français un rappel à l’ordre public de la chancelière allemande, Angela Merkel, quant aux engagements pris par le fabricant français lors du rachat d’Opel/Vauxhall à General Motors (GM). PSA avait alors promis de ne pas procéder à des licenciements secs dans les usines allemandes d’ici fin 2018 et d’investir dans ces sites au moins jusqu’en 2020.

Conclusion

Résumons la situation.

La fabrication annuelle française de voitures va baisser :

1°) de 98 151 Peugeot 208 produites dans l’usine de Poissy (Yvelines) et qui vont désormais l’être à Kenitra, au Maroc.

2°) de 146 220 Peugeot 2008 produites dans l’usine de Mulhouse, et qui vont désormais l’être à Vigo, en Espagne.

3°) de 41 339 Renault Clio produites dans l’usine de Flins (Yvelines) et qui vont désormais l’être à Bursa, en Turquie, et Novo Mesto, en Slovénie.

4°) de 69 553 Opel Grandland X produites dans l’usine de Mulhouse et qui vont désormais l’être à Eisenach, en Allemagne.

5°) d’un recul de la production globale française estimée à 102 002 véhicules, du fait de la mauvaise tenue globale du marché automobile européen. Mauvaise tenue due aux politiques constamment récessives et à la baisse du niveau de vie tendancielle des classes moyennes en France et dans la plupart des pays de l’Union européenne.

La baisse de la production automobile française en 2020 va donc se situer entre 450 et 500 000 véhicules de moins. Comme le montre l’examen qui précède, ce désastre résulte :

  • des délocalisations à l’étranger, rendues possibles et totalement incontrôlées par l’article 63 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) ; ces délocalisations sont principalement motivées par le différentiel des coûts salariaux et sociaux (Turquie, Slovénie, Maroc, Espagne) et par la cherté de l’euro (Turquie, Maroc) ; l’une d’elles est motivée par la nécessité de préserver des emplois en Allemagne, imposée par le gouvernement allemand suite à la cession d’Opel-GM à PSA.
  • de la mauvaise tenue du marché automobile européen, qui résulte des politiques récessives imposées par la Banque centrale européenne, notamment dans le but de tenter de préserver la viabilité de l’euro.

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Article 63 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE)

1.   Dans le cadre des dispositions du présent chapitre, toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites.

2.   Dans le cadre des dispositions du présent chapitre, toutes les restrictions aux paiements entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites.

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Quelle que soit la façon de regarder le problème et ce nouveau désastre industriel, force est de constater qu’il est impossible de trouver une parade à la désindustrialisation de la France tant que notre pays restera dans le cadre de l’Union européenne, de l’euro et des traités juridiques qui les ont instaurés.

Année après année, le désastre industriel continue donc de s’amplifier, inexorablement.

À l’exception de l’UPR, toute la classe politique française refuse néanmoins de regarder la réalité en face.

En continuant d’affirmer aux Français qu’il faut rester dans l’euro et dans l’Union européenne, toute cette classe politique, du RN à FI, se rend coupable de non-assistance à peuple français en danger d’appauvrissement définitif.

François Asselineau
08 août 2019

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