Le pathétique jeu sur les mots des euro-zonards

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On se rappelle qu’au cours des derniers jours, tous les médias français et euro-atlantistes ont livré une formidable offensive médiatique pour expliquer que l’euro était une nouvelle fois sauvé.

On a ainsi asséné en boucle à tous les Français que M. Draghi,
Mme Merkel, M.Hollande et M. Monti étaient tous les quatre tombés d’accord pour affirmer leur détermination à « tout faire pour protéger la zone euro ».

UNE CHORÉGRAPHIE MINUTIEUSE, PROBABLEMENT ÉLABORÉE
PAR UNE AGENCE DE MANIPULATION DE L’OPINION

Cette formule sacramentelle avait d’abord été lancée par M. Mario Draghi, président de la BCE, qui avait promis, le 26 juillet au cours d’une conférence londonienne dont j’ai rendu compte,
de « tout faire pour préserver l’euro ».
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2012/07/26/20002-20120726ARTFIG00643-draghi-promet-de-tout-faire-pour-preserver-l-euro.php

Dès le lendemain, une rencontre Merkel-Hollande à l’Élysée se terminait par la publication d’un communiqué écrit dans lequel la France et l’Allemagne affirmaient qu’elles sont « déterminées à tout faire pour protéger » la zone euro, et réaffirmaient « la nécessité d’une mise en œuvre rapide des conclusions du Conseil européen des 28 et 29 juin derniers ».
http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/07/27/hollande-et-merkel-prets-a-tout-pour-sauver-la-zone-euro_1739400_3234.html

Enfin, le bon élève François Hollande a resservi une troisième fois le même mot d’ordre hier, 31 juillet, à l’issue d’une rencontre avec Mario Monti, président du Conseil italien et ancien de Goldman Sachs : « Nous rappelons notre volonté de tout faire pour que les décisions du Conseil européen soient appliquées, pour que la zone euro soit défendue, préservée et consolidée, que nous puissions travailler à son intégrité. »
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2012/07/31/20002-20120731ARTFIG00461-hollande-et-monti-tout-faire-pour-preserver-l-euro.php

Bien entendu, tout ce scénario n’est pas tombé du ciel et n’est pas le fruit d’une série de coïncidences. Il a obéi à une chorégraphie très précise, probablement élaborée par une agence de manipulation de l’opinion, visant à faire croire aux opinions publiques et aux marchés financiers, que « l’euro est sauvé » pour la 20ème fois depuis deux ans.

OUI MAIS…. LE DIABLE EST DANS LES DÉTAILS

Seulement voilà. De la même façon qu’on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif, on ne peut pas forcer les Allemands (ni les Néerlandais ni les Finlandais qui les soutiennent) à se laisser ruiner pour assurer la rentabilité des banques installées en Espagne, conformément aux décisions prises à la Maison Blanche et aux directives de Goldman Sachs Incorporated.

C’est pourquoi tout ce cirque n’a pas fait bouger d’un centième de millimètre la position allemande, qui s’en est tenue encore et toujours à la même ligne.

Aujourd’hui même, M. Geörg Streiter, porte-parole du gouvernement allemand, a mis une nouvelle fois les choses au point lors de sa conférence de presse hebdomadaire.

Pressé de question par les journalistes sur ces déclarations tonitruantes de Draghi, Merkel, Hollande et Monti de la semaine dernière, le porte-parole du gouvernement de Berlin a confirmé que
« l’Allemagne est prête à tout faire pour sauver la zone euro, mais dans les limites de ce qui est autorisé. »

Et d’enfoncer le clou : « Tout signifie tout ce qui est autorisé. »
Léger « détail », à ne pas perdre de vue….

En d’autres termes, l’Allemagne reste totalement opposée aux eurobonds et à l’attribution d’une licence bancaire au Mécanisme européen de stabilité (MES), qui lui permettrait de pouvoir emprunter auprès de la Banque centrale européenne (BCE). Et elle se prévaut pour cela d’une excellente raison : c’est tout simplement interdit par les traités européens que l’Allemagne a raifiés. Point.

« Une licence bancaire pour le MES ne fait absolument pas partie de nos projets », a ainsi confirmé M. Streiter, pour la énième fois, reprenant ainsi ce que le ministère allemand des Finances avait déjà répété la veille : « Le MES n’a pas de licence bancaire et nous ne voyons pas la nécessité de lui en donner une tandis que la banque centrale allemande a jugé que cela conduirait à faire financer les déficits publics par la BCE, ce qui lui est interdit par son mandat.»

LES MALENTENDUS CULTURELS DES DIRIGEANTS EUROPÉISTES

Que retenir de ce nouveau développement ? Eh bien, comme toujours, que les dirigeants européistes qui ont l’Europe à la bouche sont en réalité d’une indifférence totale (sinon d’une méconnaissance absolue) à l’égard de la diversité vraie des peuples d’Europe. MM. Draghi, Hollande, Monti, n’aiment pas l’Europe véritable, ils s’en fichent. Ils ne font semblant qu’aimer une chimère politique nommée « construction européeen », et cela afin d’assurer leurs carrières politiques sous les auspices de Washington et de l’oligarchie financière qui tient les finances et les médias. Ce qui n’est pas la même chose !

MM. Holllande, Draghi et Monti, sont pétris des cultures française et italienne, d’origine latine. Ils sont de ce fait habitués aux formules oratoires ronflantes mais qui ne veulent rien dire, et aux compromis politiciens qui trompent tout le monde. Plus encore, ils ont l’idée très ancrée qu’un traité écrit est une sorte d’aimable document qui sert à faire joli, mais que l’on peut transformer en torchon sur lequel s’essuyer les pieds à la moindre occasion.

Mme Merkel, et les dirigeants allemands qui l’entourent, tout comme les dirigeants finlandais et néerlandais, ne relèvent pas du tout de la même aire culturelle.

Les actuels Pays-Bas, Finlande et Allemagne (exceptée la partie rhénane) n’ont pas été conquis par Rome, ne relèvent pas de la latinité. Ils sont devenus protestants, dans leur majorité, à la Renaissance. Ce sont des peuples de droit écrit, qui se méfient comme de la peste de la volubilité, de la superficialité et du manque de sérieux qu’ils prêtent volontiers aux « pays du sud » de l’Europe.

Mme Merkel est originaire d’Allemagne du nord. Elle est la fille d’un pasteur et théologien protestant allemand, et d’une mère institutrice. Le couple, qui vivait à Hambourg, en Allemagne de l’Ouest, est allé s’installer délibérément en RDA en 1954, alors que l’écrasante majorité des Allemands qui émigraient faisaient le chemin inverse.

Mme Merkel n’est donc pas une femme qui a été élevée dans une famille rigolote. Elle n’a pas été éduquée dans le goût de la frivolité parisienne, ni dans celui de la Commedia dell’arte napolitaine.

Ainsi, lorsque Mme Merkel, fille de théologien protestant allemand, dit qu’elle est disposée à « tout faire », il va de soi – dans son esprit et dans tous ceux qui sont avec elle -, que ce « tout » signifie évidemment « tout ce qui est autorisé ». Et rien d’autre. C’est ce qu’a rappelé sèchement le porte-parole de la Chancellerie aujourd’hui.

L’adjectif indéfini « tout » et l’expression « tout faire » sont polysémiques, c’est-à-dire qu’ils peuvent signifier plusieurs choses différentes à la fois.

C’est un « détail » qui a échappé au trio Draghi-Hollande-Monti, mais qui n’a pas échappé aux Allemands. Car les Allemands sont habitués à prêter une très grande attention aux détails, et cela depuis leur plus tendre enfance. C’est ce que leur enseigne le dicton allemand célèbre : « Der Teufel liegt im Detail » : le Diable réside dans les détails. C’est-à-dire que la difficulté, l’échec, la réussite, de toute entreprise dépendent du souci que l’on porte à l’étudier dans le moindre détail.

CONCLUSION : LES DIRIGEANTS EUROPÉISTES SONT D’ACCORD… POUR CACHER LEURS DÉSACCORDS FONDAMENTAUX.

Sans doute Mme Merkel est-elle suffisamment intelligente et cultivée, et son entourage aussi, pour savoir que la formule « tout faire pour protéger la zone euro » serait interprétée avec emphase et sans-gêne par ses interlocuteurs fanfarons et latins.

Mais qu’est-ce qui l’empêche de faire plaisir à ce trio masculin Draghi-Hollande-Monti, en les laissant « faire les beaux » devant les caméras de leurs électeurs respectifs ?

Sans doute bien plus fine que ce trio de matamores, Mme Merkel doit prendre un plaisir raffiné et muet, comme un auditeur silencieux d’une cantate de Bach, à les voir tomber ainsi dans le panneau qu’elle leur tend.

Elle est d’accord pour afficher avec eux un accord de façade, mais c’est tout. Pour le reste, elle reste parfaitement maîtresse des événements car elle sait mieux que quiconque rien ne peut se faire sans l’accord de l’Allemagne.

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