Bayer rachète Monsanto

Lecture : 37 min

“Bon appétit!” ou “Bonne chance!” ?

 

Le dernier salon de l’agriculture est l’occasion pour l’UPR de publier un dossier très conséquent sur le rachat de Monsanto par Bayer.

LE MARIAGE DE LA PESTE ET DU CHOLÉRA ?

Le 14 septembre 2016, le chimiste Allemand Bayer annonçait l’acquisition d’un autre géant, spécialisé dans les pesticides et les semences, la société américaine Monsanto. Pour la modique somme de 59 milliards d’euros.

Cette opération devrait donner naissance à la plus importante entreprise du monde dans les secteurs des pesticides, des engrais et des semences. À eux deux, Bayer et Monsanto représenteront un géant mondial de l’agrochimie réalisant 23 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel et comptant 140 000 employés.

Ce géant sera ainsi leader devant les deux autres géants ChemChina-Syngenta et Dow Chemical-DuPont, qui ont également annoncé leurs fusions en 2015 (voir graphique 1).

La division pharmaceutique, principale division de Bayer aujourd’hui, sera alors reléguée comme deuxième activité du groupe.

Concernant les herbicides, le nouveau géant Bayer-Monsanto sera le leader mondial en disposant de 34% de parts de marché, notamment grâce à son plus célèbre produit, le Roundup (Glyphosate).

Concernant les semences, Monsanto génère déjà 57% de son chiffre d’affaires aux USA dans les semences de maïs hybride (36% du marché), avec une place de numéro un du secteur. En Europe de l’Est et de l’Ouest, Monsanto est respectivement numéro un et numéro deux dans les maïs hybrides. Au Brésil, Monsanto est numéro un dans les maïs hybrides avec plus de 40% des parts de marché, etc… Cette acquisition va donc renforcer la position de Bayer sur tous ces marchés.

 

Le film “Le monde selon Monsanto” donne un aperçu des pratiques scandaleuses de ce genre de compagnies, alliant tromperies, mensonges, corruptions, falsifications, menaces (1), etc…

 

En résumé, nous assistons à la naissance non pas d’un géant, mais d’un monstre industriel dont les activités auront des conséquences considérables sur l’agriculture mondiale.

 

Il ne s’agit pas d’une vue de l’esprit, puisque les dirigeants de Bayer l’annoncent eux-mêmes :

[…] Nous sommes ravis d’annoncer la fusion de nos deux grandes entreprises. Il s’agit d’une étape importante pour notre activité Crop* Science, qui renforce le leadership de Bayer […] dans les Sciences de la vie avec une position dominante dans ses segments clés […]

[* trad. “Crop” : Culture]

Graphique 1 : Concentration globale des plus grandes compagnies agrochimiques. Base chiffre d’affaires 2014, en Milliards de Dollars US (source) (trad.”seeds” : semences)

POSITION DE LA COMMISSION EUROPÉENNE

Le 22 août 2017, la commission européenne annonçait par communiqué de presse qu’elle lançait une « enquête » relative à cette fusion Bayer/Monsanto :

L’objet d’un tel document est d’exprimer le plus fidèlement et précisément possible la position de la commission sur un sujet donné. Il n’est certainement pas rédigé à la va-vite au coin d’une table, mais au contraire chaque mot y est pesé, chaque tournure de phrase mûrement réfléchie. Sa lecture est donc très révélatrice de l’état d’esprit de la commission et il n’est alors pas excessif d’entreprendre son analyse lexicale.

 

Ainsi, dans un texte d’un peu plus de 1500 mots, on notera que :

Les termes « concurrence » et « concurrent » y sont employés 22 fois,

Le terme « produit » y est employé 12 fois,

Le terme « marché » y est employé 11 fois.

 

A l’inverse, le terme « santé » n’y est employé qu’à 2 reprises. Mais seulement pour évoquer les activités pharmaceutiques de Bayer (“santé animale” et “santé humaine”). Ce terme n’est donc jamais associé aux risques pour la santé consécutifs aux activités du futur géant.

 

Le terme « environnement » y est employé à 3 reprises. Mais seulement pour évoquer,

  • L’environnement économique des entreprises,
  • Les activités de Bayer dans le domaine des « sciences de l’environnement »,
  • Les sujets de craintes de pétitionnaires qui se seraient exprimés sur cette fusion.

Ce terme n’est donc utilisé qu’une seule fois pour ce qui intéresse les citoyens, encore que ce ne soit qu’en référence à leur mobilisation. Nous y reviendrons plus loin.

 

Par contre, des termes comme « écologie », « précaution », « biodiversité », « peuple », « population », “démocratie”, “risque”, “danger”, “pollution”, “nature”, “monopole”, n’y sont jamais employés. Il est donc manifeste que ces mots sont absents du vocabulaire et des centres d’intérêts des fonctionnaires de la commission européenne. Un lexique probablement trop “populiste”, voire “extrémiste”…

 

Notez également et en particulier l’absence des mots “Lobbying” ou “lobby”. Un certain nombre d’émissions TV, d’ONG, d’articles, et même d’ouvrages (2) ont pourtant montré à quel point le fonctionnement des structures européennes est biaisé par les conflits d’intérêts, la collusion, les intérêts financiers, et le lobbying (mot d’origine anglo-saxonne dont la traduction en bon français est : « trafic d’influence »). Le fait que la commission ne s’inquiète pas des effets de la concentration des firmes sur leur pouvoir d’influence et de corruption, ni même de la pratique dughostwriting”, est donc très révélateur…

Sur l’exemple particulier du Glyphosate, rien qu’une soixantaine d’ONG ont déjà dénoncé des conflits d’intérêts au sein de l’ECHA

(la vidéo de BFM)

 

Analysons à présent le fond du communiqué :

Constatez que la commission se polarise sur des problématiques de concurrence et de concentration à venir, alors même que ces entreprises sont déjà en situation de monopole ou de quasi-monopole sur nombre de produits et de marchés. Pourquoi la commission n’agit elle donc pas déjà contre ces états de faits ?

 

D’ailleurs, au vu du graphique 1 ci-avant, la logique boursière implique que la société BASF devenant proportionnellement trop petite, devrait très probablement être vite rachetée par l’un des 3 géants du secteur, amplifiant encore ainsi le mouvement de concentration. De çà, la commission n’en a que faire…

 

Notez le rapprochement fait entre les termes de concurrence, semences, et « caractères agronomiques ». il ne s’agit pas moins que de la marchandisation et de la privatisation de la biodiversité. Nous y reviendrons ultérieurement.

 

Poursuivons,

Grâce à la commission européenne, vous savez maintenant qu’en tant que consommateur (car aux yeux de la commission vous n’êtes rien d’autre que çà) et par un sophisme grossier, les pesticides vous sont essentiels !

 

Que la diminution de concurrence puisse être un facteur de baisse de la qualité et de hausse des prix est évident. Cependant, la commission semble faire de la concurrence la panacée. Or, même sans être en situation de quasi-monopole, des entreprises concurrentes sont tout à fait capables de s’entendre entre elles au détriment des consommateurs. L’actualité regorge de ces pratiques scandaleuses et récurrentes, communément dénommées ententes illicites ou cartels. Or que fait l’UE pour prévenir de telles magouilles? Dans le meilleur des cas, elle les sanctionne après coup, suite à des procédures judiciaires sans fin (3). Même si les montants des condamnations peuvent sembler importants, ils restent cependant très négligeables par rapport aux gains engendrés, et les consommateurs qui en sont les seules vraies victimes n’en sont jamais indemnisés. Si les condamnations prononcées étaient vraiment à la hauteur, elles auraient un véritable effet dissuasif, ce qui ne semble pas être le cas. Mais comment croire que la commission cherche la dissuasion, quand on sait que la CEE s’est elle même construite sur un cartel, la CECA?

 

Concernant une prétendue limitation de l’innovation consécutive à la concentration des entreprises, même si on peut citer des cas avérés (exemple dans le domaine pharmaceutique avec l’affaire Avastin/Lucentis), il semble que ce soit loin d’en être la cause principale. En effet, si les très grandes entreprises n’innovaient pas, çà se saurait…. Par contre, la commission se garde bien d’évoquer l’effet négatif des brevets sur l’innovation. Or, nombre d’études montrent que la brevetabilité constitue un frein à l’innovation (4). Considérant cela, l’existence même d’un Office Européen des Brevets (5) serait donc contradictoire.

 

Il est d’ailleurs extravagant que les mêmes qui nous rabâchent nuit et jour le principe d’une « concurrence libre et non faussée« , puissent simultanément défendre la brevetabilité et la privatisation de tout, faits incontestablement générateurs de situations monopolistiques, de profits toujours plus grands, de freins à l’innovation et de hausse des prix. Mais on n’est pas à une contradiction près…

 

Encore qu’il ne faille pas forcément assimiler innovation et progrès. Est-ce qu’innover dans des produits toujours plus polluants et dangereux est un progrès? A l’évidence ce genre de questionnement n’a pas sa place à la commission.

 

La protection de l’environnement n’intéresse pas plus la commission, puisqu’une lecture un peu rapide de ce passage du communiqué de presse pourrait laisser croire que l’on parle ici d’environnement sous l’angle écologique. Pas du tout ! On parle ici exclusivement d’environnement économique.

 

 

N.D.R. : Si ”ce n’est pas l’Europe que nous voulons”, alors qui la veut ?

Poursuivons,

Alors que la commission reconnaît elle-même la prédominance d’un produit Monsanto sur le marché, elle n’apporte aucun éclairage sur ce qu’elle a concrètement mis en oeuvre pour éviter qu’une telle situation ne se produise. Nos recherches ne nous ont d’ailleurs pas permis d’en trouver la trace :

  • La commission a t-elle mis des barrières douanières ou réglementaires pour limiter la vente du Roundup dans l’UE? Non!
  • La commission a t-elle soutenu des programmes de recherches destinées à trouver des alternatives plus écologiques au Roundup, ou à réduire son utilisation? Non!

Il y a donc une contradiction flagrante entre les actions antérieures (ou plutôt l’inaction) de la commission et ses prétentions d’aujourd’hui. Au point où Angélique Delahaye, députée européenne (PPE) a déclaré à propos du Roundup “qu’à ce jour, il n’y a pas d’alternative économiquement viable”. Sacré bilan !

 

Comment la commission européenne pourrait-elle être crédible en prétendant remédier aux problèmes de concentration des producteurs de ce type de produits, quand elle n’a déjà pas été capable, ou n’a pas voulu, anticiper quoi que ce soit antérieurement?

 

En fin de compte, il n’y a qu’à la rubrique Contexte/Pétitions que l’aspect écologique est, à peine, abordé :

Observez comment la commission minimise les préoccupations des citoyens :

  • La commission prétend que certaines pétitions sont exprimées sous forme de cartes postales (il ne s’agit pas d’une faute de traduction, la version Anglaise du texte évoque bien des “postcards”). Qui donc aujourd’hui pétitionne par cartes postales ? C’est une façon de dénigrer, la contestation des citoyens. Or il suffit de taper « pétition bayer monsanto  » ou « campaign bayer monsanto » dans un moteur de recherche pour se rendre compte de l’ampleur de ces mouvements, à l’échelle mondiale.
  • Ce n’est évidement pas sur le projet de fusion en lui même que se portent les craintes des pétitionnaires, mais sur ses conséquences sur la santé et l’environnement.
  • Ces mêmes préoccupations sont évoquées sous le terme vague d’ »autres craintes« , vites reléguées au rang de problématiques subalternes et étrangères aux compétences de la commission. Or chacun sait que ces prétendues “règles européennes” sont définies par la commission elle-même, et prévalent sur les règles nationales.

N.D.R. : Les citoyens n’ont pas attendu la fusion de Bayer et Monsanto pour s’inquiéter de la dangerosité de leurs activités. Tandis que des pétitions recueillent des millions de signatures, que même des tribunaux civils s’organisent, la commission européenne ne voit passer que des cartes postales, des Tweets et des mails…

 

Le reste du communiqué évoque les différentes activités des entreprises Bayer et Monsanto, dont celles liées aux semences. La majorité de la population a déjà entendu parler des OGM et voit, en gros, ce dont il s’agit. Mais il est un sujet méconnu d’une grande partie du public, alors qu’il est d’une extrême gravité : les semences “hybrides F1”. Celles-ci constituent une agression délibérée contre la biodiversité, en plus de la privatisation de celle-ci, les semenciers revendiquant leur propriété intellectuelle sur les semences !

Par exemple lorsqu’un maraîcher veut acquérir des graines pour son exploitation, il est contraint de le faire sur le catalogue officiel présentant des listes de variétés respectant certaines normes, et qui le plus souvent sont des hybrides F1; dans l’autre sens, pour commercialiser des graines, il faut pouvoir les faire introduire au catalogue si elles n’y sont pas déjà, ce qui est impossible pour un petit producteur de semences de variétés “anciennes” ou “paysannes”.  Procéder autrement est assimilé à un délit (6).

Il faut savoir également que les fruits et légumes issus d’une semence hybride F1 donnent des graines peu fertiles, et que les agriculteurs sont même dissuadés de les ressemer. La conséquence en est la mise en esclavage des agriculteurs de la planète. Au sein de l’UE, tout ceci est concrétisé par la Directive Européenne 98/44, dite de “Brevetabilité des inventions biotechnologiques” (en savoir plus).

 

Par ailleurs, toutes ces sélections et manipulations sur les semences permettent de proposer des espèces “Roundup Ready®”, et ainsi vendre aux agriculteurs le package pesticide + plante résistante au même pesticide. Le rêve… (pour faire un parallèle : c’est comme si on vous vendait une voiture et que vous soyez obligé d’acheter votre carburant chez le même constructeur)

 

Pour clôturer cette analyse du communiqué de presse, nous nous contenterons de cet ultime extrait :

Ouf! Les actionnaires ont donc de quoi être rassurés. Pourquoi ne pas l’avoir dit dès le départ? Les affaires continuent alors…

 

Un bon graphique valant mieux qu’un bon discours :

Graphique 2 : Fusions notifiées à la commission européenne, 1990-2017 (source)

Traduction de la légende :

Notified mergers = fusions annoncées

Approved unconditionally = approuvées sans conditions

Approved with commitments = approuvées avec engagements

Prohibited = interdites

 

Qui plus est, la commission européenne a annoncé le 5 octobre 2017 la suspension temporaire de sa procédure d’enquête et envisage de repousser la date butoir pour sa clôture, pour laisser le temps aux deux sociétés de répondre à “certaines interrogations”. Ne nous faisons donc aucune illusion sur la décision finale…

 

Preuve est ainsi faite que cette prétendue “enquête” de la commission européenne sur l’acquisition de Monsanto par Bayer relève de l’enfumage, et de rien d’autre !

 

Les deux autres méga-fusions évoquées au début de cet article ont elles aussi fait l’objet d’une enquête de la commission européenne, et ont donné lieu chacunes à leurs communiqués de presse respectifs (fusion ChemChina-Syngenta, fusion Dow Chemical-DuPont). Chacun de ces communiqués mériterait une analyse du même ordre que celle que nous venons de vous présenter. L’honnêteté intellectuelle nous oblige cependant à signaler ici que, contrairement à la fusion Bayer-Monsanto, la commission a imposé à ces sociétés certaines cessions d’actifs ou de gammes, afin de “garantir le maintien d’une concurrence effective”. Ceci n’excuse en rien la commission du fait qu’elle ne le ferait pour la fusion Bayer-Monsanto. Par contre, considérant que Dow Chemical et Dupont sont des sociétés Américaines, ChemChina Chinoise, et Syngenta Suisse, on peut se demander si le fait que la commission soit nettement plus accommodante avec Bayer, ne tiendrait pas au fait que cette dernière est une société Allemande… Mais ceci est un autre débat…

QU’EN DISENT LES AUTRES PARTIS POLITIQUE FRANÇAIS ?

Nous livrons ci-après les résultats de recherches effectuées le 16/09/2017 sur leurs sites officiels.

 

  • Les Républicains : néant !

 

  • Debout La France : néant !

 

  • Jacques Cheminade : néant !

 

  • Parti Socialiste : néant !

 

  • Parti Communiste : Un article de 2 pages datant d’octobre 2016 et assez précis sur le sujet. Cependant, la position de la commission européenne n’y est évoquée qu’à un seul endroit, sous forme d’une contre vérité typique des croyances européiste :

”…Réactions négatives des autorités de la concurrence américaines et européennes ensuite, qui devront donner leur feu vert à l’opération. Or la position dominante de ces oligopoles mondiaux est tellement criante que celles-ci sont plus que réticentes à autoriser ces fusions…”

 

  • Lutte Ouvrière : néant !

Cependant, le sujet des multinationales (dont Bayer et Monsanto) est abordé dans un long article assez construit et argumenté sur le problème des crises alimentaires. Il en ressort que la seule solution proposée consiste en la fin du capitalisme (tout en restant dans l’UE…) et qu’aucune solution intermédiaire n’est envisagée. C’est pas gagné…

 

  • Front National : seulement une tribune de 289 mots datant de 2016 et émanant de Sylvie Goddyn, député FN au parlement européen :

“…Face à des enjeux majeurs de souveraineté alimentaire et de protection de notre santé, il est plus qu’urgent de sortir nos agriculteurs, déjà fragilisés par la baisse des cours des matières premières agricoles, des griffes de l’agrochimie.

Cela passera notamment par la reconquête de notre droit d’autoriser ou pas certains produits et l’encouragement de filières agricoles de proximité. Cela passe aussi par un achat responsable des consommateurs français qui devraient privilégier les produits locaux.

Au sein des institutions européennes, nationales et locales, le Front national livre chaque jour ce combat pour protéger la santé des Français et leur droit de choisir une alimentation saine…”

Au delà de constater que nos agriculteurs seraient dans “les griffes” de l’agrochimie, que la France n’a plus le droit de refuser certains produits, comment le Front National peut-il bien mener ce prétendu “combat” quotidien, s’il ne préconise jamais la sortie de l’UE? S’agit t-il de proposer une énième renégociation des traités qui n’arrive et n’arrivera jamais? Il est clair qu’au delà d’une analyse très sommaire de la problématique posée, le FN ne se contente que de slogans creux, qui n’engagent à rien. Il s’agit donc à minima d’incompétence, et au pire de tromperie.

 

  • France Insoumise : on se contente de proposer une marche. Et c’est tout. Cà ne mange pas de pain (du pain “bio” de préférence)…

“…nous nous engageons pour le refus des OGM, le bannissement des pesticides nuisibles en commençant par une interdiction immédiate des plus dangereux (Glyphosate, néonicotinoïdes, etc.)…”

Comment comptent t-ils s’y prendre concrètement eux aussi en restant dans l’UE?

 

  • Europe Ecologie Les Verts (bel oxymore…) : on se contente de marcher là aussi!

“…demande au gouvernement et en particulier au ministère de la transition écologique et solidaire d’appliquer le principe de précaution et d’interdire les produits toxiques dangereux pour la santé et l’environnement.…”

Comment se fait-il que ce même principe de précaution n’a pas permis à la France d’interdire la culture et l’importation des OGM sur son territoire?

On y trouve aussi la copie d’une déclaration (308 mots) faite le 22/09/16 par l’eurodéputé Yannick Jadot qui, associé à 54 autres eurodéputés :

demande solennellement [à] Madame la Commissaire Margrethe Vestager, d’empêcher le rachat de Monsanto par Bayer”.

La commissaire en tremble encore…

 

  • En Marche : Néant !

On trouve cependant la retranscription de 2 discours de campagne de M. Macron évoquant le sujet Bayer/Monsanto. Avec ce parti, on atteint le summum de la tromperie. Les talents oratoires et la malhonnêteté intellectuelle de M. Macron lui permettent de tenir des discours truffés d’antiphrases et d’oxymores ! Et çà passe…

Discours de la porte de Versailles du 10/12/16 :

“…Notre agriculture, nos pratiques, nos circuits courts, notre cuisine et notre gastronomie qui sont notre fierté. Comment le faire? Qu’est-ce qui va protéger tout cela face à des géants internationaux qui se constituent, à la fusion de Monsanto et de Bayer qui vont décider de toutes les normes et de toutes les règles? Mais ce n’est pas nous, tout seul, c’est l’Europe, là aussi !

L’Europe, elle est notre meilleure protection, elle est notre meilleur bouclier dans la mondialisation.…”

Discours de Caen du 04/03/17 :

“…Parce que l’Europe, c‘est ce qui nous rend plus forts dans ce monde ouvert, et je le dis souvent, notre vraie souveraineté sur beaucoup de sujets est européenne. Si je veux vous protéger, …

…Si je veux protéger nos agriculteurs ou vous tous et toutes, face aux dérégulations, aux grands risques sanitaires, à des géants comme Monsanto-Bayer qui se sont constitués, j’ai besoin de créer des règles européennes.

Si je veux protéger nos industriels, nos paysans, face à des pratiques déloyales qui viennent de l’autre bout du monde, de la Chine comme des États-Unis, j’ai besoin de l’Europe, je ne saurai pas le faire sans l’Europe. Si je dis demain à la Chine “je vous refuse ce produit”, ils refuseront tous nos produits parce que nous sommes un tout petit marché. Donc l’Europe, sur tous ces sujets, est notre souveraineté.…”

 

Force est donc de constater que, malheureusement, il n’y a sur ce sujet rien à attendre de sérieux de l’ensemble des partis politiques européistes français, fussent-ils même dans une prétendue opposition !

N.D.R. : “Bêêêh!…..”

CONCLUSION

Il est de notoriété publique que le sentiment de rejet de l’Union Européenne par les populations s’amplifie années après années. On peut donc s’étonner que dans un tel communiqué de presse, la commission ne prenne même pas la peine de faire de la “com” pour tenter de parer l’euroscepticisme. Est-ce de l’aveuglement? Est-ce de l’arrogance? Est-ce du découragement? Ou est-ce plus simplement qu’elle sait que de toute façon, ni le public, ni même les partis politiques ne s’intéressent à ce qu’elle fait ?

 

Grâce au communiqué de presse que nous venons d’étudier, il est clair que la commission européenne ne partage pas les mêmes préoccupations que les peuples et ne s’en soucie guère. Croire le contraire relève de l’illusion.

 

Comme nous l’avions déjà démontré dans un article précédent analysant en détail certaines directives et règlements européens, la commission européenne est structurellement destinée à défendre des intérêts économiques, faisant fi de toutes autres considérations. L’approche qu’elle a de cette fusion Bayer/Monsanto en est une nouvelle preuve (7).

 

On pourra également constater que nombre d’articles de la presse dominante traitant de cette enquête de la commission ne parlent que de concurrence, de parts de marchés, de chiffre d’affaires, de croissance, de fonds propres, de cours de bourse, etc… sans émettre la moindre critique, ni poser la moindre interrogation sur les conséquences de cette fusion et la politique de l’UE sur ce genre de sujets (exemples avec la Tribune, le Figaro, l’Expansion/l’Express, Le Monde). Au passage cela donne un aperçu de la manière dont on forge les opinions… On notera enfin qu’aucun de ces articles de presse, pas plus que la commission, ne s’inquiètent du fait que ces entreprises ont été capables de participer aux pires atrocités (8). Or, considérant l’histoire de ces entreprises, la moindre des choses serait de faire preuve de la plus grande prudence…

 

Quiconque prend la peine d’étudier sérieusement le fonctionnement de l’UE se rend à l’évidence que tous ces slogans d’une “europe forte”, d’une “europe des peuples”, d’un “projet européen”, d’une “construction européenne”, d’un “plus d’europe”, d’une “europe qui protège”, etc… dont on nous rebat les oreilles du matin au soir, ne sont en réalité que des formules marketing trompeuses, contraires à la réalité, et destinées à embobiner le gogo.

———-

Guillaume PELLISSIER DE FÉLIGONDE (Délégué Départemental UPR Guadeloupe)

Hélène JOSSET (Retraitée, militante dans plusieurs associations de défense de la liberté des semences, membre actif d’un réseau local de permaculture)

Martine LORNET (Retraitée,  Déléguée UPR Haute-Saône, chimiste et physicienne de formation)

 NOTES DE BAS DE PAGE

(1)

Selon le journal LibérationMonsanto a menacé, le 24 mai 2016, d’attaquer en justice le Commissariat européen à la santé et à la sécurité alimentaire si l’autorisation de vente du glyphosate sur dix ans n’était pas votée dans les délais impartis. La firme se dit prête à exiger des compensations «pour les préjudices imminents sérieux et irrévocables».(revenir)

 

(2)

EUROPE INC. Comment les multinationales construisent l’Europe et l’économie mondiale – 2005

Les lobbies à l’assaut de l’Europe – 2007 – Bernard Lecherbonnier

Les usurpateurs : Comment les entreprises transnationales prennent le pouvoir – 2014

Le monde selon Monsanto Broché – Marie-Monique Robin – 2009

(revenir)

 

(3)

Une simple requête sur google donne une idée de l’ampleur et de la généralisation du phénomène. Exemples de condamnations concernant spécifiquement Bayer et concernant Bayer et Monsanto).

(revenir)

 

(4)

« Il n’y a aucune preuve empirique que les brevets servent à accroître l’innovation et la productivité » Michele Boldrin and David K. Levine. The case against patents. Working Paper 2012-035A, Federal Reserve Bank of St. Louis, Septembre 2012.

En 2012, une étude confirme les conclusions des travaux antérieurs, théoriques et empiriques. Certains montrent même que le brevet étoufferait l’innovation. Lerner, Josh [2009], “The Empirical Impact of Intellectual Property Rights on Innovation: Puzzles and Clues”, The American Economic Review P&P, 99 (2): 343-348

En 1958, en conclusion de son étude classique du brevet pour le Sénat des Etats-Unis, l’économiste Fritz Machlup écrivait :  “Si nous n’avions pas de système de brevet et s’il n’existait pas, il serait irresponsable sur la base des connaissances actuelles de ses conséquences économiques d’en recommander la création”. Près de soixante ans plus tard, rien n’a infirmé la conclusion de Machlup. Avec cette circonstance aggravante, qu’il n’est pas maintenant “irresponsable”, mais criminel de conférer une rente de monopole à des empoisonneurs en étendant le brevet au vivant. Mais la vraie responsabilité de la technocratie dirigeante – États, transnationales, Commission Européenne, et politiciens – est d’accroître les profits même au prix de crimes de masse. Machlup Fritz. An Economic Review of the Patent System. Study 15, Subcommittee on Patents, Trademarks, and Copyrights, Committee on the Judiciary, United States Senate, 85th congress, 1958 p. 80. (source : Jean Pierre Berlan)

(revenir)

 

(5)

L’Office Européen des Brevets (OEB, ou EPO en Anglais) est une organisation intergouvernementale en relation avec les institutions européennes, Accessoirement, c’est ce même OEB qui a réussi la prouesse incroyable d’accorder à des multinationales des brevets pour des légumes “classiques”, c’est à dire non modifiés génétiquement !

(revenir)   

 

(6)

La situation est telle que certains activistes en sont contraints à des actions de resquillage sur des semences traditionnelles et subissent de nombreux procès pour cela (voir par exemple Kokopelli); voir à ce sujet le cri d’alerte de “Semences Paysannes”.

(revenir)

 

(7)

En termes de contre-pouvoirs, il n’y a pas grand chose à attendre non plus du parlement européen, quand on voit par exemple que les responsables de Monsanto peuvent se permettre de refuser de venir devant cette pseudo-représentation des peuples européens…

(revenir)

 

(8)

Monsanto a été parmi les fabricants de l’agent orange, arme chimique utilisée par les USA notamment au Vietnam, en Corée, au Laos, en Thaïlande, au Cambodge, et même au Canada !
Malgré de nombreux scandales et condamnations à travers le monde entier, Monsanto ne semble jamais pouvoir être atteint. Voir également la page 16 de ce document ainsi que le film “Le monde selon Monsanto”. Monsanto est également impliqué dans le scandale méconnu de l’Aspartame
Bayer de son côté s’est illustré comme fournisseur du Zyklon B, et a fait des expérimentations sur des cobayes humains. En 1947 le Tribunal pénal de Nuremberg a condamné 24 membres et dirigeants d’IG Farben, un cartel dont Bayer était membre, pour meurtres de masse, esclavage et crimes contre l’humanité. Étonnamment cependant, dès 1951, tous ses dirigeants avaient déjà été libérés, continuant à travailler comme consultants pour des sociétés allemandes. Le tribunal de Nuremberg a donc dissous l’IG Farben, mais pas ses membres. Aujourd’hui, chacune des trois « filles » de l’IG Farben (Bayer, Hoechst et BASF) est vingt ou trente fois plus grande que l’IG Farben à son apogée en 1944. (source : « I.G. Farben – from Anilin to forced labor  » de Jörg Hunger et Paul Sander).

Il existe même depuis peu un moteur de recherche dédié aux récentes condamnations dans le domaine des pesticides.

(revenir)

 

En savoir plus sur www.upr.fr :

https://www.upr.fr/actualite/france/comment-leu-prefere-les-fabricants-dogm-a-votre-sante

https://www.upr.fr/actualite/europe-business-as-usual-la-commission-europeenne-autorise-la-commercialisation-de-19-nouvelles-varietes-dogm

https://www.upr.fr/actualite/les-francais-vont-ils-laisser-detruire-lagriculture-francaise-par-christophe-blanc

https://www.upr.fr/communiques-de-presse/lupr-conseille-aux-eleveurs-francais-de-ne-pas-se-tromper-de-cible-et-dexiger-la-sortie-de-la-france-de-lunion-europeenne

https://www.upr.fr/sante/commission-europeenne-autorise-poisons-nos-aliments-dossier-etabli-guillaume-pellissier-de-feligonde

https://www.upr.fr/actualite/france/laffaire-perturbateurs-endocriniens-prouve-nouvelle-etats-protegent-peuples-leurope-menace