75e anniversaire du bombardement atomique américain sur Hiroshima et Nagasaki

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À gauche : vue prise du bombardier américain de l’explosion de la bombe atomique lancée sur Hiroshima le 6 août 1945
– À droite : vue de l’explosion de la bombe atomique lancée sur Nagasaki le 9 août 1945. Plus puissante que la bombe lancée sur Hiroshima, elle provoqua un champignon nucléaire qui monta jusqu’à 18 000 mètres d’altitude.
À gauche : surnommée “Little Boy”, la bombe atomique lancée sur Hiroshima le 6 août 1945 pesait 4,4 tonnes et contenait de l’uranium 235
– À droite :
surnommée “Fat man”, la bombe atomique lancée sur Nagasaki le 9 août 1945 pesait 4,5 tonnes et fonctionnait selon une technologie différente puisqu’elle contenait du plutonium 239
Les deux explosions nucléaires permirent aux Américains de faire des tests “grandeur nature” sur les avantages et inconvénients de chacune des deux technologies, et cela au prix de 140 000 morts civils immédiats.
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Ce jeudi 6 août 2020, le Japon a commémoré le premier bombardement nucléaire de l’Histoire, survenu sur une population civile désarmée il y a 75 ans jour pour jour, le 6 août 1945, à Hiroshima. Une cérémonie comparable aura lieu dans trois jours, le 9 août, pour commémorer le second bombardement nucléaire survenu à Nagasaki.

La pandémie de coronavirus a contraint à limiter cette année les hommages aux victimes.

Des survivants de la bombe atomique, des descendants de victimes, le Premier ministre japonais Shinzo Abe et quelques représentants officiels étrangers ont participé à la principale cérémonie du souvenir en début de matinée à Hiroshima.

Le grand public en revanche n’avait pas été convié à l’événement en raison de la Covid-19, et a dû se contenter de suivre la cérémonie en ligne. D’autres événements ont été complètement annulés, dont la cérémonie des lanternes flottantes de Hiroshima, déposées à la tombée de la nuit chaque 6 août en mémoire des victimes.

Comme chaque année, une prière silencieuse s’est tenue à 8H15 précise, c’est-à-dire à l’instant même où le bombardier américain Boeing B-29 Superfortress, que le pilote Paul Tibbets avait baptisé du nom de sa mère “Enola Gay”, largua la bombe sur la ville d’Hiroshima le 6 août 1945.

Le lieutenant-colonel Paul Tibbets pose pour la photo devant le bombardier B29 avec lequel il a bombardé Hiroshima.
La bombe atomique Little Boy placée dans la soute du bombardier B29
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Les deux missions de bombardement du Japon occidental depuis l’île de Tinian, près de Guam, où étaient installées l’armée de l’air américaine. Le 6 août 1945 vers Hiroshima et le 9 août vers Nagasaki.
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“Little Boy”, le surnom de la bombe, fut larguée exactement à 8h 15min 17s sur Hiroshima avec seulement 17 secondes de retard sur l’horaire prévu.

À 8 h 16 min, après 43 secondes de chute libre, elle explosa à 580 mètres au-dessus de la ville (à peu près deux fois la hauteur de la Tour Eiffel, afin d’assurer le nombre de morts et de destruction maximums).

“Little boy” : ce fut le sobriquet donné par les Américains à la 1re bombe atomique lancée sur des êtres humains dans l’histoire : elle provoqua instantanément la mort de 70 000 personnes à Hiroshima le 6 août 1945 à 08h16.
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Hiroshima et Nagasaki

Hiroshima signifie “l’île large” (littéralement 広 = Hiro = large et 島 = Shima = île) parce qu’elle fut fondée par un seigneur féodal sur la plus grande des îles que forment les bras de l’estuaire de la rivière Ōta.

Son choix comme cible de la première attaque nucléaire de l’Histoire fut fait par l’armée américaine parce qu’il y avait une garnison de l’armée japonaise, mais aussi parce qu’elle est entourée par un léger amphithéâtre de collines et qu’il y faisait très beau, en ce 6 août 1945 au matin. Ces deux caractéristiques permettaient à la fois un ciblage parfait et la possibilité d’aller mesurer ensuite les effets de la bombe par des vols d’observation.

Le centre ville de Hiroshima ciblé par le Bombardier américain.
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Le bombardier Enola Gay ayant effectué un virage serré de 158 ° juste après le largage, les membres de l’équipage, protégés par des lunettes, purent assister et photographier l’explosion (cf. photo).

6 août 1945 – 8h16 – vue de l’explosion nucléaire sur Hiroshima depuis le bombardier américain B29
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Hiroshima entièrement rasée dans un cercle de 3,3 kilomètres de diamètre.
Photo prise au sol dans les jours suivant l’explosion nucléaire.
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Retour du B29 sur la base de Tinian à l’issue de sa mission “réussie” sur Hiroshima, le 6 août 1945 en fin de matinée.
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Ils rentrèrent à la base américaine installée sur l’île de Tinian où ils furent décorés pour leur mission.

6 août 1945 : l’équipage du bombardier B-29 “Enola Gay” pris en photo sur la base militaire américaine de Tinian au retour de sa mission sur Hiroshima.
De gauche à droite :
– l’officier navigant : le major Theodore Van Kirk,
– le pilote : le colonel Paul Tibbets,
– le copilote : le major Thomas Ferebee.

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Cette première bombe atomique de l’histoire lancée sur une population civile sans défense fit instantanément 70.000 morts.

Le nombre des victimes fut porté entre 140.000 et 200.000 morts (selon les estimations) au cours des années qui suivirent, du fait des radiations subies par une partie des survivants.

Ce bombardement fut suivi trois jours après, le 9 août 1945, par celui des quartiers est de Nagasaki. Elle fit 70.000 morts, parmi lesquels une partie significative de la petite communauté chrétienne du Japon, dont les ancêtres avaient été convertis au XVIe siècle par Saint François-Xavier.

Les vraies raisons d’Hiroshima et Nagasaki

Dans l’histoire officielle que l’on enseigne aux Occidentaux, le bombardement des villes de Hiroshima et Nagasaki a été longtemps présenté comme justifié par la volonté du gouvernement américain de terminer la guerre du Pacifique au plus vite et d’épargner ainsi “plus de morts”. En somme, le président Truman aurait décidé de sang froid l’atomisation de 300.000 êtres humains par humanité…

Cette histoire officielle a volé en éclats en 1988, lorsqu’une étude des services secrets américains, découverte dans les archives nationales des États-Unis, a fourni des éléments décisifs qui démentent la version présentée aux opinions publiques.

Cette étude des services américains a révélé que l’invasion par les troupes américaines de la principale île de l’archipel japonais, Honshu, avait été jugée superflue.

Le rapport notait que l’empereur Hiro-Hito avait décidé, dès le 20 juin 1945 (soit 1 mois et demi avant les bombardements), de cesser les hostilités. À partir du 11 juillet 1945, des tentatives pour négocier la paix avaient été effectuées par le biais de messages à Sato, ambassadeur du Japon en Union soviétique. Le 12 juillet, le prince Konoye avait été désigné comme émissaire pour demander à Moscou d’utiliser ses bons offices afin de mettre un terme à la guerre.

En réalité, si ces bombardements nucléaires eurent lieu, c’est pour deux autres raisons :

d’une part par un esprit de pure vengeance, à l’encontre d’un peuple désarmé mais dont l’armée s’était livrée à des violences et des raffinements de cruauté inouïes, notamment lors du “sac de Nankin” de 1937 en Chine (entre 20 000 et 80 000 femmes et enfants furent violés par les soldats de l’armée impériale japonaise) et pendant toute la Guerre du Pacifique.

La Une du journal populaire américain “Daily News” de New York le 7 août 1945. Le titre est “LA 1re BOMBE ATOMIQUE SECOUE LES JAPS. LE RESTE SUIT PRÉVIENT TRUMAN ; LE PLUS GRAND SECRET DE LA GUERRE EST RÉVÉLÉ”
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d’autre part, et c’est ce qui a été mis à jour par les documents secrets rendus publics, par la volonté américaine d’administrer à Staline une démonstration de force. Ces opérations de terreur visaient en fait le même objectif que l’horreur du bombardement de la ville allemande de Dresde, qui fut entièrement rasée, du 13 au 15 février 1945, par la Royal Air Force (RAF) et les United States Army Air Forces (USAAF) avec des bombes à fragmentation et incendiaires, provoquant plusieurs dizaines de milliers de morts civils.

L’objectif était d’impressionner les Soviétiques, d’arrêter leur avance à la fois sur le front Ouest et en Extrême-Orient.

Comme l’a très précisément analysé Frédéric Clairmont dans le mensuel “Le Monde Diplomatique” d’août 1990, ces bombardements de Dresde, Hiroshima et Nagasaki marquaient, en fait, le début de la guerre froide.

CONCLUSION : Hiroshima et Nagasaki, crimes de guerre jamais jugés

Tout comme le bombardement de Dresde ne dédouane évidemment pas l’horreur des crimes nazis, les bombardements de Tokyo (par des bombes incendiaires, qui fit 100.000 morts en février-mars 1945) et ceux de Hiroshima et Nagasaki ne sauraient atténuer l’ampleur des atrocités perpétrées par le Japon militariste.

Il n’en demeure pas moins que, commis par les troupes américaines alors que la guerre était quasiment achevée, et ayant tué des centaines de milliers de civils sans défense, ils constituent des crimes de guerre, et même des crimes contre l’humanité, qui n’ont jamais été jugés.

Le temps ayant passé, le gouvernement américain actuel s’honorerait s’il reconnaissait la responsabilité de la nation américaine dans ces crimes, s’il présentait ses excuses officielles, dans une cérémonie où le Japon présenterait lui-même ses excuses pour les atrocités commises depuis son attaque de Pearl Harbour en 1941, et s’il subvenait au dédommagement des quelques milliers de survivants.

Ni pudeur ni remords.
De nos jours encore, les Américains exposent fièrement le bombardier B29 Enola Gay, qui lâcha la bombe atomique sur Hiroshima, au Musée de l’Air et de l’Espace de Washington, à côté d’un Concorde d’Air France donnée aux États-Unis par le gouvernement français.
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Il s’honorerait plus encore s’il adoptait une politique de lutte réelle contre les armes de destruction massive, c’est-à-dire s’il commençait par s’appliquer d’abord à lui-même la politique qu’il exige des autres.

Je rappelle que les dépenses d’armement américaines sont actuellement un peu inférieures à 50% des dépenses d’armement mondiales. C’est-à-dire que les États-Unis dépensent à eux seuls presque autant d’argent pour s’armer que les 192 autres États actuellement membres de l’Organisation des Nations-Unies.

François ASSELINEAU
6 août 2020

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