== DOSSIER N°2 SUR L’ÉDUCATION == L’Éducation nationale sous le talon de fer des multinationales du conseil – par Anne Limoge, responsable national de l’UPR pour les questions d’éducation

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La fonction publique et les services publics français subissent depuis des années des chocs violents et répétés visant à les « réformer » conformément aux injonctions de la commission européenne [1]. Il en résulte des suppressions massives de postes et un effondrement de la qualité des services rendus à la population.

De même, les conditions de travail de l’ensemble des fonctionnaires ne cessent de se détériorer, entraînant une désespérance collective dont l’ampleur est sans doute inédite depuis l’occupation. Cette désespérance est accentuée par les difficultés à comprendre les significations profondes de la « modernisation » de l’État, ses méthodes implacables mais subtiles, ses buts et surtout ses acteurs impitoyables agissant dans l’ombre.

Les changements permanents auxquels sont soumis l’Éducation nationale et ses personnels enseignants constituent un parfait exemple de cette « modernisation » à marche forcée.

Près de 70 % des enseignants ont déjà songé à quitter le métier selon un sondage de l’IFOP réalisé en 2014 [2].

Ils sont de plus en plus nombreux à franchir le pas. Dans le secondaire (collèges et lycées), les démissions ont pratiquement été multipliées par deux ces dernières années, passant de 536 en 2012/2013 à 1 012 en 2015/2016, avec un triplement pour les professeurs-stagiaires [3].

Toutefois, les démissions ne rendent pas compte de l’ampleur du phénomène de fuite. De nombreux enseignants font leur reconversion en interne dans l’Éducation nationale ou dans le reste de la Fonction publique.

Introduction – Le métier d’enseignant en grave crise

Non seulement les personnels déjà en poste tendent à vouloir le quitter, mais de surcroît le métier attire de moins en moins.

Malgré la situation de crise économique et la persistance d’un chômage très important, le nombre de candidats aux concours du secondaire s’est effondré de 32,5 % entre 2008 et 2017, passant de 37 000 à 25 000.

Il en résulte que 1 600 postes prévus au concours n’ont tout simplement pas été pourvus (17 %) en 2017 [4]. Dans les lycées professionnels, la situation est pire encore et amène les experts à constater que « l’enseignement professionnel souffre d’une pénurie grave d’enseignants » (28 % de postes non-pourvus dans les matières professionnelles) [5]. Le phénomène est désormais structurel [6].

Cette crise profonde a été volontairement organisée [7] à partir de 2010 avec le durcissement des conditions d’accès au concours. Alors qu’il fallait auparavant un bac +3  pour le passer, il faut désormais un bac +5 pour accéder – en cas de réussite – à un métier en constante paupérisation. Le salaire des enseignants s’est en effet effondré et tend désormais à se confondre avec SMIC [8].

Salaire d’un certifié en nombre de SMIC

Pour ne pas arranger les choses, les conditions de travail se sont sévèrement dégradées. Selon les chiffres même du ministère de l’Éducation nationale, le temps de travail des enseignants était de 41 heures 17 minutes par semaine en moyenne dans le secondaire en 2010 ; ce, sans tenir compte du travail fourni durant les vacances scolaire (18,5 jours en moyenne) [9].

Depuis, leurs tâches n’ont cessé de s’alourdir [10], comme le constatait déjà en 2012 un rapport de l’Inspection générale de l’Éducation nationale en soulignant l’avis unanime des inspecteurs, des chefs d’établissements et des enseignants sur ce point [11].

Dans ce contexte, le niveau des élèves ne cesse de se dégrader. Ces derniers sont de plus en plus connectés à des médias de masse les incitant au laisser-aller, à l’hyper-individualisme, à l’incivilité et à la violence [12].

Les violences verbales et physiques ainsi que la démotivation des élèves sont en constante augmentation, en particulier dans les lycées professionnels [13]. Il en résulte, selon une étude du ministère de l’Éducation nationale, que les professeurs sont plus exposés aux risques psychosociaux que les autres cadres du public et du privé [14].

Le métier d’enseignant avait pourtant longtemps été à la pointe du progrès social en matière de conditions de travail. L’obligation légale pour l’employeur d’assurer un suivi médical annuel des personnels était alors sans objet. Toutefois cette pratique persiste malgré la forte dégradation des conditions de travail et la crise du métier.

Les enseignants sont l’une des seules professions à ne pas bénéficier d’une véritable médecine du travail [15]. De ce fait, la dégradation massive de leur santé est occultée [16].

Cette situation sera amenée à se détériorer fortement dans les années qui viennent. Les suppressions de postes relatives ou absolues impliquant un durcissement de la charge et du temps de travail [17], vont être poursuivies et amplifiées [18] malgré l’augmentation constante du nombre d’élèves depuis 2009, notamment dans le second degré [19].

Pire encore, il est prévu notamment de donner aux chefs d’établissements la possibilité de recruter directement les professeurs et donc également de les muter ou de les exclure alors que, jusque là, ils bénéficiaient d’une relative sécurité liée à la gestion centrale de leur carrière (voir à ce sujet le rapport CAP 22 publié pendant l’été 2018 [20] ).

Le durcissement des conditions de travail devrait tout particulièrement toucher les lycées professionnels qui font face à une nouvelle réforme [21]. Ses contours ont été dessinés par l’Institut Montaigne [22], un think tank patronal [23] dont l’actuel ministre de l’Éducation nationale est très proche [24]. Elle vise notamment à préparer le transfert des professeurs de lycées professionnels vers les régions [25] où ils seront à la merci des baronnies locales avant d’être privatisés, comme c’est actuellement le cas pour les agents techniques ouvriers et de service (TOS) des collèges et des lycées[26].

A terme, ce sera également le cas de leurs collègues des lycées généraux, tandis que les professeurs de collèges seront transférés aux départements et les professeurs du primaire aux communes [27] ; c’est la perspective qui est ouverte avec la réorganisation régionale des académies transformées en échelon stratégique pour la mise en œuvre de la politique éducative [28].

Cette politique régressive est facilitée par la précarité professionnelle croissante des enseignants. En effet, la crise de recrutement de titulaires ainsi que les démissions et les reconversions, entraînent mécaniquement une augmentation du nombre de contractuels sous payés, non-formés et précaires.

Leur proportion a pratiquement doublé. Ils représentaient 4,5 % des enseignants du secondaire en 1987 [29] pour atteindre près de 8 % en 2017 [30]. Ils seront sans doute beaucoup plus nombreux à l’avenir du fait de l’aggravation de la crise du recrutement des titulaires, des phénomènes de fuite, de l’encouragement des départs et de la volonté affichée de généraliser les emplois contractuels dans l’ensemble de la Fonction publique [31]. Dans certains établissements, il arrive que désormais plusieurs équipes pédagogiques soient entièrement constituées de contractuels [32].

L’effet dévastateur du nouveau management public

Loin de constituer une évolution spontanée, la grave crise du métier d’enseignant doit être resituée dans le contexte plus vaste du nouveau management public (NMP) qui se généralise dans les Services publics à partir des années 1990 et dans la Fonction publique depuis les années 2000.

Ce NMP est la transposition dans le secteur public des méthodes d’organisation et de réorganisation internes des multinationales américaines. Il vise à démanteler l’État français de l’intérieur (privatisations, suppressions massives de postes) et à introduire dans ce qu’il en reste une gestion dure des personnels sous couvert de rationalisation et de réductions coûts [33].

Le NMP est principalement conçu et mis en œuvre par des cabinets privés multinationaux de consultants [34], en particulier les quatre géants mondiaux surnommés les « Big Four » : Deloitte (États-Unis), PwC (Royaume-Uni), Ernst & Young (Royaume-Uni) et KPMG (Pays-Bas). Ils sont les navires-amiraux d’autres multinationales du conseil de moindre importance, mais dont les méthodes sont identiques et l’influence tout aussi redoutable [35].

L’ascendant de ces cabinets sur le secteur public français est particulièrement surprenant compte tenu de leur réputation plus que sulfureuse dans le monde entier.

En principe, le métier de base de ces cabinets de consultants est double : évaluer (auditer) et certifier la comptabilité des grands groupes multinationaux d’une part, et conseiller ces derniers dans l’organisation de leurs ressources humaines et financières ainsi que la définition de leurs stratégies de développement d’autre part.

C’est aux « Big Four » que font systématiquement appel toutes les grandes multinationales de tous les secteurs, qu’il s’agisse des médias et du divertissement (Time Warner, Viacom, The Walt Disney Company), de l’économie numérique (Facebook, Google, Amazon), de l’informatique (Apple, Microsoft) ou encore de l’industrie (Pepsico, Exxon) et de la finance (Goldman Sachs, American Express).

Les « Quatre Grands » se seraient partagés l’ensemble de la planète, la France étant l’un des territoires privilégiés d’Ernst & Young [36].

Si les entreprises multinationales peuvent-être considérées comme les « armées » de la mondialisation et les grandes banques internationales comme leurs « bataillons logistiques », alors les « Big Four » en sont dans une certaine mesure les « États-majors » du fait de leur rôle stratégique d’évaluation et d’orientation. Il est d’ailleurs courant que les dirigeants des multinationales se retrouvent à la tête des grands cabinets de conseil et inversement.

Ce mélange des genres est à l’origine de scandales retentissants qui ont montré à quel point la réalité des « Big Four » était éloignée de leur image aseptisée de rigueur gestionnaire. De spectaculaires procès ont ainsi révélé récemment leurs responsabilités dans le trucage des comptes des grandes entreprises et l’embellissement de leurs résultats, sur fond de corruption à grande échelle [37].

Ces trucages sont, par exemple, à l’origine de l’immense scandale qui a provoqué la faillite du géant américain de l’énergie Enron en 2001, puis l’année suivante celle de la multinationale du conseil Arthur Andersen dont les filiales ont ensuite été absorbées par le cabinet Ernst & Young.

Pour cela, les « Big Four » sont parfois considérées par les observateurs comme des entités dont l’ADN est la fraude [38].

Outre le maquillage comptable, l’une des grandes spécialités des « Big Four » est d’organiser une évasion fiscale massive en faveur des multinationales [39]. Les consultants auscultent et traquent les moindres failles des réglementations nationales pour permettre à leurs clients d’échapper aux impôts et taxes. Ici, pour filer la métaphore militaire, elles combinent à leur fonction d’ « État-major » des grandes firmes transnationales, celle de « forces spéciales » infiltrant les rangs « ennemis ».

En effet, les grands cabinets de consultants ne se contentent pas de jouer avec les réglementations, ils interviennent également en amont dans leur élaboration même. Ils s’y prennent de trois manières selon un rapport du Parlement britannique [40]. D’une part, ils font intervenir des parlementaires « amis » qui feront adopter des dispositifs législatifs favorisant l’évasion fiscale [41]. D’autre part, ils recrutent d’anciens hauts fonctionnaires pour exploiter les réseaux de ces derniers dans l’administration [42]. Enfin, les grands cabinets infiltrent leurs agents directement dans les ministères comme le reconnaît d’ailleurs le cabinet Ernst & Young [43].

C’est pourquoi les spécialistes de la fiscalité et de la comptabilité qualifient ces cabinets de consultants de « mafia » [44] et de « rois de la triche » [45]. Plus grave encore, les chercheurs les plus avisés ne parviennent pas à identifier leurs actionnaires et leurs propriétaires réels, le cabinet Ernst & Young étant réputé le plus opaque [46].

Le travail des « Big Four » est particulièrement efficace puisque les pertes fiscales des États de l’Union européenne sont évaluées à 1 000 milliards d’euros par an.

En France, l’évasion fiscale dépasserait de très loin 80 milliards d’euros par an selon les estimations les plus récentes, soit un montant bien supérieur au 74,9 milliards de l’ensemble du déficit public [47]. Ainsi les grands cabinets de consultants sont-ils les principaux responsables de l’appauvrissement dramatique des finances publiques au profit des actionnaires et des propriétaires des grandes multinationales.

Sans l’évasion fiscale, il n’y aurait ni déficit public, ni austérité et donc pas de justification pour démanteler les Services publics et la Fonction publique.

L’ironie de la situation en France – et ailleurs – est que les « Big Four », principaux responsables de l’évasion fiscale et du déficit public, sont en même temps ceux qui conçoivent et mettent en œuvre le démantèlement de l’État et la paupérisation des fonctionnaires au nom de la réduction des coûts.

Cette politique de démantèlement se déploie en deux temps qui se succèdent inlassablement.

Dans un premier temps, les gouvernements sont « incités » à commander aux cabinets de consultants de vastes évaluations (audits) des finances publiques et de l’organisation de l’État qui, invariablement, concluent à une situation de faillite financière et de mauvaise organisation administrative [48]. Dans un second temps, les grands cabinets de consultants proposent leurs services à l’État pour l’aider à tailler dans les finances et la fonction publiques, c’est-à-dire mettre en œuvre le nouveau management public.

En France, cette démarche en deux temps est brutalement généralisée en 2007 avec la mise en place de la Révision générale des politiques publiques (RGPP) devenue en 2012 Modernisation de l’action publique (MAP). Sur les seules années 2006-2012, ce ne sont pas moins de 114,37 millions d’euros qui seront engloutis par l’État dans le paiement de prestations de conseil à de grands cabinets multinationaux, principalement américains, pour orchestrer cette thérapie de choc en France [49].

C’est à partir de cette période que les hauts fonctionnaires de l’État formés à l’École nationale d’administration (ENA) sont marginalisés au profit de consultants privés issus des écoles de commerce [50]. L’ensemble des ministères est désormais cannibalisé par ces agents très discrets, notamment ceux des « Big Four » [51].

Le ministère de l’Éducation nationale n’échappe pas à la démarche en deux temps consistant à commander des évaluations aux grands cabinets de conseil, puis à recruter leurs agents. Ainsi, par exemple, c’est à Ernst & Young qu’il est fait appel pour auditer le « campus numérique » regroupant les universités françaises.

De même, et pour ne prendre qu’un exemple, M. Jérôme Fabry, directeur des projets du très stratégique Secrétariat général à la modernisation de l’action publique (service relevant du Premier ministre) est, en réalité, directeur-associé du cabinet Ernst & Young-Parthenon [52]. Côté face, il est un haut-fonctionnaire qui participe à la « réorganisation » de l’Éducation nationale où il a travaillé notamment sur la réforme de l’éducation prioritaire [53], l’école numérique [54] et l’évaluation de la politique de lutte contre le décrochage scolaire [55]. Côté pile, il intervient sous la casquette d’Ernst & Young lorsqu’il s’agit de dessiner les perspectives de profits que peuvent faire les fonds d’investissement dans l’enseignement supérieur [56] tout en étant le référent du candidat François Fillon lors de la campagne présidentielle de 2017 [57].

Ce sont ainsi des cabinets de conseil considérés comme totalement « opaques », qualifiés de « fraudeurs », de « mafia », voire de « rois de la triche », qui ont désormais la haute main sur l’État français. La Cour des comptes déplore elle-même que « la capitalisation d’expérience de certains cabinets fortement implantés dans différentes administrations leur donne une vision transversale des chantiers interministériels qu’aucun service de l’État ne possède » [58].

En d’autres termes, l’infiltration de l’État par les consultants a atteint une telle ampleur que ces derniers ont une vision globale que l’État lui-même ne possède plus.

Ces cabinets sont régulièrement dénoncés et condamnés en justice dans le monde entier, mais leur présence dans les rouages intimes de l’administration survit à toutes les alternances politiques et garantit l’implacable constance du nouveau management public.

Le nouveau management public au quotidien

Dans sa pratique quotidienne, le NMP s’appuie largement sur l’œuvre de Machiavel et les grands textes de stratégie militaire [59] ainsi que la manipulation du langage [60]. Partout et à tous les niveaux du secteur public, une armée de consultants s’active à briser toute résistance, tout esprit de Service public et tout sens de l’État par la ruse, la dissimulation et la furtivité [61].

La méthode du « diviser pour mieux régner » a été revisitée par le management moderne et vise d’abord à opposer les personnels et les usagers. Bien qu’étant les premières victimes du NMP, les personnels sont jetés en pâture à la colère légitime de la population face à des services publics de plus en plus dégradés par le NMP. 

Elle vise ensuite à introduire de la compétition à l’intérieur même des services en les fragmentant en unités administratives autonomes afin de briser l’esprit de corps et les solidarités induites par l’appartenance à une même institution.

Elle vise également à accentuer les clivages verticaux entre un encadrement auquel est délégué la gestion de terrain du NMP et les subordonnés qui la subissent.

Elle vise enfin à fragmenter les personnels horizontalement à travers l’individualisation des carrières et la rémunération à la « performance », c’est-à-dire à la collaboration sans réserve au NMP dans l’espoir d’échapper individuellement à ses effets les plus durs [62].

Dans les établissements scolaires les résultats de cette méthode sont déjà sensibles. C’est le cas avec la diffusion des résultats des établissements dans les médias afin de les mettre en concurrence et de légitimer la mise sous tension des personnels. De même, les enseignants sont souvent abandonnés par leur hiérarchie à la vindicte d’élèves et de parents qui constatent le délitement constant de l’Éducation nationale.

La nouvelle autonomie pédagogique des établissements, quant à elle, amène les équipes disciplinaires à se déchirer des dotations horaires de plus en plus maigres. L’autonomie à venir des chefs d’établissement dans le recrutement des enseignants – qui implique également une autonomie dans leur mutation, voire leur exclusion – se traduira immanquablement par une course à la soumission dans l’espoir de préserver sa place.

Le NMP intègre parfaitement le désespoir et la souffrance produits par ses pratiques implacables. Ce désespoir et cette souffrance ont été modélisés par la « courbe du deuil » rendue tristement célèbre comme symbole des années noires à France Telecom/Orange. Distribuée au milieu des années 2000 à l’encadrement de l’entreprise par des consultants, elle est censée rendre compte des réactions des personnels face aux changements radicaux d’organisation et à un plan visant à pousser à la démission par tous les moyens les agents possédant le statut de fonctionnaire [63].

La courbe indique les réactions successives suivantes : sidération – déni – colère – marchandage – dépression – acceptation – investissement. Elle définit ainsi les différentes phases d’un reformatage psychique censé transformer progressivement le rejet du « changement » en son acceptation enthousiaste. L’une des fonctions de cette courbe et de son jargon pseudo-scientifique est d’anesthésier la conscience des managers dans la gestion impitoyable des personnels. Elle leur indique que certes leurs subordonnés souffriront et passeront par une période de dépression plus ou moins grave, mais que cette dernière aboutira nécessairement à un assentiment libérateur.

La multiplication des tentatives de suicide et des suicides à France Telecom/Orange n’avait toutefois pas été prévue par la courbe.

La « courbe du deuil » poursuit malgré tout son chemin puisque en 2010 elle est distribuée aux cadres de France Télévisions par un cabinet de consultants [64]. Mieux encore, dans un guide destiné à l’ensemble des personnels d’encadrement de l’État daté de 2017, le ministère de la Fonction publique précise que « la «courbe du deuil» est un processus naturel par lequel passe un collaborateur qui fait face à un changement dans le cadre professionnel. » [65]

Autre méthode, la double injonction paradoxale (« double-bind ») consiste à déstabiliser psychiquement l’individu en lui imposant des exigences incompatibles entre elles. Chez les enseignants, elle prend notamment la forme très classique d’un programme très lourd qu’il faut impérativement réaliser (sous peine de pénaliser les classes d’examens) mais dans un temps qui rend impossible son bouclage.

Elle prend également la forme d’une sommation à accroître la réussite des élèves (ce qui implique une mise au travail souvent mal acceptée, source de conflits avec eux) tout en les sommant d’être bienveillants (les conflits avec les élèves étant considérés comme le signe d’une défaillance pédagogique de l’enseignant).

Dans la guérilla psychologique contre les professeurs, la culpabilisation constitue une arme de choix. La baisse évidente du niveau des élèves leur est systématiquement attribuée alors qu’elle résulte de facteurs qui leur échappent totalement et dont ils sont eux aussi les victimes.

C’est le cas des réformes nombreuses et brutales qui déstabilisent en permanence les établissements scolaires et ne permettent plus d’y étudier convenablement [66]. Leur visée purement comptable, avec un habillage éducatif a posteriori, explique largement leur impact pédagogique dramatique.

Ainsi, par exemple, la réforme des bacs professionnels a été lancée en 2009 contre l’avis de l’Inspection générale du ministère de l’Éducation nationale [67], du Conseil supérieur de l’Éducation nationale et de l’écrasante majorité des enseignants, des parents et des lycéens. La suppression d’une année de scolarité dans le cursus des bacs professionnels qui en comptait quatre, combinée à l’interdiction des redoublements en collège, a eu un impact désastreux sur la crédibilité des diplômes et sur le niveau des élèves de lycées professionnels [68] que chaque professeur constate dans sa pratique quotidienne [69].

L’impact dévastateur des réformes est démultiplié par les dégâts cognitifs de la surexposition croissante des jeunes aux écrans [70] et le fait qu’ils sont frappés de plein fouet par les difficultés socio-économiques actuelles [71].

La baisse générale du niveau scolaire vient également justifier l’injonction incessante à changer de pratiques professionnelles pour amener les professeurs à être plus performants. La succession erratique des innovations pédagogiques, l’élargissement constant des missions et les réorganisations permanentes marginalisent de plus en plus la transmission des savoirs dans les pratiques professionnelles des enseignants. C’est ainsi le cœur même de leur métier qui est déstabilisé.

Il en résulte qu’ils sont transformés en apprentis permanents totalement infantilisés. Cette méthode de « dé-professionnalisation » est assez largement utilisée dans l’ensemble du secteur public et dans les entreprises privées où elle est surnommée « secouer le cocotier » par les managers [72]. Elle produit un sentiment de « précarité subjective », source de peur et de soumission, malgré la solidité objective du statut de certains personnels (CDI dans le privé, fonctionnaires) [73].

Afin de neutraliser les réactions des enseignants face à la dégradation de leurs conditions de travail, il leur est systématiquement suggéré de comparer leur situation à d’autres plus dégradées. C’est ainsi que les professeurs qui ont à se plaindre de leurs conditions de travail s’entendent dire qu’en banlieue c’est pire, tandis que leurs collègues de banlieue se voient rétorquer qu’en banlieue parisienne c’est encore pire. Quant aux enseignants de la banlieue parisienne, il leur est répliqué qu’aux
États-Unis où les lycéens viennent parfois armés, c’est encore plus que pire.

Dans le même registre, l’institution utilise une technique assez sophistiquée consistant, au lieu d’affronter frontalement un enseignant, à l’inviter à critiquer lui-même son travail. La plupart des professeurs se laissent prendre en jouant sincèrement le jeu de l’autocritique dans un état d’esprit constructif et honnête. Ils ont ensuite la mauvaise surprise de retrouver mot pour mot leurs propres critiques dans la justification d’une mauvaise note pédagogique ou administrative.

L’enseignant est ainsi amené à se sanctionner lui-même. S’il ne le fait pas, il est jugé incapable d’avoir du recul sur ses pratiques professionnelles.

L’accentuation de la pression hiérarchique au nom de la performance individuelle est d’ailleurs rendue furtive par le recours à des intitulés sympathiques. Les entretiens d’évaluation avec les chefs d’établissements sont devenus d’anodins « rendez-vous de carrière », tandis que les inspecteurs sont présentés comme des « conseillers pédagogiques ».

Ces différents dispositifs dont la liste est loin d’être exhaustive, visent essentiellement à saturer le mental des personnels et à les déstabiliser psychiquement. Il s’agit de les empêcher de prendre conscience de la violence dont ils sont victimes, de la déstructuration de leur travail et des perspectives dégradées qui les attendent s’ils ne font rien.

Ces dispositifs à l’œuvre partout dans la Fonction publique produisent de la désorganisation, du chaos et un effondrement de la qualité des Services publics très coûteux à long terme pour la collectivité [74].

Le prix humain effroyable du nouveau management public est désormais très largement documenté dans la littérature scientifique [75] et sans doute les Français n’ont-ils jamais autant souffert depuis l’Occupation.

L’effroyable prix humain du nouveau management public

Les situations de détresse psychologique, d’épuisement professionnel (« burn-out ») et d’atteintes physiques (insomnies, migraines, troubles musculo-squelettiques,…) ont explosé. Elles ont abouti à une multiplication inquiétante des suicides. C’est le cas en particulier à France Telecom/Orange où les suicidés sont souvent des employés ayant le statut de fonctionnaire [76]. C’est sur eux que se sont exercées les pressions les plus dures et les plus violentes afin de les pousser à la démission et de les remplacer par des contractuels [77].

Mais les suicides touchent également les entreprises publiques comme la SNCF [78], La Poste [79] ainsi que la Fonction publique hospitalière [80], la Police nationale et la Gendarmerie [81], les pompiers [82], l’Office national des eaux et forêts [83] et pratiquement toutes les administrations. Le traitement médiatique fragmentaire et parcimonieux de ce phénomène empêche l’opinion de prendre la mesure de son ampleur inédite. C’est pourquoi un syndicat a décidé au début de l’année 2017 de mettre en ligne une carte des suicides au travail [84].

Les immolations par le feu devant ou sur les lieux de travail en disent long sur la violence exercée sur les personnels, le désarroi face à une tyrannie insaisissable, la destruction des solidarités entre collègues et l’affaiblissement des syndicats [85].

Concernant l’Éducation nationale, une vaste enquête publiée en 2017 sur les chefs d’établissements scolaires souligne que 84,5 % des personnels de direction déplorent la succession rapide des réorganisations du système éducatif. Cette situation se traduit par des situations d’épuisement professionnel pour un quart d’entre-eux dont 14,5 % relèvent de soins cliniques [86].

La situation n’est pas meilleure chez les inspecteurs de l’Éducation nationale. Un enquête de 2016, fait apparaître que 96 % d’entre eux expriment une situation de stress de plus en plus fréquente. Conséquence logique, 60 % des inspecteurs ressentent un état de fatigue chronique, tandis que 23,33 % présentent une présomption d’épuisement professionnel [87].

Chaque année scolaire est émaillée par le suicide de plusieurs dizaines d’enseignants que ce soit de manière discrète (comme Vincent, 27 ans, professeur-stagiaire dans un collège de Toulouse, qui s’est jeté sous un train en 2016) ou spectaculaire (comme Lise, 44 ans, professeur de mathématiques dans un lycée de Béziers, qui s’est immolée par le feu dans la cour de son établissement en 2011).

Le Ministère de l’Éducation nationale faisait état de 52 suicides durant l’année scolaire 2008/2009, soit un suicide de professeur par semaine il y a près de dix ans [88]. Ces données, sans doute minorées, n’ont pu que s’accroître du fait de la dégradation constante des conditions de travail intervenue depuis.

Le lien avec la situation professionnelle est souvent avéré (témoignages de collègues, lettres, dernières paroles prononcées,…), mais l’administration évoque systématiquement des problèmes privés pour se dégager de toute responsabilité. Ce n’est que lorsque les preuves sont accablantes qu’elle la reconnaît [89].

54 % des enseignants déclarent être ou avoir été en situation d’épuisement professionnel selon un sondage de l’IFOP de 2014 [90]. Les difficultés du métier se manifestent par une fragilisation rendant les enseignants plus exposés à des affections courantes. Dans ce contexte, les spécialistes considèrent que les arrêts de maladie constituent un bon indicateur de la souffrance au travail [91], même si tous les arrêts de maladie ne sauraient être liés exclusivement à des causes professionnelles.

Les congés de maladie constituent près de 90 % des causes non professionnelles d’absence chez les enseignants. Leur durée moyenne était en 2012/2013 de 17,2 jours soit nettement plus que celle des personnels non-enseignants de l’Éducation nationale (12,8 jours). Cette durée est plus longue encore pour les enseignants des zones d’éducation prioritaire, pourtant plus jeunes, ce qui montre bien une corrélation certaine avec les conditions de travail.

De même, 41,8 % des enseignants du second degré ont été en arrêt de maladie au moins une fois dans l’année, contre 47,6 % pour leurs collègues travaillant en zone d’éducation prioritaire [92].

Face à la dégradation dramatique des conditions de santé et de travail de ses agents, l’administration – gangrenée par les cabinets multinationaux de consultants et les think tanks qui en sont les porte-voix – réagit de manière implacable par une politique qui ne pourra qu’accentuer la dégradation des conditions de travail.

La mise en place d’une journée de carence dans l’ensemble de la Fonction publique à compter du 1er janvier 2018 au nom de l’égalité avec le privé résulte d’une recommandation de l’Institut Montaigne. Concrètement, cela signifie que tout arrêt de maladie se traduit par le retrait d’une journée de salaire ; mesure qui vise à faire baisser le nombre d’arrêts de travail d’une part, et à générer à terme 300 millions d’euros d’économies d’autre part.

Le même Institut propose la suppression de plusieurs dizaines de milliers de postes dans la Fonction publique. Proposition qui a déjà été reprise par le gouvernement. Les préconisations d’allonger la durée du travail de l’ensemble des fonctionnaires de 2 heures 30 minutes par semaine et de mettre en place trois jours de carence [93] seront à n’en pas douter bientôt concrétisées.

En effet, après la thérapie de choc de 2007 qui avait brutalement marqué la généralisation du nouveau management public et l’infiltration de toutes les administrations par les consultants issus des grands cabinets multinationaux, le gouvernement récidive de manière plus dure encore avec une violence assumée et revendiquée [94]. Un Comité d’action publique 2022 (CAP 22), dont l’un des membres éminent n’est autre que M. Laurent Bigorne, le directeur de l’Institut Montaigne, mis en place pour de nouveau réformer l’État, a rendu son rapport [95]. Celui-ci vise à supprimer d’ici 2022, 120 000 fonctionnaires (dont 50 000 dans la Fonction publique d’État) et à réduire la dépense publique de plus de 50 milliards d’euros.

Sans surprise, le gouvernement a annoncé sa volonté de reprendre l’essentiel des mesures préconisées par le CAP 22 à commencer par le dynamitage de la Fonction publique. Il s’agira notamment de marginaliser les fonctionnaires par le recrutement massif de contractuels dans les administrations et par l’incitation vigoureuse des titulaires à démissionner en nombre [96].

Si, dans sa communication, le gouvernement insiste sur les incitations financières – la carotte – destinées à pousser les fonctionnaires dehors, il se garde bien d’évoquer trop ouvertement les contraintes – le bâton – qui seront exercées sur eux en ce sens, notamment dans l’Éducation nationale. Plusieurs mesures annoncent une gestion plus dure des enseignants, comparable à celle qui avait prévalu durant les années noires de la vague de suicides à France Telecom / Orange. C’est le cas de la suppression du paritarisme qui permettait aux syndicats de garantir une juste gestion des carrières et des mutations, de la mise en concurrence des personnels et du recrutement des enseignants par des chefs d’établissement eux-mêmes mis sous pression par l’évaluation constante de leur établissement [97] ainsi que de l’accroissement de la charge et du temps de travail [98].

Il ne pourra résulter de cet ensemble de mesures nouvelles qu’une dégradation plus dramatique encore de la santé des enseignants qui se traduira notamment par une multiplication des arrêts de maladie. C’est pourquoi d’autres mesures, plus implacables encore, sont en attente. En effet, l’importance des arrêts de maladie et de leur durée chez les enseignants est d’ores et déjà utilisée pour les stigmatiser dans l’opinion publique et dégrader encore plus leurs conditions de travail. C’est ainsi que l’IFRAP, un think tank patronal [99] financé par l’État [100] et complaisamment relayé par les médias, s’émeut des heures perdues pour les élèves. Pour régler le problème, il propose rien de moins que la mise en place de 6 jours de carence et l’augmentation réglementaire des heures de cours à 22 heures par semaine au lieu de 18 actuellement [101]

La plupart de ces propositions ont déjà été reprises dans un rapport de la Cour des comptes très largement médiatisé [102]. Elles illustrent bien la « stratégie du choc » consistant à tirer partie d’une situation de crise créée artificiellement pour imposer des réformes déstructurantes générant une nouvelle situation de crise qui, à son tour, appellera de nouvelles réformes plus destructrices encore [103].

Ainsi, les réformes de l’Éducation nationale – conçues et mises en œuvre par les cabinets multinationaux de consultants – ne visent-elles qu’à réduire les coûts à court-terme et à générer des échecs pédagogiques qui justifieront de nouvelles réformes.

Une « gouvernance » mondiale des Éducations nationales

L’actuel ministre de l’Éducation nationale entend initier des changements radicaux en France : recrutement des enseignants par les chefs d’établissement (et donc possibilité de les exclure ou de les muter), individualisation des carrières et des rémunérations sur la base des « performances » de leurs élèves [104]. Pourtant, ces réformes sont déjà un échec pédagogique dans les pays où elles ont été appliquées avec le plus de zèle. Elles ont entraîné non seulement une baisse des résultats, mais aussi une crise majeure du recrutement des professeurs [105].

C’est le cas notamment en Angleterre où ces changements ont été lancés dès 2010 et, déjà, le cabinet de consultants Ernst & Young propose de nouveau au gouvernement britannique un énième projet de réforme destiné à venir à bout de cet échec [106].

La succession des réformes destructrices que connaît la France n’est en réalité que l’expression d’un phénomène qui frappe de nombreux pays. Des
États-Unis à l’Australie, en passant par la Nouvelle-Zélande, la Suède, les Pays-Bas ou le Mexique, les cabinets multinationaux de consultants imposent des recettes qui sont strictement identiques malgré des habillages pédagogiques et idéologiques locaux.

Les réformes ont là-bas aussi des effets dévastateurs comme en Suède où la privatisation et la décentralisation du système éducatif – actuellement préconisée en France – sont un fiasco [107].

En France, les querelles historiques opposant les tenants d’une école progressiste aux partisans d’une école conservatrice et les défenseurs de l’école laïque aux promoteurs de l’école confessionnelle sont parfaitement exploitées. Chaque courant est instrumentalisé tour à tour et devient successivement l’idiot utile d’une dynamique de réformes qui implacablement poursuit son chemin.

Partout dans le monde, les recettes uniformes des consultants aboutissent à des crises du système éducatif public et à des échecs pédagogiques. En fait, leur objectif n’est aucunement l’amélioration de l’école publique ; il est ailleurs.

Leurs agents infiltrés dans les ministères sont généralement des diplômés d’écoles de commerce spécialisés dans les restructurations d’entreprises. Ils sont de ce fait dépourvus de compétences pédagogiques et de la culture propre à l’Éducation publique.

C’est pourquoi les réformes qu’ils initient ne visent qu’à contenir ou à comprimer la part majeure que représentent les budgets de l’éducation publique dans les dépenses des États. La paupérisation des personnels qui en résulte – comme partout ailleurs dans la Fonction publique – permet aux mêmes cabinets de consultants d’accentuer l’évasion fiscale massive qu’ils organisent en faveur des multinationales et au détriment des finances publiques.

De la même manière que les grandes entreprises privées sont restructurées en permanence pour augmenter les dividendes des actionnaires, l’État est constamment réformé pour rendre viable l’évasion fiscale des multinationales qui se traduira par une augmentation des dividendes de leurs actionnaires.

Il s’agit là d’un exemple typique du siphonnage des revenus des classes moyennes en faveur des plus riches. Mais le rôle des consultants ne s’arrête pas là.

Outre ce siphonnage, les réformes à répétition de l’Éducation nationale visent également à déstabiliser très profondément le fonctionnement du système éducatif. Les collèges français par exemple ont dû subir pas moins de trois changements majeurs en à peine plus d’un an : d’abord une profonde réforme à la rentrée 2016 [108], ensuite l’enterrement partiel de cette réforme à la rentrée 2017 [109] et enfin le remaniement du brevet pour la session 2018 [110].

Après les collèges et le brevet, les lycées et le bac [111] sont désormais dans la ligne de mire. Des bouleversements en profondeur tant des lycées professionnels [112] que des lycées généraux sont prévus pour la rentrée 2019 [113].

Face à la baisse de la qualité des écoles publiques qui résulte de cette instabilité permanente, les parents sont de plus en plus amenés à privilégier les établissements privés pour la scolarité de leurs enfants. De ce fait, la proportion d’élèves dans le privé connaît une progression durable au détriment du public [114].

En retour, ce changement vient légitimer l’importation croissante de méthodes de management venues du privé dans les établissements publics, phénomène appelé « privatisation cachée » par les spécialistes de la question [115]. De cette manière, le terrain est préparé pour l’absorption progressive de l’Éducation nationale par les multinationales.

Les Français le savent peu, mais il existe des multinationales géantes qui vendent à l’échelle mondiale des formations et de l’éducation comme on vend du Coca Cola ou des hamburgers. Elles organisent régulièrement à Dubaï ou au Qatar des salons internationaux comparables au salon de l’automobile pour y faire la promotion de leur « philosophie », de leurs établissements scolaires et universitaires ainsi que de leurs produits éducatifs numériques [116]. Elles ont même leur sommet annuel où les experts d’Ernst & Young viennent faire saliver les investisseurs sur ce magnifique gâteau de 4 500 milliards de dollars qu’est le marché mondial de l’éducation [117].

Dans de nombreux pays, leurs chaînes d’établissements payants livrent une concurrence impitoyable aux systèmes scolaires publics gratuits, absorbant au passage les établissements privés indépendants.

Ces multinationales ciblent même les populations les plus pauvres en multipliant les écoles privées low cost en Afrique et en Asie [118], avec des poussées jusque dans les banlieues françaises par l’entremise des fondations amies [119].

La plus puissante de ces multinationales est le mastodonte mondial Pearson (Royaume-Uni) dont la stratégie de développement planétaire est en partie conçue par le cabinet de consultant Ernst & Young [120] qui s’est notamment occupé de la restructuration de son service clients à l’échelle mondiale [121].

Or, en France comme dans de nombreux autres pays, ce sont justement des consultants privés appartenant notamment à Ernst & Young qui jouent un rôle majeur dans l’élaboration des réformes de l’Éducation nationale. Mieux encore, ce sont les consultants de ces mêmes cabinets qui, infiltrés dans l’administration, supervisent leur mise en œuvre.

Ils sont ainsi idéalement placés pour préparer le terrain à une privatisation par tranches du système éducatif au profit des multinationales, en particulier de Pearson.

La généralisation des évaluations à tous les niveaux du système scolaire, puis leur privatisation progressive est au cœur de cette stratégie [122]. Son cheval de Troie n’est autre que PISA, le système international de classement des performances éducatives des différents pays du monde [123]. C’est en effet, la multinationale Pearson qui en organise le fonctionnement [124] et qui parvient – avec les autres multinationales du secteur – à l’imposer comme la référence ultime en matière de performances éducatives bien que ses méthodes soient fortement contestées par les spécialistes [125].

La publication tous les trois ans du classement PISA est le point d’orgue de psychodrames nationaux et de campagnes médiatiques virulentes contre les systèmes éducatifs publics qui ne se trouvent pas tout en haut du classement (ce qui est logiquement le cas de l’écrasante majorité d’entre eux) [126]. Ces campagnes récurrentes et parfaitement huilées viennent légitimer la nécessité d’introduire toujours plus de réformes et de nouveaux dispositifs proposés clé-en-main par les cabinets de consultants. Ainsi, par exemple en France, Ernst & Young ne manque pas de vanter « l’éducation connectée pour remonter dans le classement PISA » [127].

L’introduction du numérique à fortes doses dans les établissements scolaires constitue à cet égard un enjeu majeur [128]. Elle vise à y imposer une évaluation standardisée, externalisée, privatisée et informatisée des écoles, des enseignants et des élèves, commercialisée notamment par la multinationale Pearson. C’est déjà le cas au Royaume-Uni et aux
États-Unis où la multinationale se charge de la conception et de la mise en œuvre des examens qui échappent désormais entièrement à de nombreux établissements publics.

Ainsi le classement PISA, organisé par la multinationale Pearson, légitime-t-il les changements proposés par Ernst & Young dans le secteur éducatif public ; réformes qui permettront à son partenaire Pearson de s’emparer de l’évaluation externe et interne des écoles. Cette porte d’entrée par l’évaluation favorise ensuite l’introduction par cette multinationale – ou d’autres – de ses propres cours numériques dans les écoles publiques.

« Autonomie des établissements », « rôle clé donné à l’évaluation », « performances », « excellence », « socle commun », « plan numérique pour l’éducation », « classement des établissements »… La similitude entre les réformes passées ou à venir de l’Éducation nationale [129] et les recettes uniformes imposées dans le monde entier par Ernst & Young et Pearson est si troublante qu’il vaut mieux se reporter directement aux documents du cabinet de consultant et de la multinationale pour savoir ce qui attend le système éducatif français

Le pouvoir de décision a ainsi glissé insensiblement des bâtiments désuets du Ministère de l’Éducation nationale, rue de Grenelle, vers une impersonnelle tour de La Défense où Ernst & Young s’est installé, à moins que ce ne soit vers le bâtiment flambant neuf de Montreuil où Pearson a pris ses quartiers. On ne sait plus trop.

La succession permanente des réformes déstabilisant l’Éducation nationale n’est aucunement une exception française. Elle se manifeste dans le monde entier avec partout les mêmes conséquences dramatiques au plus grand profit des multinationales de l’éducation et cette dynamique mondiale est désormais largement documentée dans la littérature scientifique [130].

Ce phénomène est appelé GERM (Global Education Reform Movement : Mouvement mondial de réforme de l’éducation) par les spécialistes qui dénoncent ses effets ravageurs [131]. Il provoque dans le monde entier une prise de conscience et une opposition de plus en plus résolue des enseignants, des parents et des citoyens [132].

Ainsi aux États-Unis, les plus fervents avocats d’une privatisation des examens scolaires au profit de la multinationale Pearson sont devenus ses adversaires les plus farouches. En cause, la multiplication des dysfonctionnements informatiques graves [133], l’espionnage des élèves sur les réseaux sociaux [134], la diffusion d’une culture de l’évaluation qui stresse jusqu’aux enfants des écoles primaires [135] et la dégradation constante du système scolaire.

Pire encore, Pearson est sous le coup d’enquêtes judiciaires pour avoir soudoyé des dirigeants du monde de l’éducation afin d’obtenir des marchés [136].

Outre les mobilisations classiques de plus en plus robustes (manifestations, grèves, pétitions, conférences), l’opposition à la marchandisation de l’éducation prend des formes assez surprenantes. C’est ainsi qu’un puissant groupe d’actionnaires de Pearson [137] a fait circuler un projet de résolution soulignant que « la stratégie commerciale de Pearson s’appuie sur l’idée que l’éducation est une marchandise ce qui constitue une atteinte grave aux fondements mêmes de l’éducation publique » [138].

Se pourrait-il qu’après avoir infiltré les États, les multinationales se retrouvent à leur tour infiltrées par leurs opposants ?

ÉPILOGUE – La modernisation informatique de l’État,
arme stratégique aux mains des consultants

L’infiltration des rouages de l’État français n’est qu’un aspect de sa prise en main par les cabinets de consultants. Ces derniers démantèlent également la structure pyramidale de l’administration au profit d’une organisation en réseaux qu’ils maîtrisent entièrement.

La modernisation de la gestion informatique des fonctionnaires et des finances publiques joue un rôle fondamental dans ce processus. Elle ouvre la voie d’une part à un pilotage numérique hypercentralisé des finances et des personnels de l’État et d’autre part, à l’externalisation – c’est-à-dire à la privatisation – de ce pilotage au profit des grands cabinets de consultants [139].

Les projets de modernisation de l’État conçus à partir de 2007, notamment par les cabinets Capgemini (France) [140] et Accenture (Irlande) [141], marquent ici un tournant majeur [142]. Les consultants annoncent alors que la modernisation informatique à marche forcée qu’ils proposent permettra d’économiser des centaines de millions d’euros et de supprimer des milliers de postes de fonctionnaires.

C’est dans ce cadre que les grands cabinets de consultants imposent à l’État leurs logiciels ou ceux d’entreprises « amies ». Ces logiciels ont tous un cœur commun développé par une multinationale américaine [143] et chacun sait dès le départ que ce sont de monstrueuses « usines à gaz » informatiques [144].

Concernant les finances publiques, les ministères et les services déconcentrés de l’État sont progressivement intégrés au système informatique Chorus déployé entre 2008 et 2011. Sa réalisation, sa mise en place, sa supervision et son fonctionnement sont assurés en particulier par les cabinets – heureux hasard – Capgemini et Accenture ainsi que Sopra Steria (France) [145] pour le Ministère de l’Éducation nationale.

Depuis sa mise en place, Chorus ne cesse de connaître de multiples bugs, plantages et autres pannes géantes. En 2017, la Cour des comptes déplore les dysfonctionnements persistants et nombreux d’un système qui a pourtant coûté 993 millions d’euros [146].

Concernant les personnels de l’État, un Opérateur national de paye (ONP) est créé en 2007 [147]. Il est chargé de mettre en place un vaste programme informatique préconisé par les cabinets de consultants pour de rationaliser la gestion des ressources humaines.

Encore un heureux hasard, ce sont les mêmes consultants, Capgemini et Accenture, qui finiront par remporter les marchés destinés à superviser et déployer ce système informatique à partir de 2009. L’opération sera un terrible fiasco et sera abandonnée en 2014 non sans avoir englouti 346 millions d’euros en pure perte [148].

Le même scénario se répète pratiquement dans tous les ministères.

Au ministère de la Défense, la mise en place du Logiciel unique à vocation interarmées de la solde (Louvois) par le cabinet de consultant Sopra Steria à partir de 2007 est si désastreuse qu’elle est abandonnée en 2014 après avoir coûté 470 millions d’euros [149]. Qu’importe, un nouveau système informatique de paie des militaires, dénommé Source solde (SS), prend le relai en 2016 pour 122,2 millions d’euros. Il est déployé par… Sopra Steria [150].

Au ministère de l’Éducation nationale, c’est le fameux Système d’information et de gestion des ressources humaines (SIRHEN) lancé en 2007 par le cabinet Capgemini – encore lui – et qui s’avère être une catastrophe informatique et un gouffre financier [151]. Son coût a été multiplié par huit pour atteindre 496 millions d’euros [152].

Évidemment, la responsabilité de ces fiascos informatiques et financiers est attribuée à des ministères vidés de leur substance par les politiques de « modernisation ». Le recours accru à des cabinets de consultants n’en est alors rendu que plus nécessaire et leur permet actuellement de finaliser la prise en main totale des deux piliers fondamentaux de l’État que sont ses personnels et ses finances.      

Au-delà de cette remise en cause radicale de la souveraineté nationale, c’est toute la question de la confidentialité de la vie privée des fonctionnaires et des citoyens ainsi que celle des activités de l’État, qui est posée. Elle l’est d’autant plus que concernant le secteur sensible de la Défense nationale, ce sont de grands cabinets de consultants anglo-saxons [153] qui ont participé à rien de moins qu’à la réorganisation du commandement des armées [154] et qui achètent à prix d’or les services de la haute hiérarchie militaires [155].

Merci H.D.

Notes et sources :

[1] L’Union européenne martèle inlassablement la nécessité de réduire toujours et encore les dépenses publiques, notamment par la suppression de postes de fonctionnaires, en fixant annuellement les « Grandes orientations de politique économique » (GOPÉ) de la France. Le non-respect de ces orientations est assorti ultimement de lourdes sanctions financières.

Les orientations fixées pour 2018 imposent, outre la réduction des dépenses publiques, l’alignement du régime des retraites des fonctionnaires sur ceux du privé et la réforme des lycées professionnels notamment. Voir Commission européenne, Recommandations du Conseil concernant le programme national de la France pour 2018 – COM(2018) 409 final. Bruxelles, 23 mai 2018, p. 7 et p. 8.

[2] Libération, 19 juin 2014, « Plus des deux tiers des enseignants du secondaire ont déjà pensé à changer de métier ».

[3] Sénat, Avis sur le projet de loi des finances 2017 (Tome III – Éducation scolaire), 24 novembre 2016, p. 37.

[4] La Croix, 20 juillet 2017, « L’Éducation nationale manque de professeurs ».

[5] CNESCO-Ministère de l’Éducation nationale, De vraies solutions pour l’enseignement professionnel, Juin 2016, p. 5.

[6] Voir Libération, 29 octobre 2018, « Face à la pénurie, l’école parfois contrainte d’embaucher n’importe qui ».

[7] Dans le même temps, la démission des enseignants titulaires est encouragée financièrement.

[8] La baisse relative du salaire des enseignants ne résulte pas d’une redistribution de richesses vers le « bas », c’est-à-dire vers les plus pauvres, mais bien plutôt vers le « haut » : vers les plus riches. En effet, depuis les années 1990, les inégalités sociales ne cessent de se creuser en France, en particulier entre 2003 et 2014. Les plus pauvres ont vu leurs revenus baisser de 30 € par mois et les plus riches ont vu le leur augmenter de 272 € par mois. Voir France Culture, 9 janvier 2017, « Sept inégalités criantes dans la France de 2017 ».

[9] Ministère de l’Éducation nationale, Note d’information – DEPP – N° 13.13 – Juillet 2013, Tableaux 1 et 3.

[10]Vousnousils, 20 octobre 2017, « L’ Éducation nationale n’aime pas ses professeurs de lycée professionnel ».

[11] Inspection générale de l’Éducation nationale, Les composantes de l’activité professionnelle des enseignants outre l’enseignement dans les classes (rapport au ministre de l’Éducation nationale). Rapport n° 2012-70, juillet 2012, p. 77.

[12] Michel Desmurget, TV Lobotomie : La vérité scientifique sur les effets de la télévision. Paris, Max Milo, 2011. Michel Desmurget est docteur en neurosciences cognitives et directeur de recherche à l’Inserm.

Il est à noter que les intérêts des grandes multinationales du divertissement (Walt Disney Company, Time Warner, Universal Music Group, Sony Music Entertainment par exemple) sont très étroitement liés aux cabinets multinationaux de consultants qui ont un rôle essentiel dans les réformes de l’Éducation nationale. C’est le cas en particulier du cabinet Ernst & Young qui se présente comme le « leader des services professionnels dédiés au secteur des médias et du divertissement » et « le premier cabinet d’audit des entreprises du secteur des médias et du divertissement » aux États-Unis (voir plus loin « Le nouveau management public (NMP) des ressources humaines »).

[13] Ministère de l’Éducation nationale – DEPP : Note d’information – N° 38 – Novembre 2014, Tableau 1.

[14] Sylvaine Jégo et Clément Guillo, « Les enseignants face aux risques psychosociaux », Ministère de l’Éducation nationale, Revue Éducation & Formations, Décembre 2016, n° 92, pp. 77-113.

[15] Sénat, Rapport d’information sur le métier d’enseignant, 19 juin 2012, p. 11.

[16] Il faut cependant relativiser la protection offerte par une médecine du travail de plus en plus fragilisée. Ainsi des dirigeants de grandes entreprises demandent-ils régulièrement à l’Ordre des médecins la radiation de médecins du travail qui constatent le lien entre le management des ressources humaines et la souffrance des personnels dans leurs entreprises.

[17] La suppression d’une année de scolarité dans les lycées professionnels s’est traduite par la disparition de plusieurs milliers de professeurs entre 2012 et 2015. Voir Vousnousils, 26 septembre 2016, « Enseignement professionnel : malgré la hausse des effectifs, le nombre de PLP diminue ».

[18] Marianne, 18 septembre 2018, « Suppression de postes dans l’éducation : le liquidateur Blanquer prolonge son expérience sarkozyste ».

[19] Ministère de l’Éducation nationale – DEPP : Note d’information – N° 04 – Mars 2017

[20] Pour télécharger le rapport : https://www.lagazettedescommunes.com/telechargements/2018/07/rapport-cap22-1.pdf

[21] Marianne, 27 septembre 2018, « Réforme du lycée professionnel : ‘ la destinée de nos élèves ? Devenir des ouvriers dociles et mal-formés ’ ».

[22] Bertrand Martinot, Apprentissage : les trois clés d’une véritable transformation. Institut Montaigne, Note – Septembre 2017. Il est à noter que l’auteur du texte est économiste, ce qui montre bien que les réformes sont engagées sans aucun souci pédagogique. L’objectif est purement comptable avec des économies attendues de 600 millions d’euros par an.

[23] Descendant du marquis de Sade, le président de l’Institut Montaigne, M. Henri de Castries, était le PDG du groupe mondial d’assurance Axa jusqu’à l’année dernière.

[24] Libération, 7 juin 2017, « Le libéral Institut Montaigne : maître à penser de Macron ».

[25] Comme le souligne le ministre de l’Éducation nationale : « Le lycée professionnel, au travers du CAP et du bac professionnel, est conçu pour mener directement à l’emploi. Il est donc logique d’imaginer la région en pleine responsabilité pour faire réussir les lycées professionnels. » Voir Le Café pédagogique, 7 novembre 2016, « ‘ L’école de demain ’ : le programme libéral pour l’école ».

C’est le souhait également de l’Institut Montaigne pour lequel « Le transfert aux régions des personnels enseignants des lycées professionnels, qui ferait suite au transfert opéré en 2005 des personnels techniques, ouvriers et de service (TOS), permettrait une gestion cohérente de l’ensemble du personnel pédagogique de l’enseignement professionnel en général, en cohérence avec la maîtrise par la région de l’ensemble de la carte des formations. » Voir Bertrand Martinot, op.-cit., p. 11.

[26] Le transfert des fonctionnaires de l’Éducation nationale vers les collectivités locales a commencé avec les agents techniques ouvriers et de service (TOS) en 2007. Ce transfert n’est qu’une étape avant la privatisation de leurs missions comme le montre, par exemple, la volonté du Conseil départemental de l’Oise de privatiser l’entretien des collèges ou de celui des Yvelines d’ « externaliser » les agents d’entretien et des cantines. Voir respectivement Le Courrier Picard, 9 septembre 2018, « Le ménage dans les collèges de l’Oise pourrait bientôt être confié à des sociétés privées » et Le Parisien, 23 novembre 2017, « Yvelines : les agents d’entretien et de cantine des collèges refusent de confier leurs missions au privé ».

[27] Le transfert des compétences scolaires et périscolaires à l’intercommunalité est déjà préconisé. Voir Comité Action Publique 2022, Se réinventer pour mieux servir. Juin 2018, p. 65 (« clarifier les responsabilités des différentes collectivités territoriales »).

[28] Le Café pédagogique, 24 juillet 2018, « Comment Macron va réformer l’État et l’École ».

[29] CNESCO-Ministère de l’Éducation nationale, Attractivité du métier d’enseignant, Novembre 2016, p. 26.

[30] Cour des comptes,  Le recours croissant aux personnels contractuels dans l’Éducation nationale, Mars 2018, p. 23.

[31] Le Monde, 2 février 2018, « Réforme de l’Etat : vers un plan de départs volontaires dans la fonction publique ».

[32] Le Parisien, 2 octobre 2014, « 90 minutes pour devenir prof ».

[33] Laurent Bonelli et Willy Pelletier (dirs.), L’État démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse, Paris, La Découverte, 2010. Laurent Bonelli est maître de conférence à l’Université Paris X et Willy Pelletier professeur de sociologie à l’Université de Picardie.

[34] Vincent de Gaulejac, Travail, les raisons de la colère, Paris, Le Seuil, coll. « Économie humaine », 2011. Vincent de Gaulejac est un spécialiste de sociologie du travail et professeur émérite à l’Université Paris-Diderot.

Voir également Odile Henry et Frédéric Pierru, « Les consultants et la réforme des services publics », Actes de la Recherche en sciences sociales, 2012/3, n° 193, pp. 4-15

[35] C’est le cas des « MBB », les trois géants américains du conseil stratégique (McKinsey, Boston Consulting Group (BCG) et Bain & Company) auxquels on peut ajouter Capgemini (France), Accenture (Irlande), Sopra Steria (France), BearingPoint (Pays-bas) et Eurogroup (France) compte-tenu de leur rôle majeur dans l’État français.

[36] Le Monde, 8 mars 2015, « ‘ Big Four ’ : le scandale des comptables de l’ombre ».

[37] Le Monde, 8 mars 2015, supra.

Voir également Financial Time, May 4 2017, « Accounting scandals put the Big Four on the spot » (« Les scandales comptables mettent les Big Four sur la sellette »).

[38] Outlook India, 14 août 2017, « How they make the ledger lie » (« Comment ils font mentir les livres de comptes »)

[39] Libération, 9 août 2017, « L’évasion fiscale des géants du Web tourne au casse-tête pour le gouvernement ».

Voir également Le Monde, 6 février 2015, « PwC accusé de «promotion de l’évasion fiscale à échelle industrielle» ».

[40] House of Commons – Committee of Public Accounts, Tax avoidance: the role of large accountancy firms, London, The Stationery Office Limited, 2013.

[41] House of Commons – Committee of Public Accounts, ibid., p. 9 et p. 10 ainsi que Q 150-151.

[42] L’un des « Big Four », le cabinet Deloitte, est même parvenu à embaucher David Hartnett, l’ancien patron du fisc britannique en tant que « conseiller fiscal ». Voir The Guardian, 27 May 2013, « Deloitte appoints official criticised over ‘sweetheart’ tax deals ».

[43] House of Commons – Committee of Public Accounts, ibid., p. 9 et p. 10 ainsi que Q 173-175.

[44] Prem Sikka, The Pinstripe Mafia : How Accountancy Firms Destroy Societies, Essex (United Kingdom), Association for Accountancy & Business Affairs, 2011. Prem Sikka est professeur émérite de comptabilité à l’Université d’Essex.

[45] Courrier international, 10 février 2013, « Fiscalité : les rois de la triche ».

[46] Richard Murphy & Saila Naomi Straushaulm, The Big Four : A study of Opacity, GUE/NGL Report, European Parlementary Group, July 2017. Richard Murphy est un spécialiste de la fiscalité et professeur de politique économique internationale à la City University de Londres. Saila Naomi Straushaulm est chercheuse en politique économique internationale à l’Ecole de commerce de Copenhague.

[47] Selon M. Gérard Gourguechon, ancien inspecteur des impôts et ancien secrétaire général du Syndicat national unifié des impôts (SNUI), l’évasion fiscale serait en réalité de plusieurs centaines de milliards d’euros par an pour la France. Voir son texte « Évasion fiscale : définitions et enjeux » sur le site Stop Paradis Fiscaux 13, Février 2017, pp. 6-8.

[48] En 2004, M. Renaud Dutreil, Ministre de la Réforme de l’État sous la présidence de Jacques Chirac, explique en terme abruptes la méthode de manipulation de l’opinion publique : « Le problème que nous avons en France, c’est que les gens sont contents des services publics. L’hôpital fonctionne bien, l’école fonctionne bien, la police fonctionne bien. Alors il faut tenir un discours, expliquer que nous sommes à deux doigts d’une crise majeure. » Voir Charlie Hebdo, Mercredi 27 octobre 2004, « Renaud Dutreil se lâche ».

[49] Ces grands cabinets multinationaux appartiennent au « Big Four » (Ernst & Young) ou au « MBB » (Mc Kinsey-Accenture (Etats-Unis/Irlande), Capgemini-BCG (France/Etats-Unis), Roland Berger-Ineum (Allemagne/France) et Bain & Company (États-Unis)). Nicolas Matyjasik, « Des évaluations des politiques publiques et des consultants », Revue française d’administration publique, n° 148, 2013, p. 907-921

[50] Les campagnes de presses virulentes contre l’ « énarchie » ont sans doute grandement contribué à favoriser la marginalisation des énarques au niveau des administrations centrales de l’État. Il convient toutefois de ne pas négliger la conversion de nombreux hauts-fonctionnaires au NMP du fait du prosélytisme inlassable des consultants et des perspectives de carrière rémunératrice au sein des grands cabinets de conseil. Voir Phillipe Bezes, « État, experts et savoirs néo-managériaux, Les producteurs et diffuseurs du New Public Management en France depuis les années 1970 », Actes de la Recherche en sciences sociales, 2012/3, n° 193, pp. 16-37.

[51] Le Monde, 10 février 2014, « Le rôle discret des cabinets de consultants dans la réforme de l’Etat ».

[52] Avant de faire carrière chez Ernst & Young, M. Jérôme Fabry était consultant chez Oliver Wyman (Etats-Unis) et Accenture (Irlande). A titre de curiosité ce directeur est diplômé de l’École supérieure des sciences économiques et commerciales (ESSEC) – vivier de recrutement pour les grands cabinets de consultants – dont l’actuel Ministre de l’Éducation nationale a été le dirigeant.

[53] Ministère de l’Éducation nationale, Refondation de la politique de l’éducation prioritaire – Rapport final de l’évaluation, Mai 2014, p. 2

[54] Conseil national du numérique, Jules Ferry 3.0 – Bâtir une école créative et juste dans un monde numérique. Octobre 2014, Annexes, p. 6

[55] Ministère de l’Éducation nationale / SGMAP, Évaluation partenariale de la lutte contre le décrochage scolaire – Rapport final. Novembre 2014, p. 3.

[56] EducPros, 26 mars 2018, « Fonds d’investissements : Pourquoi ils s’intéressent à l’enseignement supérieur ? »

[57] La société civile avec François Fillon, Dossier de presse, Vendredi 13 janvier 2017, p. 13.

[58] Cour des comptes, Le recours par l’État aux conseils extérieurs, Paris, Novembre 2014, p. 36. Le rapport se garde d’évoquer explicitement l’infiltration durable des consultants au sein même de la haute fonction publique et se limite aux missions officielles des consultants extérieurs dans les ministères. Outre l’évocation d’éventuels conflits d’intérêts et de problèmes déontologiques, le rapport souligne la difficulté de déterminer précisément le montant des dépenses de l’État en prestations de conseil extérieures. Il l’évalue toutefois à 150 millions d’euros par an en insistant sur le puissant impact de ces prestations sur les décisions stratégiques.

[59] Nicolas Belorgey, « Machiavel aujourd’hui : des consultants au travail dans le secteur public », La nouvelle revue du travail, n° 4, 2014. Nicolas Belorgey est chercheur au CNRS et spécialiste de sociologie du travail.

[60] Vincent de Gaulejac et Fabienne Hanique, Le capitalisme paradoxant : un système qui rend fou, Paris, Le Seuil, coll. « Économie humaine », 2015.

[61] Nicolas Belorgey, ibid.

[62] Florence Any-Catrice, La performance totale : nouvel esprit du capitalisme ?, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2012

[63] Les Inrockuptibles, 25 septembre 2010, « Humiliation, dépression, démission : l’offre triple play de France Télécom ».

[64] L’Obs, 16 février 2011, « La «courbe du deuil» de France Télécom à France Télévisions ».

[65] Ministère de la Fonction Publique, Guide de l’encadrante et de l’encadrant dans la fonction publique – Édition 2017. Paris, Direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP), Janvier 2017, p. 140. Dans la présentation de l’ouvrage, Mme Annick Girardin, ex-Ministre de la Fonction publique et actuelle Ministre des Outre-mer écrit : « Je forme le vœu que l’ensemble des encadrantes et des encadrants s’approprie ce guide et que celui-ci soit utile à l’exercice de leurs responsabilités. »

[66] Un rapport du Sénat évoquait déjà en 2012 « un système éducatif déboussolé par une succession de réformes brutales », « des coupes budgétaires insoutenables » et « une gestion des ressources humaines dépourvue d’objectif pédagogique ». Sénat, Rapport d’information sur le métier d’enseignant, op.cit., p. 26.

[67] Selon l’Inspection générale de l’Éducation nationale : « une grande majorité d’élèves ne peut pas suivre un parcours vers le baccalauréat professionnel en trois ans au terme du collège ». Inspection Générale du Ministère de l’Éducation nationale, Préparation du baccalauréat professionnel en trois ans, Rapport n° 2005-102, Septembre 2005, p. 10.

[68] Il est fait état de « dysfonctionnements d’ampleur qui touchent, dans ces secteurs d’enseignement, les jeunes parmi les plus fragiles du pays ». Voir CNESCO-Ministère de l’Éducation nationale, De vraies solutions pour l’enseignement professionnel, op.-cit., p.  3.

Pour un résumé de cette étude voir Le Figaro, 4 juin 2017, « La grande illusion du bac professionnel ».

[69] Le haut fonctionnaire qui a organisé la réforme des bacs professionnels ainsi que la suppression de plus de 70.000 postes enseignants dans le premier et le second degrés entre 2010 et 2012 a bénéficié d’une promotion. Il est désormais Ministre de l’Éducation nationale.

[70] Bruno Harlé et Michel Desmurget, « Effets de l’exposition chronique aux écrans sur le développement cognitif de l’enfant », Archives de pédiatrie, n° 19, 2012, pp. 772-776.

[71] Inspection générale de l’Éducation nationale, Grande Pauvreté et réussite scolaire, Rapport au Ministre, Mai 2015, pp. 36-38.

[72] L’expression est employée par un manager de France Telecom/Orange pour désigner la déstabilisation méthodique et permanente du cœur de métier des personnels. Voir Danièle Linhart, La comédie humaine du travail. Paris, Érès, coll. « Sociologie clinique », 2015. Danièle Linhart est une spécialiste de sociologie du travail, directrice de recherche au CNRS et professeur à l’université de Paris X.

[73] Danièle Linhart, ibid.

[74] L’impact dévastateur du nouveau management public est très net dans les hôpitaux publics. Voir Libération, 6 novembre 2016, « L’hôpital malade de sa logique financière ». Voir également Europe 1, 20 septembre 2017, « Cri d’alarme des médecins face à la « dégradation » de l’hôpital public dans le Centre-Est ».

[75] Voir Vincent de Gaulejac, Travail, les raisons de la colère, op.-cit.

Voir également Christophe Dejours, La panne, Paris, Bayard-Culture, 2012. Christophe Dejours est psychiatre, psychanalyste, professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers et directeur du Laboratoire de psychologie du travail et de l’action.

[76] Libération, 6 janvier 2015, « L’enquête sur les suicides à France Telecom est close ».

[77] En avril 2009, le cabinet de consultants Ernst & Young réalise un audit élogieux de la gestion des ressources humaines à France Telecom/Orange, ce qui lui vaudra d’obtenir le label « Responsabilité sociale » pour l’amélioration constante des conditions de travail de ses employés. L’entreprise se trouve alors en pleine vague de suicides, d’épuisements au travail et de licenciements. Voir respectivement Zone Bourse, 8 avril 2009, « France Telecom/Orange labellisé ‘Responsabilité sociale’ » et Le Figaro, 14 décembre 2009, « Stress, l’enquête qui accable France Telecom ».

[78] Le Dauphiné, 27 juin 2017, « Suicides à la SNCF, le grand malaise ».

[79] Le Figaro, 6 octobre 2016, « Vague de suicides alarmante à La Poste ».

[80] ActuSoins, 22 juin 2017, « Suicide chez les soignants : le ras-le-bol à l’hôpital ».

[81] Le Parisien, 12 novembre 2017, « Policiers et gendarmes confrontés à une brutale vague de suicides ».

Le nombre de suicides dans la police est si alarmant qu’une page Facebook est dédiée à ce thème : « Stop aux suicides de policiers ».

[82] France Info, 25 juillet 2017, « Le taux de suicide chez les sapeurs-pompiers est bien plus élevé que pour la moyenne des Français ».

[83] Le Monde, 21 septembre 2016, « L’Office national des forêts en pleine crise ».

[84] Communiqué de l’Union syndicales Solidaires, 5 avril 2017.

[85] Odile Henry, « Les syndicats et l’expertise en risques psychosociaux, Notes de recherche sur les années noires du management à France Télécom Orange », Actes de la Recherche en sciences sociales, 2012/4, n° 194, pp. 52-61.

[86] Le Figaro, 26 avril 2017, « Dans les collèges et lycées, les personnels de direction n’ont pas le moral ».

[87] L’Express, 17 novembre 2016, « Alerte sur l’épuisement des inspecteurs de l’Éducation nationale ».

[88] Le Figaro, 20 octobre 2011, « Un professeur sur six en « burn-out ».

[89] Entre 2010 et 2014, le Ministère de l’Éducation nationale a été contraint de reconnaître officiellement que 7 suicides de professeurs et d’agents étaient « imputables au service » (Libération, 9 juin 2014, « La reconnaissance d’un suicide lié au travail, fait rare dans l’Éducation nationale »).

[90] Psychologies, Juin 2014, « Burn-out : un prof sur deux concerné ».

[91] INRS, Dépister les risques psychosociaux : Des indicateurs pour vous guider, Paris, Institut national de recherche et de sécurité, 2017.

[92] Ministère de l’Éducation nationale, Bilan social (1. Enseignement scolaire), 2013/2014 (chiffres de 2012/2013), p. 139 et p. 140.

[93] Institut Montaigne, Dépense publique, le temps de l’action. Rapport, Mai 2015, p. 110.

[94] Le Premier ministre avait demandé au Comité CAP 22 de formuler des mesures « disruptives », terme signifiant ce qui casse, rompt et perturbe. Voir Marianne, 9 juin 2018, « Cap 22 : la commission qui veut liquider les fonctionnaires ».

[95] C’est une fuite organisée par un syndicat qui permet à la population de prendre connaissance du rapport CAP 22 tenu secret jusque là. Voir La Gazette des communes, 20 juillet 2018, « Le rapport CAP 2022 à télécharger ! ».

[96] Le Nouvel observateur, 29 octobre 2018, « Reconversion, généralisation des contractuels… à quoi doivent s’attendre les fonctionnaires ? »

[97] Le Café pédagogique, 24 juillet 2018, « Comment Macron va réformer l’État et l’École ».

[98] Comité Action Publique 2022, Se réinventer pour mieux servir. Juin 2018, p. 65 (« augmenter le temps d’enseignement »).

[99] L’actuel président du conseil d’administration de l’IFRAP, M. Jean-Claude Rouzaud, est le dirigeant d’une grande entreprise de production de champagne en France et de vin aux Etats-Unis.

[100] L’IFRAP (Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques) est reconnue par l’Etat comme une association d’utilité publique, ce qui permet à ses financeurs patronaux de défiscaliser 66% de leurs dons à une association qui fait pourtant du démantèlement de l’Etat sa priorité. L’un des plus généreux « mécènes » de l’IFRAP n’est autre que le groupe Scor, l’un des premiers réassureurs mondiaux, dirigé par M. Denis Kessler, ex-vice président du Medef (1998-2002). Ce dernier déclarait « Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance (…). Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! » (Challenge, 4 octobre 2007).

[101] IFRAP, 7 avril 2016, « Remplacement : 17,2 jours d’absence par enseignant et par année scolaire ».

[102] Les Echos, 4 octobre 2017, « Gestion des enseignants : le réquisitoire de la Cour des comptes ».

[103] Voir « La stratégie du choc en France, de la crise des années 1930 à celle d’aujourd’hui », Metz, 29 juin 2012 (youtube.com) par Annie Lacroix-Riz, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université Paris-Diderot.

Voir également Naomi Klein, La stratégie du choc : La montée d’un capitalisme du désastre, Paris, Actes Sud, Coll. « Essais sciences », 2008.

[104] Emmanuel Macron, Révolution, Paris, 2016, pp. 125-129.

[105] Florence Lefresne et Robert Rakocevic , « Le métier d’enseignant en Angleterre, aux Pays-Bas et en Suède, les voies sinueuses d’une professionnalisation », Ministère de l’Éducation nationale, Revue Éducation & Formations, Décembre 2016, n° 92, pp. 7-34.

Pour un résumé de cette étude voir Le Café Pédagogique, 3 mars 2017, « Angleterre, Suède, Pays Bas : L’échec du New Public Management ».

[106] Anna Grotberg and Matthew Robb, Education in chains, London, Ernst & Young / Reform, March 2015.

[107] Le Monde diplomatique, « Privatisation de l’école, le fiasco suédois », Septembre 2018 et Le Café pédagogique, 5 mai 2015, « L’échec de la réforme éducative suédoise : une leçon pour Paris ? »

[108] France Soir, 31 août 2016, « Rentrée scolaire : réforme du collège, brevet rénové…de nombreux changements en perspective ».

[109] Marianne, 2 juin 2017, « Éducation : le gouvernement enterre en douceur la réforme des collèges ».

[110] Le Monde, 11 octobre 2017, « Vers une énième réforme du brevet en 2018 ».

[111] Il est à remarquer que l’introduction du système d’orientation Parcoursup a subrepticement vidé le bac de sa fonction fondamentale d’orientation. Les résultats du bac, même avec une excellente mention, ne sont tout simplement pas pris en compte par le dispositif.

[112] Marianne, 27 septembre 2018, « Réforme du lycée professionnel : ‘La destinée de nos élèves ? Devenir des ouvriers dociles et mal formés’ ».

[113] Le Café Pédagogique, 13 juillet 2018, « Les réformes du lycée et du bac sont publiées au JO ».

[114] Le Monde, 6 Janvier 2017, « Éducation : Le privé de plus en plus prisé ».

[115] Guntars Catlaks, « Hidden Privatization and its Impacts on Public Education », Erika Shaker, Salim Vally and Carol Anne Spreen, Privatization of Schools : Selling Out the Right of Quality Education for All, Our Schools / Ourselves, The Canadian Centre for Policy Alternative, Summer 2014, n° 116, pp. 189-198.

[116] Slate, 30 novembre 2015, « Faut-il craindre l’émergence d’un marché mondialisé de l’éducation ? ».

[117] Karan Khemka, The devil is in the details : Opportunities in international education, Prepared by Parthenon – Ernst & Young for ASU GSV Summit, 2016, p. 2.

[118] Wired, Decembrer 4 2016, « Pearson’s quest to cover the planet in company-run schools » (« La politique de Pearson pour couvrir la planète avec ses propres écoles »).

[119] La Fondation espérance banlieues dirigée par un ancien consultant d’Ernst & Young développe un réseau d’écoles privées dans les banlieues françaises. Elle reçoit un puissant soutien de Bain & Company (Etats-Unis), l’un des trois géants mondiaux du conseil stratégique, et de divers grands groupes (Société générale, BNP Paribas, Bouygues, Vinci notamment). Partie avec une seule école et 35 élèves en 2012, elle en compte désormais huit avec 350 élèves et projette d’aboutir à court terme à un total de vingt et un établissements. Voir Fondation espérances banlieues, Rapport d’activité 2015/2016, Paris, 2016.

[120] Le partenariat mondial de Pearson et d’Ernst & Young est célébré en 2016 par la l’Association britannique des consultants en gestion. Voir The Management Consultancies Association (MCA) of United Kingdom, April 21 2016, « MCA Awards 2016 ».

[121] Ernst & Young, Will Digital help us do less or become more ?, 05/2016 (« Pearson, reshaping education for a digital world »).

D’autres cabinets de consultants participent également au développement de Pearson à l’instar d’Accenture qui a réalisé son portail internet mondial. Voir Consultancy.uk, 10 October 2017, « Pearson web-overhaul by Accenture shows consulting threat to ad firms ».

[122] En France, le Ministre de l’éducation nationale entend multiplier les évaluations en commençant par les écoles primaires dont les données sont stockées et traitées en Irlande par la multinationale américaine Amazon. Voir respectivement Les Échos, 29 août 2018 « Blanquer veut faire basculer l’école dans la culture de l’évaluation » et Libération, 26 septembre 2018, « Les ‘évaluations nationales’ des élèves sont-elles stockées par Amazon ? ».

[123] PISA est l’acronyme de Programme international pour le suivi des acquis des élèves.

[124] PISA est d’abord conçu et géré par la multinationale de produits éducatifs McGraw-Hill Education (Etats-Unis) pour le classement de 2015, puis par Pearson pour celui de 2018. Voir Pearson News, December 10 2014, « Pearson to develop PISA 2018 Student Assessment 21st Century Frameworks for OECD ».

[125] Voir leur lettre ouverte dans The Guardian, May 6 2014, « OECD and Pisa tests are damaging education worldwide – academics » (« Les évaluations de l’OCDE et Pisa déstabilisent l’éducation dans le monde entier selon les universitaires »).

[126] En Suède, les résultats PISA donnent lieu à des déclarations alarmistes sur l’état de « crise nationale » du système éducatif, tandis que les Etats-Unis déplorent leur « stagnation » et les Britanniques leur « retard ». Les Suisses, quant à eux, se demandent s’ils sont des « cancres », les Allemands des « imbéciles » et les Français des « médiocres ».

Voir respectivement Dagens Nyheter, 3 December 2013, « Löfven om Pisa: Nationell kris » ; Politico, December 3 2013, « PISA results show ‘Educational stagnation’ in US » ; BBC News, December 6 2016, « Pisa tests : UK lags behind in global school rankings » ; La Tribune de Genève, 10 décembre 2001, « La Suisse est-elle le cancre de l’Europe ? » ; Der Spiegel, Décembre 2001, « Sind Deutsche Schüler doof ? » ; Le Figaro, 6 décembre 2016, « Classement Pisa : les élèves français toujours médiocres ».

[127] Jean-Pierre Letartre (dir), Pour une transformation de l’action publique : Réussir la réforme à l’heure numérique, Paris, Ernst & Young Advisory, 2017, p. 33.

[128] Il est à remarquer que pour leur part les dirigeants des multinationales sont bien conscients des dangers cognitifs du tout numérique pour les enfants. C’est pourquoi ils payent très cher pour scolariser leur progéniture dans des écoles privées sans ordinateurs. Voir Vousnousils, 28 février 2012, « Pas d’ordi à l’école pour les enfants des cadres de Google ou d’eBay ».

[129] SOS Éducation, 17 mai 2017, Interview de M. Jean-Michel Blanquer, Ministre de l’Éducation nationale.

[130] Voir notamment Diane Ravitch, Reign of Error : The Hoax of the Privatization Movement and the Danger to America’s Public Schools, New York, Vintage Books, 2014.

Voir également David W. Hursh, The End of Public Schools : The Corporate Reform Agenda to Privatize Education, New York and London, Routledge, 2016.

Voir aussi Wayne Au and Joseph J. Ferrare (ed.), Mapping Corporate Education Reform : Power and Policy Networks in the Neoliberal State, New York and London, Routledge, 2015.

Voir enfin Manuel Souto-Otero (ed.), Evaluating European Education Policy-Making : Privatization, Networks and the European Commission, New York, Palgrave Macmillan, 2015.

[131] The Washington Post, June 29 2012, « How GERM is infecting schools around the world » (« Comment le GERM infecte les écoles du monde entier »).

[132] Voir Gawain Little (ed.), Global education ‘reform’ : Building resistance and solidarity, Croydon (United Kingdom), Manifesto Press, 2015. Plus largement, le lecteur anglophone pourra entrer l’expression « Global education reform » sur un moteur de recherche internet pour constater l’ampleur de la révolte qui traverse le monde entier contre les réformes destructrices des systèmes éducatifs nationaux.

[133] Des milliers d’élèves ont été victimes d’une orientation erronée du fait de l’existence de défauts majeurs dans le système informatique de Pearson. Voir notamment The Washington Post, April 21 2016, « The case against Pearson — and its response ».

[134] The Independant (Royaume-Uni), 19 March 2015, « Pearson exam board criticised for ‘disturbing’ monitoring of students’ social media posts » (« La commission des examens de Pearson mise en cause pour la surveillance troublante de l’activité des élèves sur les médias sociaux »).

[135] Fortune Magazine, February 2015, « Everybody hates Pearson » (« Tout le monde déteste Pearson »).

[136] Fortune Magazine, February 2015, supra.

[137] Ce groupe d’actionnaires appelé les « 100 de Pearson » est constitué de caisses de retraite d’employés du secteur public, de syndicats et de simples individus. Il a son propre site internet surnommé « dites le à Pearson » : tellpearson.org.

[138] Open Democracy (Royaume-Uni), 27 April 2016, « Fun ways to stop corporations taking over schools » (« Des méthodes marrantes pour empêcher les multinationales de s’emparer des écoles »).

[139] Du fait de la dimension stratégique de l’outil informatique, les grands cabinets de consultants ajoutent souvent ce domaine à leurs spécialités. Lorsque leur activité informatique est dominante, ils sont alors appelés Entreprises de services du numériques (ESN) ou Sociétés de services en ingénierie informatique (SSII), anciennement Sociétés de services et de conseils en informatique (SSCI).

[140] Le cabinet Capgemini se partage avec deux autres cabinets de consultants 22,35 millions d’euros entre 2007 et 2012 pour concevoir la modernisation de l’État dans le cadre de la RGPP. Voir Nicolas Matyjasik, op.-cit., p. 10.

Entre 2000 et 2004, Capgemini a fusionné avec la branche consulting d’Ernst & Young pour devenir Capgemini Ernst & Young.

[141] Le cabinet Accenture se partage avec un autre cabinet 49,19 millions d’euros entre 2007 et 2012 pour concevoir la modernisation de l’État dans le cadre de la RGPP. Voir Nicolas Matyjasik, supra.

Jusqu’en 2000, Accenture appartient au cabinet américain de conseil Arthur Andersen.

[142] M. Eric Woerth, Secrétaire d’État à la réforme de l’État (2004-2005), puis Ministre de la réforme de l’État, du Budget et de la Fonction publique (2007-2010) est un élément clé du dispositif. Au cœur des finances de l’UMP et de la campagne de M. Jacques Chirac (2002), puis de M. Nicolas Sarkozy (2007), il est avant tout un ancien du cabinet de consultants Arthur Andersen (Etats-Unis) dont les filiales sont absorbées pour l’essentiel par le cabinet Ernst & Young au début des années 2000. M. Éric Woerth est actuellement président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale.

[143] Il s’agit de l’entreprise HR Access qui appartient jusqu’en 2013 au géant mondial de la gestion des fonds d’investissements Fidelity Investements.

[144] Silicon, 4 avril 2014, « ONP : le cadavre informatique dans le placard du gouvernement ».

[145] Sopra Steria a absorbé Orga consultants le cabinet de conseil mis en cause pour sa responsabilité dans les années noires des suicides à France Telecom/Orange. Il est à noter que Sopra Steria est elle-même touchée par une vague de souffrance au travail et de suicides en 2008, tandis qu’en 2015 aucune mesure significative n’y avait été prise pour prévenir les risques psychosociaux, obligeant l’Inspection du travail à verbaliser l’entreprise. Voir respectivement Le Monde, 7 avril 2010, « Souffrances programmées dans l’informatique » et L’Informaticien, 11 janvier  2016, « Sopra Steria sanctionnée par l’inspection du Travail ».

[146] Voir Budget général – Mission interministérielle, Annexe au projet de loi de règlement du budget et d’approbation des comptes pour 2014, p. 115 et Silicon, 2 juin 2017, « Pour la Cour des comptes, Chorus n’est toujours pas finalisé ».

[147] Bien qu’étant un organisme public dépendant des ministères des Finances et de la Fonction publique, l’ONP ne compte qu’une infime minorité de fonctionnaires titulaires et une écrasante majorité de consultants et de sous-traitants.

[148] Le Monde, 11 février 2015, « Un nouveau crash dans la paie des fonctionnaires ».

[149] Le Figaro, 21 novembre 2013, « La Défense devra-t-elle payer pour abandonner son logiciel fou ? »

[150] Sénat, Loi No 2016-1917 de finances pour 2017 – Rapport général No 140 – Tome 3 – Annexe 8 (Défense) de M. Dominique de LEGGE, fait au nom de la commission des finances, 24 novembre 2016.

[151] Cour des comptes, Référé n° S2016-3915, 19 décembre 2016.

[152] Sénat, Rapport général de la commission des finances sur le projet de loi de finances 2017 – Tome III – Annexe 14, 24 novembre 2016, p. 60.

[153] Cour des comptes, Le recours par l’État aux conseils extérieurs, op.-cit., p. 75

[154] Sénat, Rapport d’information sur l’enquête de la Cour des comptes relative au recours par l’État aux conseils extérieurs, 4 mars 2015, p. 26.

[155] Exemple parmi d’autres, l’ancien titulaire de la plus haute fonction de l’armée, l’ex-chef d’État-major Pierre de Villiers est recruté en 2018 par le cabinet américain de conseil en stratégie Boston Consulting Group. Voir Les Échos, 22 mars 2018, « Pierre de Villiers rejoint le géant américain Boston Consulting Group ».

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